Le Procès Malefoy, chapitre 8 : Psychomage et thérapie [fanfiction Harry Potter]

Temps de lecture estimé : 22 minutes

Rappel des liens des chapitres précédents

Chapitre 1 : La Déchéance des Malefoy
Chapitre 2 : Le Nouvel Ordre
Chapitre 3 : Le Besoin d’un père
Chapitre 4 : Quelques Mots de réconfort
Chapitre 5 : La Morsure des Ténèbres
Chapitre 6 : Le Procès de Drago
Chapitre 7 : L’Apogée de la Terreur

– Chapitre 8 –

Psychomage et thérapie ?

🐍

Pouvait-on faire un rêve dans un rêve ? Rêver que l’on rêve ? La question taraudait Lucius depuis son réveil le matin suivant. Et plus intriguant encore, il se demandait si l’on pouvait rêver que l’on s’éveillait du second rêve sans se réveiller dans le monde physique, car c’était ce qui s’était produit pour lui la nuit dernière. Après avoir revu le carnage perpétré avec les autres Mangemorts dans le centre de Londres la nuit du 23 décembre 1977, Lucius était en quelque sorte revenu à lui dans son rêve, devant son père, à l’endroit exact où il se tenait avant d’être projeté tout droit dans ses souvenirs. La précision de ceux-ci le laissait dans l’angoisse et l’esprit désorienté. Il avait revécu la scène du massacre et les combats minute par minute, exactement comme s’il avait mis le nez dans une pensine. Cela dépassait de très loin le simple fait d’avoir rêvé. Tout avait été trop réel, trop coloré. Les odeurs d’essence et de chair brûlée le suivaient encore. Et surtout, rien de ce qu’il avait vu ne venait de son imaginaire onirique, tout s’était réellement passé vingt et un ans plus tôt.

Pour la énième fois, Lucius s’interrogeait : ses rêves en étaient-ils vraiment, ou était-ce autre chose, une manifestation de l’Autre Monde dont il fallait chercher l’explication dans les mystères de l’Au-Delà ?

Quelle ironie quand il y pensait. Il avait toujours trouvé que Potter faisait un parfait héros shakespearien, mais c’était lui qui se retrouvait confronté toutes les nuits à une cohorte de spectres malfaisants qui empoisonnaient son sommeil.

Lorsque Lucius, extrait du souvenir, avait rouvert les yeux sur le visage de son père, celui-ci lui avait demandé ce qu’il avait éprouvé en se revoyant au sommet de sa gloire. Il avait été déçu de s’entendre répondre que cela avait été agréable.

« Agréable, c’est tout ? Avait sifflé Abraxas Malefoy.

– Et un peu amer. La conscience que ce temps est définitivement révolu s’affermit en moi. »

Il ignorait ce que son père avait espéré en exhumant ces souvenirs du fond de sa mémoire (qu’ils lui inspirent l’envie de reproduire ses éclats de gloire d’antan ?), mais Lucius n’avait pu faire autrement que de compter les absents – passés ou à venir – dans les rangs de ses camarades. De tous ceux avec qui il avait partagé la rage sanglante de cette nuit-là, il était le dernier. Certains comme Rosier et Wilkes étaient morts lors de la Première Guerre des sorciers, et d’autres, comme les Lestrange, comme Dolohov, comme Macnair, recevraient bientôt le Baiser du détraqueur. Autant dire qu’ils étaient déjà morts.

Abraxas avait, encore une fois, tenté de le ranger à ses idées :

« Le fait que ce temps soit révolu ne t’empêche pas d’agir comme s’il ne l’était pas. Il est révolu pour les autres, pas pour toi. Tu dois faire la dernière chose que te commande l’honneur : partir dans un coup d’éclat en affirmant les valeurs qui ont toujours été celles de cette Maison. »

Comme Lucius s’obstinait à demeurer sourd à sa harangue, Abraxas s’était fâché et les ombres étaient passées à l’attaque. Comme l’autre nuit, elles s’étaient ruées hors de la frondaison des arbres et Lucius, abasourdi d’horreur, avait regardé pétrifié la vague de ténèbres déferler sur lui. Mais au moment où elle allait le frapper, l’engloutir sous une marée de crocs et de griffes désincarnées, il avait ouvert les yeux une nouvelle fois, cette fois dans la chambre conjugale. Narcissa s’était levée pour boire un peu d’eau, et en revenant dans le lit elle avait percuté le guéridon sur lequel trônait un lourd vase contenant des roses Albertines cueillies pendant une promenade surveillée dans le parc. Le fracas produit par la chute du vase, puis du guéridon qu’elle avait bousculé en tentant de rattraper le vase, avait arraché Lucius au sommeil. Le cœur battant, il s’était redressé brusquement sur le matelas et ses yeux terrifiés s’étaient posés sur Narcissa. Consternée par sa maladresse, elle s’était répandue en excuses, persuadée d’être à l’origine de la terreur de son époux, sans savoir que celui-ci n’avait jamais été aussi heureux qu’on le réveille. Elle venait de lui permettre d’échapper à un massacre en règles, et il avait bien plus envie de l’embrasser que de la rabrouer.

À la lumière du jour, il ne craignait plus de repenser aux ombres. Quel était exactement le lien entre elles et son père ? Abraxas Malefoy avait dit qu’elles étaient les entités qui tourmentaient les âmes perdues dans le Bas Astral. Mais pourquoi apparaissait-il avec elles et surtout, pourquoi leurs réactions semblaient dépendre de son humeur ? Chaque fois qu’Abraxas se fâchait, les ombres redoublaient d’agressivité et attaquaient.

Récapitulons, songea Lucius alors qu’il se tenait à son poste habituel devant la fenêtre, admirant le ciel teinté des couleurs crépusculaires. L’Univers se divise en centaines de milliers de plans de conscience différents dans lesquels se répartissent et voyagent les âmes. Mais il existe trois gros paliers, sortes d’arches communicantes qui constituent autant des destinations que des carrefours pour se rendre sur d’autres plans plus subtils.

En premier, le Haut Astral où vivent les âmes les plus évoluées de l’univers. Certaines religions les nomment anges ou archanges. Elles n’ont aucun corps physique mais seraient capables de prendre forme humaine pour communiquer avec les mortels à travers leurs rêves.

Serait-ce mon ange qui essaye de s’adresser à moi par les lèvres de mon père ? Impossible. Je ne crois pas que ce type d’entité aurait cru bon de m’incendier d’insultes comme père l’a copieusement fait les premières nuits. Et puis les entités du Haut Astral ont sans doute bien mieux à faire que de se pencher sur le cas individuel de chaque fourmi qui rampe sur cette foutue planète.

En deuxième, l’Astral Médium, celui des Hommes, des animaux, des fantômes et du « Petit Peuple », elfes, fées, lutins… Bref, tout ce qui est incarné dans la chair – et qui peut donc mourir. Ou, pour le cas des fantômes, tout ce qui « n’est plus » mais qui « pense encore ».

Enfin, le Bas Astral accueille toutes les âmes perdues ou qui n’ont pas su évoluer. C’est là que vont les vibrations négatives et l’énergie qui habitent les êtres maléfiques. Mais c’est également là que résident toutes les entités dans lesquelles la matière puise l’énergie de s’incarner. Sans ces créatures, la matière retournerait à son état subtil et le monde physique ne pourrait pas exister.

Père ne peut être un fantôme. Si tel était le cas, cela ferait bien longtemps qu’il serait revenu s’installer ici. Il n’aurait quitté son manoir pour rien au monde, et il aurait été trop heureux de pouvoir se remettre dans nos pattes. Non, il a forcément choisi de continuer. Il a quitté l’Astral Médium pour poursuivre son chemin dans les autres plans de conscience. Même si son décès a été rapide, il s’est éteint de mort naturelle et la dragoncelle ne lui avait pas abîmé l’esprit. Il n’avait donc aucune raison de rester bloqué dans le Bas Astral… Sauf si les ombres ont capturé son âme et la retiennent prisonnière. Est-ce contre cela qu’il essaye de me mettre en garde en m’appelant à préférer les Détraqueurs ? Se peut-il que mon propre père ait été fait prisonnier par les entités du Bas Astral ?

Tout à coup cette éventualité le fascinait plus qu’elle ne le terrifiait. Il n’y croyait pas vraiment, et c’était peut-être la raison pour laquelle la peur qu’elle suscitait en lui restait modérée, mais il avait beau envisager les choses sous tous les angles possibles, il ne trouvait pas d’autres réponses à cette énigme ésotérique obsédante.

Si seulement je pouvais savoir où vont les âmes lorsqu’elles décident de continuer, je pourrais peut-être vérifier si mon père est bien celui qu’il prétend être… Reviennent-elles sur Terre sous une autre forme ? La réincarnation est-elle la clef de voûte de l’existence humaine ? Ou bien est-ce toutes les âmes qui quittent l’atmosphère terrestre pour poursuivre leur route dans d’autres dimensions ?

Lucius n’avait aucune réponse à apporter à ces interrogations, tout était imaginable, mais restait la certitude qu’aucun des songes où son père lui apparaissait n’était aussi ordinaire qu’il aurait aimé pouvoir s’en persuader.

Si seulement j’avais encore ma baguette, j’aurais pu essayer de contacter Rookwood. Cela ne fait pas longtemps qu’il est trépassé, son âme ne doit pas s’être beaucoup éloignée de l’Astral Médium, et vu les connaissances qu’il possédait des mystères de l’Au-Delà en tant que Langue-de-Plomb, il aurait été tout indiqué pour me renseigner sur son nouveau biotope… Quel dommage.

« Lucius ? Fit la voix de Narcissa dans son dos. Il y a quelqu’un pour toi dans le petit salon.

Lucius lui fit face sans dissimuler la méfiante surprise que cette annonce lui inspirait.

– Qui est-ce ?

– Avant que je te le dise, promets-moi de ne pas te mettre en colère.

Cette seule requête, timidement adressée, eut le don de faire siffler le serpent dans le cœur de Lucius.

– Qui est-ce ? Répéta-t-il d’une voix hostile.

– Après ce qui s’est passé la nuit dernière, tu sais, ton rêve étrange qui t’a ramené dans le passé, j’ai pensé que tu avais peut-être besoin de l’aide d’un spécialiste…

– À moins que tu ne m’amènes un onirologue ou un spirit qui puisse me permettre d’établir un contact avec les morts pour leur poser mes questions directement, personne ne peut m’aider.

– Parfois les solutions viennent de choses ou de personnes dont on attendait rien. S’il te plaît, accepte de venir rencontrer cette personne. C’est une psychomage experte en psychiatrie…

– Je ne suis pas fou ! Asséna-t-il, le visage crispé de fureur. J’aurais mieux fait de ne rien te raconter. Cela m’apprendra à parler.

– Personne ne prétend que tu es fou, mais il est évident que tu as besoin de décharger ton fardeau entre les mains d’un professionnel. Lorsque nous en avons discuté tous les deux nous étions d’accord : ces rêves que tu fais ne sont pas normaux, ils cachent quelque chose. Ils sont trop détaillés, trop précis, trop récurrents. Quelque chose te travaille en arrière plan, et ton inconscient essaye de le faire remonter sans succès. Il faut l’aider à exorciser cette chose, quelle qu’elle soit.

– Si ce qui me travaille, comme tu dis, a tant de mal à s’extraire des abîmes de mon inconscient, c’est peut-être parce qu’il vaudrait mieux que cela y reste.

– Notre situation est déjà suffisamment pénible comme cela à vivre, ne serait-ce pas mieux si quelqu’un pouvait te débarrasser de tes cauchemars ? » Dit Narcissa, son regard bleu désarmant fiché droit dans le sien.

Son argument ainsi que la sincère inquiétude peinte sur son visage firent mouche. Bien sûr, malgré l’intérêt ésotérique que revêtaient ses songes horrifiques, Lucius aurait préféré ne pas avoir à leur sacrifier ses nuits. Mieux valait qu’il conserve son énergie pour se défendre des accusations portées contre lui plutôt que pour se battre avec une armée d’entités immatérielles.

« Soit, j’accepte de rencontrer ton psychiatre, car je suis curieux de ce qu’il pourrait me dire. Mais je te préviens, ce sera la première et la dernière fois. Il est absolument hors de question que j’entame une quelconque thérapie. Je ne suis pas malade, je veux simplement discuter.

– Merlin soit loué ! s’exclama Narcissa avec une sincérité qui le déstabilisa. Tu vas voir, elle est très bien.

Lucius, qui marchait vers la porte, s’immobilisa en tournant vers son épouse une expression rogue.

– Parce que c’est une femme en plus ?

– Et alors ? J’en suis une moi aussi, est-ce que cela m’a rendu moins compétente que tes collègues masculins quand tu requérais mon aide pour certaines choses ?

– Ce n’est pas une question de compétences.

– Au diable la pudeur, Lucius ! Elle est médecin, elle peut tout entendre. Allez, viens. Elle est très bien, tu verras. »

***

La psychomage, une quinquagénaire replète aux yeux bruns perçants, déplut immédiatement à Lucius lorsqu’il la vit. Tout, absolument tout chez elle dégoûtait l’aristocrate : ses longs cheveux bouclés bicolores châtains et blonds qui formaient une crinière indisciplinée et explosive sur sa tête ; sa robe de sorcière noire aux manches orange évasées ; son vernis orange, et jusqu’aux bijoux qu’elle portait. Deux énormes boucles d’oreilles – oranges elles aussi – en forme de goutte pendaient dans ses cheveux, et une grosse bague surmontée d’une sphère remplie d’un nuage violet ornait le majeur de sa main droite.

Tant de mauvais goût et de vulgarité concentrée en une seule personne relevait du mirage. Comment Narcissa, qui accordait tant d’attention à l’élégance, avait-elle pu laisser entrer une telle monstruosité chez eux ? Devant un spectacle aussi irritant, la mince volonté de coopérer de Lucius se volatilisa comme de l’eau par un jour de chaleur étouffant.

« Bonjour, Mr Malefoy, dit la femme en se levant du fauteuil qu’elle occupait, un sourire affable et professionnel plaqué sur le visage. Je suis Tracy Roberts, spécialisée dans l’étude et le soin des maux de l’Esprit. »

Lucius ignora ostensiblement la main qu’elle lui tendait. Ses yeux gris plantés dans les siens, il chargea son regard de tout le mépris qu’elle lui inspirait. Ce n’était certainement pas une psychomage mal attifée qui allait l’impressionner.

Il s’installa dans le fauteuil en face d’elle où il croisa les jambes avec l’élégance de son rang dans un silence de plomb, puis lui renouvela le témoignage de sa mésestime en se détournant d’elle. Il s’intéressa d’abord à la vision qu’offraient les fenêtres encadrées de tentures vertes avant de se passionner pour ses ongles. L’angoisse était perceptible dans la voix serrée de Narcissa lorsqu’elle prit congé, mais à elle non plus il ne daigna pas accorder un regard.

« Bien, dit la Médicomage Roberts lorsque Narcissa fut sortie, je suis ravie d’enfin vous rencontrer, Mr Malefoy. Vous étiez déjà une sommité de la communauté sorcière britannique il y a quelques années, mais depuis les derniers événements, votre renommée a passé nos frontières.

Les yeux gris de Lucius la toisèrent à nouveau, mais il conserva le silence.

– Votre épouse m’a dit que vous souffrez de cauchemars à répétition et d’angoisses nocturnes. Je suis ici pour vous aider.

– Sortez de chez moi, votre présence m’importune, dit Lucius avec un calme froid.

Un éclair de stupéfaction creusa les traits de la sorcière avant qu’elle ne se recompose un sourire professionnel.

– On dirait qu’on ne m’avait pas menti sur votre sens de l’hospitalité.

Les lèvres du Mangemort s’ourlèrent d’ironie.

– Pardonnez-moi, c’est vrai que je suis un peu grossier, mais je réserve mon affabilité pour les hôtes de marque, ou ceux que j’ai au moins invités.

– Vous comprendrez que l’urgence semblait telle pour vous que je n’ai pas pris le temps de vous envoyer mon carton d’invitation pour que vous y apposiez votre signature, répartit la psychomage sans se démonter.

– Dommage, parce que je n’ai rien à vous dire.

– Ce n’est pas ce que dit votre femme.

– Ma femme ferait parfois mieux de s’occuper de ses affaires.

– Elle essaye de vous aider. Étant donné qu’il s’agit de l’une des rares personnes bien disposées à votre égard, vous feriez peut-être bien de la ménager.

– Et moi je crois savoir mieux que vous ce que je dois faire.

Le froid dégagé par son timbre et sa personne devenait de plus en plus glaçant.

– Si vous pensez m’impressionner avec vos grands airs, vous vous faites des illusions, Mr Malefoy. Le temps de la terreur est passé, et je ne parle même pas de celui de votre gloire… Vous n’avez plus aucune influence sur la communauté magique. Vous n’impressionnez plus personne. À part votre fils et votre épouse peut-être.

Lucius contracta involontairement ses mâchoires en lui décochant un regard venimeux. Cette harpie appuyait là où cela faisait mal.

– Repartons sur un bon pied, faisons la paix, reprit la sorcière avec un sourire plus aimable, mais Lucius nota qu’elle s’abstint de lui tendre la main pour concrétiser la proposition, de peur sans doute qu’il ne s’enfonce dans la provocation en la dédaignant. Je suis ici pour vous aider. Vos gardiens et les deux membres de votre famille m’ont rapporté des propos alarmants sur votre état de santé, et je viens voir si je peux vous aider à dénouer tout cela.

– Je-ne-suis-pas-fou, protesta Lucius en détachant chaque mot entre ses dents.

– Je n’ai jamais prétendu le contraire. Vous savez, la profession de psychiatre souffre d’une confusion courante dans l’esprit des gens qui la croient réservée aux aliénés, mais cela fait plusieurs décennies qu’elle a dépassé les frontières des asiles pour s’adresser à l’ensemble de la population. Le fait que je me tienne devant vous ne présuppose rien sur votre santé mentale, sinon que vous traversez une passe difficile. Et c’est bien normal après tous les événements de ces derniers mois.

Les yeux gris la toisèrent avec défiance.

– Rien de ce que nous nous dirons ne sortira d’ici, promit la psychomage en soutenant son regard.

Silence sur le fauteuil d’en face. Tracy Roberts sourit.

– Si vous ne voulez rien dire, libre à vous, mais vous aurez à souffrir ma présence jusqu’à la fin de l’heure qui nous est dédiée. Je vous le répète, rien de ce que nous nous dirons ne sortira de cette pièce, profitez-en pour vous libérer. Il y a de toute évidence quelque chose qui vous hante, Mr Malefoy, quelque chose qui demande à ce que vous l’exprimiez. »

Le silence s’éternisa si longtemps que Lucius et la sorcière semblaient s’être figés, comme si la rivière de sable du Temps elle-même avait cessé de couler, puis, enfin, le visage de Lucius s’anima pour afficher un sourire venimeux.

« Vous êtes décidément beaucoup trop curieux, vous les psychiatres. En d’autres temps, vous auriez probablement fini comme votre confrère, Charles-Arthur Valley…

Tout sourire disparut de la figure de Tracy Roberts. Quand elle lui posa la question qui suivit, elle sembla parler du bout des lèvres :

– Vous savez qui les a tués, lui et sa famille ?

– Ce n’est pas ce que j’ai dit, mais j’ai ma petite idée, en effet. Je ne connais que deux sorciers capables de lancer le sortilège de peste qui les a tués, et ils seront bientôt fous à lier tous les deux. Mais peu importe puisque Charles-Arthur Valley et les siens pourrissent au fond de leur caveau où leurs cadavres régalent la vermine. Même si je vous donnais l’identité du tueur, on ne changerait rien à ce qui s’est passé, n’est-ce pas ? »

Lucius remarqua le calepin que la sorcière tenait sur ses genoux lorsqu’elle l’ouvrit pour y écrire. Il essaya de déchiffrer son écriture à l’envers, mais la graphie de ses lettres était trop pointue pour qu’il y parvienne. Une colère froide mêlée de frustration s’empara de lui.

« Qu’écrivez-vous ? Demanda-t-il d’une voix impérieuse dont le timbre ressemblait beaucoup à celui d’Abraxas.

– Que vous semblez vous complaire dans la description d’états mortifères.

– Effacez ça, tout de suite.

Que dirait Jack s’il voyait arriver sur son bureau une nouvelle pièce de l’accusation faisant état de délires sadiques suite à son entretien avec cette femme ?

– Mais c’est la vérité, n’est-ce pas ? Dit Tracy Roberts en imitant à la perfection le ton venimeux de Lucius.

Ils se toisèrent tous les deux pendant de longues secondes.

– Si je n’avais pas eu de goût pour le morbide, je ne serais sans doute jamais devenu Mangemort, dit enfin Lucius. Maintenant, effacez cela tout de suite, je vous prie.

Cette dernière formule lui arracha la gorge, mais il jugeait préférable de s’astreindre à un minimum de politesse si cela pouvait lui éviter d’aggraver ses ennuis judiciaires.

– Pourquoi le ferais-je ?

– Parce que je n’ai pas envie que cela se trouve dans le rapport qui sera transmis à la Cour chargée de me juger.

– Je vous ai déjà indiqué que rien de ce qui se dira dans cette pièce n’en sortira.

– Ce n’est jamais que ce que vous dites. Quant à savoir si c’est aussi ce que vous ferez, pardonnez-moi d’en douter. Pour avoir l’autorisation de venir me voir, vous avez dû demander une autorisation spéciale à la Cour. Ne me faites pas croire que les juges ne vous ont pas demandé d’expertiser ma santé mentale sous couvert de répondre à la demande de Narcissa.

Tracy Roberts afficha un sourire caustique.

– Je décèle quelques tendances paranoïaques.

– J’ai passé les dernières années de ma vie à craindre de la perdre. On deviendrait paranoïaque pour moins que cela, vous ne croyez pas ?

– Puisque nous avons encore quarante-cinq minutes devant nous, et si vous me parliez un peu de tout ça et de ces rêves pour le moins curieux qui vous hantent ? »

Un rictus déchira le visage de Lucius. Il pensa à la forme spectrale furieuse de son père, aux ombres maléfiques qui voulaient le dévorer… Par fierté, parce qu’il ne voulait rien révéler qui puisse être vu comme une faiblesse, par peur aussi de ce que la psychomage pourrait déduire de ce qu’il lui dirait – après tout rien ne lui prouvait que ce n’était pas le Magenmagot qui l’envoyait l’expertiser ni que les juges ne lui demanderaient pas de produire ses compte-rendus au procès (Lucius supposait que le secret médical ne tenait plus pour les crimes de guerre) –, il éluda :

« Ce sont des rêves effrayants.

– Abraxas Malefoy, votre père, faisait figure d’autorité dans la communauté magique. Comme vous.

– Les dragons ne font pas des hippogriffes.

– Votre père vous effrayait-il de son vivant ?

– Je n’ai guère envie de m’épancher sur des sujets aussi intimes auprès d’une étrangère. »

Il attendit qu’elle enchaîne avec d’autres questions, mais elle resta assise à le regarder et à lui sourire bêtement. Mais qu’est-ce qu’elle attendait, cette cruche ? C’était elle qui était venue lui parler, pas lui, la moindre des choses aurait été qu’elle entretienne la conversation, ou à défaut qu’elle le laisse partir.

Le silence s’installa et se solidifia jusqu’à former une chape sur la pièce où plus rien ne bougeait. Lucius commença à éprouver un léger malaise à se tenir ainsi dans le mutisme. Les yeux perçants qui ne se détachaient pas des siens lui donnaient l’impression dérangeante de le juger, et il se sentait dans un tribunal dans son propre salon.

« Vous n’avez pas d’autres questions ?

– Mon objectif n’est pas de vous arracher des aveux, mais de vous laisser parler librement des sujets qui vous préoccupe, répondit la sorcière d’un air serein.

– Mais je n’ai rien à vous dire. Si vous n’avez pas de questions particulières…, commença-t-il avec dans l’idée de lui suggérer de mettre un terme à leur rencontre, mais elle le coupa :

– Il reste encore quarante minutes, vous avez tout votre temps pour faire le point de ces dernières semaines, peut-être aussi de ces dernières années, et pour avoir quelques idées de situations sur lesquels nous pourrions échanger. »

Un nouvel élan de colère traversa Lucius. Qu’est-ce qu’elle ne comprenait pas dans je n’ai guère envie de m’épancher sur des sujets aussi intimes auprès d’une étrangère ?

Il faillit se lever pour partir – ce n’était certainement pas cette bonne femme qui allait l’empêcher de quitter cette pièce, il était encore maître chez lui ! Mais il se ravisa en songeant qu’accepter de s’ouvrir un peu plus à Tracy Roberts constituait peut-être un meilleur calcul. En dévoilant juste ce qu’il fallait pour satisfaire sa curiosité déplacée, il y avait une chance qu’elle s’en aille plus vite – et ne revienne plus jamais. Il reprit à contrecœur :

« Si mon père s’obstine à me poursuivre dans mes cauchemars, je suppose que c’est en grande partie parce que, comme vous le faisiez remarquer tout à l’heure, il incarnait l’autorité mais aussi son pendant moral : le devoir. Lorsque j’étais enfant, il ne me serait jamais venu à l’idée de désobéir à ses ordres. Loin de mon père, je n’éprouvais aucune difficulté à suivre mes propres idées, car je me rendais compte que je possédais une certaine influence sur les autres enfants, mais quand il était là, je m’en remettais à lui. Son emprise s’est un peu estompée à partir de l’adolescence. Dès mon entrée à Poudlard, je me suis aperçu que j’étais estimé par mes condisciples parce que j’étais un Malefoy, l’héritier d’une très vieille famille de sorciers, mais aussi parce que je me suis révélé extrêmement doué dans la scolarité. En mûrissant, j’ai compris que certaines décisions m’appartenaient, mais j’ai continué à écouter et suivre les conseils de mon père, voire à lui obéir, jusqu’à un âge avancé. Parce que je le respectais et parce que l’obéissance au pater familias est une vertu cardinale dans notre Maison. »

Avec le recul, Lucius comprenait de plus en plus qu’il avait vécu pour deux. Cette vie qu’il avait menée avait été autant la sienne que celle de son père, puisque en grande partie formée selon ses souhaits à lui. Si Lucius s’était marié à Narcissa, c’était parce qu’Abraxas en avait décidé ainsi. S’il s’était engagé auprès du Seigneur des Ténèbres, c’était parce qu’Abraxas le lui avait suggéré. S’il haïssait les Moldus, c’était parce qu’il avait adhéré aux idées d’Abraxas à leur sujet. S’il n’avait jamais provoqué Rodolphus Lestrange en duel malgré leur rivalité et animosité mutuelle, c’était parce qu’Abraxas, puis Narcissa, l’en avaient toujours dissuadé.

« Pourquoi est-ce uniquement la figure de votre père qui revient vous tourmenter en rêve ? Pourquoi lui et pas votre mère ?

La mention de sa mère lui serra la gorge, mais Lucius garda contenance.

– Parce qu’elle n’avait rien à voir avec lui, sinon un nom et une alliance au doigt. Si elle avait encore été de ce monde, ma mère aurait compris ma position, elle aurait compris que parfois, nous sommes assujettis à des devoirs contradictoires, et qu’un homme, fut-il un Malefoy, doit accepter de s’asseoir sur son honneur pour préserver quelque chose de plus important encore.

– Elle était moins stricte que votre père ?

– Disons plus compréhensive », répondit-il avec réticence.

Il détestait parler avec cette bonne femme, il détestait ses questions, sa façon de vouloir s’immiscer dans ses souvenirs, mais avec un peu de chance, elle ne l’ennuierait plus longtemps.

– Votre père était réputé pour sa dureté et son sens des affaires. Comme vous. Partageait-il totalement vos idées sur la pureté du sang sorcier ?

– Bien sûr.

Une pointe de défiance fière s’était introduite dans la voix de Lucius. Il avait d’ailleurs redressé le nez en l’affirmant.

– Que vous dit-il quand vous le rencontrez en songe ? Pouvez-vous me décrire vos rêves en détails : lieux, personnages, couleurs, bruits, odeur s’il y en a ?

Une plume et un calepin sautèrent de la sacoche de la sorcière et s’immobilisèrent dans les airs à côté de sa tête. Lucius jeta un regard peu amène à la plume qui commença à courir sur le papier en produisant le grattement si caractéristique de l’écriture.

– Est-ce une plume à papote ? Demanda-t-il avec une circonspection irritée.

Le visage rondelet de la sorcière eut un sourire indulgent.

– Je suis médecin, pas journaliste pour la presse à scandale. Cette plume-ci est fiable, elle prend des notes stricto sensu, sans rien exagérer, déformer ni même reformuler. Je vous ferai relire le compte-rendu si vous le désirez. Mais revenons en à votre père : diriez-vous que sa façon de s’adresser à vous dans vos rêves est fidèle à celle qu’il avait dans la vie ?

– Oui, répondit Lucius, son regard s’attardant sur la plume qui l’avait salué d’une courbette lorsque la Psychomage l’avait présentée. D’ailleurs cela paraît si réel que j’ai un moment envisagé l’hypothèse qu’il s’agisse bien de son fantôme, mais cela n’aurait aucun sens. Si mon père avait réellement voulu revenir, il n’aurait pas attendu dix ans. Il est tout de même mort en 1988.

– Décrivez-moi vos rêves en détails, s’il vous plaît », demanda la psychomage.

Lucius avait espéré y couper, peu désireux de révéler des clés essentielles de sa personnalité dont il n’avait peut-être pas encore pris conscience, mais que la psychomage aurait tôt fait de percer à jour. L’idée qu’une inconnue, surtout celle-là, puisse en savoir plus que lui sur son compte le dérangeait profondément. Il ne lui exposa donc que ce qu’il estimait le moins compromettant – le décor du manoir, la présence de son père et son discours –, et tut ce qu’il préférait garder pour lui : le Chemin d’Or et les ombres. Son saut dans le passé de la nuit précédente fut également passé sous silence. Il éluciderait ce mystère tout seul. Il ne comptait pas sur Tracy Roberts pour lui être d’un quelconque secours. Ce n’était pas de trucs et d’astuces de psychiatres dont il avait besoin pour décrypter ses rêves, que les arbres y soient rouges, noirs ou roses importait peu, mais d’une baguette magique ou d’instruments ténébreux qui lui permettraient d’explorer leur énigme ésotérique. Tandis qu’il parlait, l’esprit à moitié à la conversation, à moitié (et par anticipation) à la nuit suivante, l’idée de confronter son père – ou ce qui en prenait la forme – le soir-même s’imposait peu à peu à son esprit. Oui, s’il lui faisait face, s’il lui exposait le fruit de ses réflexions sur l’Au-Delà, peut-être qu’Abraxas, le voyant sur la bonne piste, consentirait à lui en dire plus ou s’apaiserait un peu.

Quand la Psychomage déclara que l’heure était écoulée et qu’elle se leva de son siège pour remballer calepins et plumes (elle tapa dans ses mains et tout ce petit monde sauta dans son sac dont la couleur noire et sobre tranchait avec l’allure de sa propriétaire), Lucius crut défaillir de bonheur. Il n’avait pas éprouvé un tel soulagement depuis l’acquittement de Drago.

« Merci d’avoir accepté de me parler, Mr Malefoy.

– Tout le plaisir a été pour moi, dit Lucius, grinçant.

– Si je puis vous donner un conseil, c’est de consigner par écrit et dans les détails vos prochains rêves. C’est bien souvent dans les détails que finissent par se révéler les clés qui permettent de comprendre l’ensemble… Je vous laisse ma carte (elle posa un petit carton rectangulaire à sa place sur le fauteuil qu’elle venait de quitter). Contactez-moi si vous éprouvez le besoin de parler, ou même juste si vous avez envie de discuter d’un sujet ou d’un autre.

C’est cela oui. Quand les hiboux cesseront de livrer le courrier et de dévorer des souris.

Elle lui tendit une main que Lucius refusa une nouvelle fois de serrer. Loin de se laisser impressionner par son expression hautaine, la Médicomage lui décocha un sourire amusé.

« Toujours pas ? Bon, je n’insiste pas davantage alors. Bonne soirée. »

Enfin libéré ! Bon débarras.

Tracy Roberts venait à peine de sortir que Narcissa la remplaça dans la pièce.

– Alors, comment l’as-tu trouvée ? Demanda-t-elle en venant près de lui.

– Désagréable au possible. Et prétentieuse avec ça. Comme si j’allais lui raconter toute ma vie comme ça !

Lucius ne supportait pas que quelqu’un puisse prétendre l’aider. Lui savait bien que personne ne le pouvait.

L’absence de réponse de son épouse l’étonna. Il la regarda avec plus d’attention et remarqua qu’elle fixait les fenêtres d’un air absent, l’air perdu en elle-même. Il lui demanda si elle se sentait bien.

– Jack est passé pendant que vous discutiez…

– Quoi ? Pourquoi ne m’as-tu pas fait appeler ?

– Parce que je ne voulais pas vous déranger, et il n’est pas resté longtemps. Juste le temps de me donner la date d’ouverture de mon procès.

Un œuf de dragon enveloppé de métal glacé tomba dans l’estomac de Lucius. Il quitta le fauteuil, saisit doucement les mains de Narcissa, anormalement froides.

– Quand ?

Le regard bleu de son épouse vacilla avant de parvenir à se stabiliser sur son visage.

– Dans trois semaines, jour pour jour.

– Comment te sens-tu ?

– Quelle question. Je suis terrifiée, mais je ne veux pas le montrer à Drago. »

Elle se blottit contre lui, se laissa reposer contre son épaule. Lucius l’accueillit entre ses bras sans mot dire. Du bout de ses lèvres enfouies dans les cheveux blonds de son épouse, il déposa un baiser sur sa tête. L’odeur capiteuse de son parfum au miel de rose le pénétrait jusque dans les tréfonds de l’âme. Mais sous le parfum, il décelait aussi une autre odeur comme un animal en reconnaît un autre : celle de la peau de Narcissa.

Il se concentra sur sa respiration, inspira discrètement tout ce qu’il pouvait d’elle alors qu’ils communiaient dans une tendresse muette et angoissée.

Si on lui retirait sa femme, si on le privait de son dernier soutien, alors Lucius ignorait ce qu’il adviendrait de lui-même. Pour la première fois de sa vie, l’idée de mourir de chagrin ne lui semblait plus relever d’un puéril romantisme de poète.

Slytherin.jpeg
Source : walmart.com

 

Salut, les Potterheads (^∇^)

J’espère que vous passez un bel été. De mon côté c’est déménagement, gestion de problèmes administratifs en tous genres et préparation des différents boulots qui m’attendent à la rentrée, mais rien qui parvienne à me tenir éloigné trop longtemps de mes chers petits personnages, que ce soit Lucius ou les autres !

Je vois dans les statistiques du blog que vous êtes de plus en plus nombreuxes à suivre Le Procès Malefoy, un ÉNORME merci à vous ♥  Le plaisir de plonger dans cette fic, et à travers elle, de retourner dans le monde d’Harry Potter est toujours intact. Et il est redoublé de savoir que j’arrive à le partager autour de moi grâce aux publications de ce blog.

Il y a tant de fanfictions Harry Potter que j’aimerais écrire ! Mais bizarrement, aucune sur mon personnage préféré… Eh non, ce n’est pas Lucius. Mais qui est-ce donc alors… Quelqu’un a-t-il une idée ? (^_-)

Et vous, quel est le vôtre ?

@ bientôt quelque part,

Chris

Pour rester informé•e de la progression de la fanfiction, vous pouvez suivre ma page d’auteur sur Facebook ou encore mon compte Twitter. J’y parle régulièrement de mes avancées et de mes divers travaux d’écriture.

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2 commentaires sur “Le Procès Malefoy, chapitre 8 : Psychomage et thérapie [fanfiction Harry Potter]

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  1. J’ai aime ce chapitre moins mouvementée que le précédent mais qui garde son obscurité🙂. J’ai hâte de lire le Procès de Narcissa si il y’a a lire le Procès de Narcissa. C’est moi où Lucius avance vers la Rédemption ??
    Bon retour et Félicitations !
    J’ai hâte d’encore vous lire.
    Charlotte.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup, Charlotte, pour votre fidélité à cette histoire, mais aussi pour prendre le temps de me laisser un petit mot. Peu de lecteurs•trices en ont conscience, mais ces échanges sont précieux pour les auteur•e•s ☺

      Le Procès de Narcissa n’est pas prévu au programme, ou alors ce sera un très court texte sur son passage devant la barre du tribunal. En revanche, j’aimerais beaucoup m’intéresser à d’autres Mangemorts moins connus comme les frères Lestrange. Un jour, peut-être….

      Bel été et @ bientôt pour la suite des aventures de Lucius,

      Chris

      J'aime

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