Chanson : La Colline des pendus – Naamaah

Bonjour à tous et toutes !

Il y a quelque temps, je vous parlais de Ricardo Uzzeni, l’un des vampyres de mon roman d’urban-fantasy Les Ombres de Rome, qui est à la fois un homme politique de la scène Surnaturelle et le chanteur-guitariste-compositeur d’un groupe de rock (Naamaah). Je vous expliquais que j’essayais d’écrire quelques-unes des chansons de son répertoire et vous évoquais les difficultés de l’exercice, proche de la poésie sans en être tout à fait.

Aujourd’hui, une dizaine de chansons sont écrites. Probablement n’apparaîtront-elles jamais dans aucun de mes romans, ou seulement par extraits, mais leur écriture fait partie de ces récréations d’écrivain qui font du bien à l’esprit et échauffent la créativité. Écrire une chanson, c’est raconter une histoire autrement, et c’est aussi pour moi une bonne manière de m’immerger dans l’ambiance de mon univers en me glissant directement dans la peau de l’un des acteurs « du film ». Cette mise en abîme de l’auteur qui écrit au nom de l’un de ses personnages m’amuse beaucoup.

Mais assez bavassé, je vous laisse découvrir un morceau de l’univers de Ricardo.

pendus
Illustration du morceau La Colline des Pendus, dessinée par Annick de Clercq. Site : annicksart.com

La Colline des pendus

Houhouuuuhouu… Houhouuu… Ouuuh…

Depuis la fenêtre de sa chambre
Dans la ferme familiale,
Pierrot entend le chant des Pendus.
La lune rousse au teint pâle,
Domine la colline des Pendus.

Houuuhouuu… Ouuuh… Houhouuuuhouuu…

Dans les nuits de givre,
Et les petits matins gris,
De la colline descend cette sinistre mélodie.
La complainte de soldats
Morts pour le pays par le pays.
Les Pendus ne voulaient pas la guerre,
Alors, les rangs de leur régiment
Ils ont déserté,
Et battu la campagne pour aller retrouver
Tous ceux que la guerre
Les a forcés d’abandonner.

Mais les Généraux
Dans leur drap de laine bleu,
Couvert de boutons dorés,
Brodé de fil d’argent,
Ne connaissent pas la compassion,
Seulement l’avidité de la gloire,
Et des décorations.
Pour l’honneur, des Pendus déserteurs,
Il fallait faire un exemple.
La lune rousse dans les cieux a frémi
Lorsque ces chefs vaniteux
Lâchèrent aux trousses des Pendus
Leurs anciens camarades et amis.

Houuuhouuu… Houuuu…

L’amitié n’existe plus quand entrent dans la danse,
Argent, femmes ou réputation.
Les Pendus retrouvés
Furent jugés pour désertion,
Et condamnés à la pendaison.
Là-haut sur la colline,
Les branches des chênes ont gémi
Quand, au signal des Généraux
Les Pendus furent lâchés dans le vide
Le cou serré par les cordes assassines.

Houuuhouuuouuu…

Depuis, les Pendus n’ont pas bougé.
Leurs corps depuis longtemps pourris,
Ont été décrochés, brûlés,
Leurs os jetés aux chiens,
Mais quiconque se rend sur la colline à la tombée du soir,
Ou les petits matins noyés de brouillard,
S’expose à voir leurs spectres plaignards
Se balancer aux branches nues.

Leurs yeux vides fixés sur le visiteur,
Leurs bouches noires entonneront leur chant maudit,
Longue plainte égrotante qui fait vibrer la nuit.

Houuuhouu houuu… Houuu… Houoou…

N’écoutez plus !
Et surtout, s’ils vous font signe de les décrocher,
Courez.
Ces pauvres âmes ne savent plus qui elles sont.
Pour un esprit vivant
Leurs lamentations sont un poison violent.

Houuuu hou houuu…

Les plaintes meurent dans le vent.
Pierrot préfère ça.
Il ne faut pas éveiller…
Mais il est trop tard.

Houuuuhouuuhouu…

Le chant est plus proche cette fois-ci,
Il monte du salon.
Sous ses couvertures
Pierrot se blottit.

Houuuhouuu houuu…
Houuuhouuuu… Houuu…

Le chœur sur la colline
Répond à la voix dans le salon.
Pierrot plaque ses mains sur ses oreilles
Tandis que son frère chante le chant des Pendus.
De les avoir trop entendus,
Voilà deux ans qu’il a perdu la tête.
Il a abandonné le champ qu’il labourait,
Est rentré à la ferme familiale,
Et à la poutre dans le salon, s’est pendu.

Houuuuhouuuhouuu…

Ricardo Uzzeni, extrait de l’album Entropia, 2010

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Matthew Bellamy de Muse, alias Ricardo Uzzeni dans ma tête.

© Chris Bellabas, novembre 2017

© Ce morceau a été illustré par Annick de Clercq.

 

Ricardo et moi, nous vous remercions pour votre lecture !