Review : Tanguy Pastureau n’est pas célèbre (spectacle)

Juste un mot à propos du spectacle de Tanguy Pastureau que je suis allé voir dimanche 28 octobre 2018 à Civray de façon totalement impromptue. Et pour cause : je ne connaissais absolument pas ce type avant de le voir sur scène. Comment alors me suis-je retrouvé à l’un de ses spectacles ? D’une manière tout à fait banale en fait, puisque je passais la journée de dimanche avec un ami qui m’a dit : « il y a Tanguy Pastureau qui passe à Civray, ça te dit qu’on aille le voir ? »

Je ne connaissais pas, alors j’ai dit « pourquoi pas ? » (aaaaah ! tous les possibles que ces deux mots, « pourquoi pas ? », peuvent nous ouvrir, il faudra que j’en reparle plus longuement un jour).

Voilà comment je me suis retrouvé à La Margelle à Civray, un dimanche après-midi pluvieux (euphémisme pour parler d’un déluge qui n’aurait pas dépaysé Noé), dans une salle dont la moyenne d’âge devait tourner autour de la quarantaine. Une bonne surprise pour moi qui ai plutôt l’habitude de partager les bars, salles de cinéma et rues avec des sexagénaires et plus depuis mon emménagement dans la région. Pas que je n’apprécie pas la compagnie de nos retraité•e•s, mais quand on a 27 piges et qu’on vit à la campagne, on finit par se sentir un peu isolé dans sa tranche d’âge. Tanguy Pastureau  a d’ailleurs évoqué les difficultés de faire des rencontres en zone rurale, blaguant sur son souhait de devenir la Karine Lemarchand du coin en provoquant des rencontres par le truchement de son spectacle.

« Au fait, quel est le thème ? je demande à mon ami.
– La célébrité. L’intitulé c’est Tanguy Pastureau n’est pas célèbre. »

Cool, je souscris pleinement au programme. Avec toutes les célébrités (politiques, musiciens [vous connaissez déjà Ricardo Uzzeni], acteurs…) que je compte parmi les personnages de mes histoires, c’est une thématique qui m’intéresse beaucoup. Comme beaucoup d’auteur•e•s, je suis toujours avide d’entendre des expériences vécues par des personnes réelles sur les sujets sur lesquels j’écris afin d’en nourrir ma prose. Cela m’aide à mieux cerner les problématiques qu’ils soulèvent et à rendre mes textes plus réalistes.

Eh bien, je dois dire que je n’ai pas été déçu du voyage ! À travers des exemples aussi variés et hauts en couleur que ceux de Jeanne d’Arc et des Kardashian, en passant par Hitler, Diam’s, Karen Cheryl et les Kennedy, l’humoriste nous parle de la célébrité à travers les âges en déployant des trésors d’arguments pour nous convaincre que plutôt que chercher la célébrité à tout prix, tout le monde serait bien mieux inspiré de tout faire pour conserver son anonymat. C’est tellement plus reposant, tellement plus enviable d’être un inconnu noyé dans la foule ! (ce dont je suis foncièrement convaincu).

D’ailleurs, dit-il, lui-même s’accommode très bien de ne pas être célèbre. Car oui, Tanguy Pastureau estime qu’il n’est pas célèbre. Et pour alléguer cette déclaration, il cite L’Obs qui a voulu lui consacrer un article, et qui a mis en une la photo d’une autre personne (véridique), « un animateur radio aussi peu connu que [lui] ». Ballot, mais tellement savoureux !

En fait, avec Tanguy Pastureau, chaque anecdote est truculente. Toutes les vannes ne sont pas à se plier en deux – d’ailleurs, pour moi, ce ne sont pas vraiment des vannes, l’humour de Pastureau est plus fin que cela -, mais sa maîtrise du verbe fait monter le rire crescendo. Son humour est caustique sans être acide. Il ne démolit pas les personnes dont il parle. Bien sûr, tout le monde en prend pour son grade : Macron, Hollande, Mélanchon, Trump, Kim Jong-Un, Geneviève de Fontenay… – et même le public !-, mais son discours, fluide, captivant, est suffisamment intelligent pour éviter la démolition en règle qui me gêne parfois avec d’autres humoristes. Et c’est justement par ce côté que je trouve l’humour « Pasturesque » plus percutant et plus propice à la réflexion.

L’aisance du bonhomme sur scène achève de lui conférer un certain charisme. Il est si naturel dans sa façon de s’adresser à la salle qu’à aucun moment l’occasion nous est laissée de nous rappeler que ce type de spectacle est forcément écrit, répété, et qu’il suit un script. J’ai même parfois l’impression que Tanguy Pastureau se laisse aller à quelques répliques spontanées en fonction des réactions du public. La structure du spectacle est habilement articulée entre monologues de l’humoriste (qui, par son naturel, réussit le tour de force de leur donner l’air de vrais dialogues avec nous) entrecoupés de séquences d’interactions avec les spectateurs•trices sous forme de quiz. La salle est réactive. Il faut dire que Tanguy Pastureau mène son exposé sur les raisons de ne pas vouloir être célèbre avec brio. L’heure et demie ensemble passe à toute vitesse.

Je serais volontiers resté plus longtemps à l’écouter nous parler de toutes les célébrités qu’il cite et plus encore. Moi qui ne suis que peu les humoristes, me voilà ravi d’avoir accepté la proposition de mon ami.

« Alors, tu as aimé ? » s’enquiert celui-ci à la fin du spectacle.
– C’était génial ! Il s’appelle comment déjà ?… »

Chris

Tanguy Pastureau
Tanguy Pastureau à La Margelle, Civray (86). Crédit : Danny C.

Tanguy Pastureau est également humoriste chroniqueur sur France Inter et sur C8.

Que vous comptiez le voir sur scène ou non, je vous recommande l’écoute de ses chroniques, dans lesquelles j’ai retrouvé la plume incisive, maniant avec talent le sarcasme, l’absurde et l’humour noir que j’ai adorée pendant le spectacle.

Merci de m’avoir lu.

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