Chronique : Namathée [roman heroic/epic fantasy] – Florent Bainier – autoédition

Bonjour à tous et toutes !

Pas de dragon ou d’Irlandais dans la lecture du jour, mais des aigles en pagaille, des tigres, des chiens de guerre, des prêtres aux pouvoirs surnaturels et de féroces guerriers !

Namathée, premier roman de Florent Bainier qui a fait l’audacieux pari de marier péplum et fantasy, m’a été confié en service presse (pour celles et ceux qui s’interrogeraient sur cette pratique, je vous renvoie à cet article qui expose bien les choses) par la maison d’auto-édition Publishroom. Je la remercie pour sa confiance.

Cette précision étant faite, décryptons ensemble le premier volet du cycle des Acmènes, qui signe le début d’une nouvelle saga épique !

Descriptif technique


L’auteur : Florent Bainier

Illustrateur (couverture) : Bernard Latuner

Date de la première publication : 24 novembre 2017

Genre : Heroic fantasy / Epic fantasy

Collection : Le cycle des Acmènes

Éditeur : Autoédition

Nombre de pages : 499

Résumé


Namathée, c’est l’histoire d’une cité, d’un peuple, et l’histoire d’un homme qui a tout perdu – son passé, sa mémoire, jusqu’au souvenir de son nom -, que le destin va enchaîner l’un à l’autre.

Forough, la grande prêtresse du temple de Vasicha, dieu suprême du panthéon namathéen, a une vision : le dernier roi défunt de la cité lui apparaît dans un songe pour lui demander de secourir un étranger dont le corps inanimé dans une embarcation descend le cours du fleuve. Elle envoie un groupe de soldats à sa recherche, et ceux-ci le sauvent de la mort en le ramenant dans leur cité.

À son réveil, l’homme n’a aucun souvenir et essaye de s’intégrer du mieux qu’il peut à ce nouveau peuple.

Mais Namathée, riche cité qui dispose de l’hégémonie militaire dans la région, a de graves préoccupations : ses plus grands ennemis, les Oughares, les Sarthes et les Lorestiens, motivés par la vengeance ou le désir de conquête, ont conclu une alliance pour la soumettre.

Arcan, l’homme sans mémoire sauvé par les Namathéens, n’hésite pas un instant : il prend les armes pour défendre la cité à laquelle il doit la vie, même si cette guerre signe peut-être la fin de la civilisation namathéenne.

Mon avis


Lorsqu’on m’a proposé ce service presse, la couverture m’a immédiatement tapé dans l’œil (force est d’admettre qu’il s’agit d’un élément ayant une importance capitale dans la captation du lectorat, je ne saurais donc que trop conseiller aux auteur•e•s de bien choisir leur partenaire pour l’illustrer) : ses couleurs vives, la scène de bataille représentée, et en premier plan, le soldat en armure avec un casque que mon œil amateur de péplums a identifié comme un casque grec. Le détail m’a permis de saisir l’inspiration du récit et a séduit le fan de période antique et de Protohistoire que je suis.

La 4e de couverture a confirmé mon attraction et augmenté ma curiosité pour ce récit en présentant Namathée comme se déroulant à « l’âge de bronze », et en mentionnant son inscription dans les littératures fantasy.

J’avais donc deux des passions majeures de ma vie réunies dans un seul roman, et beaucoup de bons a priori avant d’attaquer la lecture. Les risques de déception étaient donc élevés, mais c’est un sans faute pour Namathée qui m’a emporté dans une somptueuse fresque antique où les hommes se font la guerre avec épées, boucliers et animaux, et où l’on guette anxieusement les signes envoyés par les dieux pour décider de l’avenir de la cité.

J’ai été surpris par la façon dont le récit m’a happé, et encore plus surpris d’apprendre qu’il s’agit du premier roman de Florent Bainier.

Beaucoup de choses à dire (sans spoiler), je vous propose donc de découvrir les 4 bonnes raisons de lire Namathée !

Un mariage péplum / fantasy réussi

Mariage heureux grâce à la plume haletante et érudite de Florent Bainier, passionné d’archéologie et de civilisations anciennes.

Quand je parle de péplum (oui, je sais, cela se dit plutôt des films, mais le terme s’applique à merveille ici), je ne parle pas d’une reconstitution historique à proprement parler puisqu’il s’agit d’un univers particulier, propre à l’imaginaire de l’auteur, et pas de notre Protohistoire à nous, cependant, les nombreuses références (stratégies militaires, armement, coutumes funéraires…) à différentes civilisations disparues inscrivent le récit dans le concret et, de fait, l’établissent plus solidement dans  notre imaginaire. Lorsque l’auteur évoque certaines armes, même sans en avoir jamais tenues en main, vous arrivez à vous en faire une représentation à partir de ce que vous avez pu voir dans un livre, un documentaire ou en visitant un musée.

Mais les scènes de bataille dignes des grands péplums sont loin d’être le seul élément à planter le décor « antique » : nous retrouvons  un panthéon de dieux et de déesses assidûment prié•e•s par la population. Chez les Namathéens, le culte est organisé autour de 5 dieux. Quatre représentent chacun l’un des éléments traditionnels : eau, terre, air ou feu, et le cinquième et suprême, Vasicha, est le maître du temps. Un prêtre est dévolu au service de chaque dieu et une prêtresse est chargée de représenter Vasicha dans le monde terrestre.

Ces dieux désignent les rois de la cité à leurs prêtres•se. À la date du récit, cependant, cela fait un an que le dernier roi est mort et que les prêtres attendent de déceler les signes divins. La vacance du pouvoir complique la situation de la cité quand la guerre éclate en favorisant les flottements dans l’armée et les complots politiques. Mais chez les ennemis de Namathée, les choses ne sont guère mieux : les alliés pensent à se retourner les uns contre les autres après sa défaite.

La présence du surnaturel à travers l’intervention des dieux et des défunts (souvent par le biais des songes ou des animaux), n’est pour rien gâter au récit car elle est excellemment bien dosée. Nous sommes rapidement au fait de l’existence des dieux namathéens, qui aident leur peuple à certains moments cruciaux de son histoire, mais pour autant, aucun Deus Ex Machina n’est à déplorer. L’auteur n’hésite pas à tuer ses personnages (j’adore ! mouahaha), et quand il les sauve in extremis, ce n’est jamais directement par l’intervention d’une force supérieure. L’histoire, comme un funambule, est donc constamment en équilibre entre les forces terrestres et divines, et livre même une expérience de mort imminente joliment décrite.

Une écriture dynamique

Après une petite vingtaine de pages, j’étais totalement addict, au point de reculer mes propres plages d’écriture ou de sommeil pour continuer à lire.

L’écriture est remarquable : sans être d’un style littéraire soutenu, elle est cependant d’une concision et d’une précision redoutables dans la description des actions comme des émotions. Même les scènes de guerre, que j’ai tendance à survoler dans beaucoup d’œuvres car je trouve qu’elles ont la mauvaise habitude de traîner en longueur sans rien apporter d’autre à l’histoire que la démonstration du savoir faire guerrier et du côté badass du héros, m’ont paru ici remarquablement décrites. L’auteur a su les rendre intéressantes par elles-mêmes. Ce n’était pas qu’un enchaînement d’actions, phrase après phrase, qui finit par rendre la lecture mécanique et par déjouer l’attention, mais des scènes vraiment palpitantes, fortes en émotions et en interrogations. Les manœuvres militaires réalisées par toutes les factions sont limpides dans leur exposition et donnent à mesurer l’étendue des connaissances de l’auteur sur le sujet sans en faire trop.

De même, puisque chacun des peuples héros du roman empruntent des traits (architecture, équipement de guerre, modes de vie…) aux anciennes civilisations, un peu de vocabulaire technique émaille le texte, mais par petites touches, et jamais plus que nécessaire. On intègre les mots inconnus sans s’en rendre compte car ils n’altèrent pas le cours de la lecture.

Un rythme épique

En partie lié à la qualité d’écriture de l’ouvrage, mais pas que. La structuration des chapitres (assez courts, ce qui facilite la lecture en soi de mon point de vue) est bien pensée, découpée entre le point de vue des Namathéens et celui de leurs différents adversaires. En procédant ainsi, l’auteur nous met au courant de certains pièges ou de certaines manœuvres avant les personnages, et cela fait monter la pression. Nous tremblons à cause de ce que l’on sait et que les Namathéens ignorent.

Aucun temps mort, aucune retombée dans l’action sans pour autant avoir des batailles tous les deux chapitres.

J’ai passé une bonne partie du roman à appréhender les actions d’un traître namathéen dont les héros ne soupçonnent pas un instant la félonie, et ça m’a mis une bonne dose de piment dans une sauce déjà relevée, car à chaque fois que je retrouvais le point de vue des ennemis de Namathée, je craignais de lire que le félon leur avait donné des informations qui les aideraient dans leur annexion de la cité…

Des personnages mémorables

Tous le sont : Arcan, le héros sans mémoire, Forough, la prêtresse de Vasicha, Zenaï, l’aigle noir sacré de Namathée, Tharcyt, le forgeron soldat, Yatis, le tigre blanc, Serun Allaf, le maître de l’alliance oughare,  Skopasis, le chef Sarthe…

En les énumérant, je m’aperçois qu’il y en a une flopée – et j’en passe beaucoup sous silence – et pourtant, je n’ai pas eu l’impression d’une prolifération intempestive. Chacun d’eux est correctement présenté au lecteur au fil de l’avancée scénaristique et j’ai pu tranquillement assimiler leurs particularités, ce qui m’a permis de les identifier au premier « coup d’œil » par la suite sans perdre le fil de l’action.

Mon personnage préféré ? Arcan ! Valeureux, loyal, sans donner dans le cliché du héros sans peur et sans reproche en ayant un goût certain pour la mort et la guerre. Mais son rival en miroir chez l’ennemi, Serchenesis, est doté lui aussi d’un certain charisme en tant que grand stratège de bataille Sarthe dont nous pouvons admirer l’ingéniosité tout au long du roman.

Autre fait appréciable : je n’ai relevé aucun cliché ni dans l’histoire ni dans la construction des personnages, et ça, ça mérite d’être souligné parce que ça reste encore trop rare. (Et en tant que membre d’un comité de lecture, je peux vous dire que des clichés, j’en vois passer ! Hélas, j’en trouve autant dans certains livres publiés…).

Tous les personnages sont en nuances de gris, et aucun des personnages de sexe féminin ne se retrouve avec l’un des mâles de l’histoire à la fin du livre. Bien qu’une romance germe dans ce tome 1, elle reste si discrète qu’elle est quasiment inexistante. De la fantasy épique et pas d’intrigue amoureuse ! Merci, Florent Bainier ! Maintenant, j’espère que le tome 2 ne me décevra pas dans le traitement de cette relation, mais je pense les deux personnages suffisamment bien construits pour lui donner une dimension assez dense et réaliste pour vous épargner mes grognements.

En conclusion, un excellent premier roman que les adolescent•e•s comme les adultes sauront apprécier !

Extraits


L’embarcation suivait le cours du fleuve depuis plusieurs jours déjà, ballottée par les rapides et les chutes d’eau, risquant de chavirer à tout moment, mais ayant échappé au naufrage jusque-là. Son parcours avait commencé peu après les sources, là où convergeaient trois torrents, réunis dans leur course en direction de l’est depuis de hauts sommets enneigés. Ils formaient alors une puissante rivière qui taillait le relief depuis des millénaires, y dessinant gorges et falaises, et grossissant de vallée en vallée, happant leurs affluents les uns après les autres.

Alors qu’il semblait presque trop large pour certains des premiers passages, l’esquif paraissait maintenant bien frêle, perdu dans les eaux boueuses qui dessinaient d’amples méandres sur les derniers hauts-plateaux de la chaine montagneuse. Après cette accalmie temporaire, il lui faudrait encore dévaler les pentes en direction des immenses étendues de sables et de rocailles du désert de Yamena, dans lequel le fleuve allait finir par se perdre, vaincu par la sécheresse après une lente agonie.

Depuis peu, un aigle noir tournoyait dans le ciel. Il planait, ses larges ailes déployées, profitant du moindre courant d’air ascendant, économisant ses forces, comme s’il attendait qu’une proie se détache sur le somptueux décor naturel qu’il survolait. Un rongeur ayant aperçu l’ombre inquiétante du rapace se réfugiait dans son terrier, deux oiseaux blancs interrompaient leurs jeux et détournaient leur route à son approche. Mais le prédateur ne semblait guère intéressé par ces proies faciles. Il répétait inlassablement la même trajectoire, un vol circulaire autour de la barque, fixant de ses yeux perçants le visage de l’homme inconscient qui y reposait.

***

Forourgh resta longuement silencieuse. Ses rides d’expression trahissaient une grande concentration.

– Les serpents représentent les tribus oughares. Tu les as probablement toi-même vus sur leurs boucliers. L’aigle est le symbole de Namathée, mais l’aigle noir est le symbole de Vasicha. L’œuf que sauve le tigre pourrait représenter Delaram si c’est bien elle la future prêtresse du Temps.

– Elle te remplacerait ?

– Si elle fait un rêve de révélation identique au mien le jour où Vasicha le décidera, oui, elle me succèdera et sera la nouvelle prêtresse.

Arcan ne nota pas la subtilité lexicale sur laquelle avait insisté Forourgh en utilisant succéder et non pas remplacer dans sa réponse.

– Mais le tigre alors ? dit-il.

– Je ne sais pas pour l’instant. Cet animal n’existe plus dans nos contrées depuis longtemps. Il n’est mentionné que dans de très vieilles histoires, et personne n’en a jamais vu. Peut-être qu’à travers lui tu te représentes dans le rêve, sauvant Delaram des attaques des guerriers à l’emblème de serpent. Mais ce qui compte Arcan, c’est que tu fasses des rêves prémonitoires. C’est très important. Normalement, seules les femmes ont ce don ici. Et uniquement certaines femmes, qui en général sont les prêtresses des autres temples mineurs de Vasicha ailleurs dans le pays. Si toi aussi tu le peux, il faut que tu apprennes à déceler les symboles qui te donneront les clés d’interprétation. Tu trouveras toute la lecture dont tu as besoin sur le sujet dans la bibliothèque, et je t’aiderais également si tu le veux bien.

Un long moment s’écoula encore. Une bûche s’affaissa dans le feu qui brûlait derrière eux, accentuant un instant la lumière rouge qui éclairait la pièce. Forourgh se releva du siège sur lequel elle était assise, remit quelques branches sur le foyer, et alla s’appuyer sur le rebord de la fenêtre.

– La guerre a commencé, que comptes-tu faire ? dit-elle.

– Me battre pour Namathée bien évidemment.

Je n’en doute pas, mais tu n’y es pas autorisé. Tarcyt ne t’a jamais parlé de ça ?

– Non jamais. C’est absurde. Je me suis déjà battu d’ailleurs.

– Dans le code d’honneur namathéen, c’est à nous de te protéger de tes ennemis si tu passes sur nos terres. L’inverse est une forme d’humiliation pour nous.

– Donc j’aurais dû laisser les Oughars tuer Delaram ? Les laisser me tuer aussi ? Ne pas tuer le coursier sarthe ?

– C’était une situation extrême, qui t’a été imposée sans te laisser d’autre choix. Mais si tu veux te battre avec nous, il te faut devenir namathéen.

– C’est ce que j’ai cru comprendre lors de mon entrevue avec Paremnas. Mais que signifie devenir namathéen ? Ne le suis-je pas déjà ? Je n’ai aucune autre attache ailleurs qu’ici dont je me souvienne.

– Presque, mais il te faut effectuer les deux rites de passage, comme tous les guerriers. Le premier est accompli par les jeunes garçons lors de leur dixième année. Ils doivent montrer leur résistance en survivant seul pendant dix jours dans la forêt, sans la moindre arme ni aucune provision. Je pense que compte tenu de ton exploit en ayant réchappé d’une traversée du désert de Yamena, on peut considérer que ce rite-là a été mené à bien.

– Et le deuxième ?

– Le deuxième est effectué juste avant l’entrée dans l’armée, à quinze ans. Tu es plus vieux que ça bien sûr, mais comme personne ne connaît ton âge, personne ne pourra te le reprocher. Il te faudra partir dans les montagnes du nord chercher un œuf d’aigle et le ramener. Tu dois le faire en moins de dix jours, et tu n’as pas le droit de blesser l’un des parents. Nous appelons ce rite de passage la Lacédème.

– C’est étonnant qu’un peuple aussi respectueux de la nature ait pour tradition de voler la progéniture de l’oiseau qui lui sert d’emblème.

– Il ne s’agit pas de voler, mais de sauver. Habituellement les aigles de nos régions ont trois ou quatre œufs. Après l’éclosion ils ne nourrissent que celui qui est le plus fort, y compris en lui donnant les dépouilles de sa fratrie.

– Donc en prélevant un œuf on protège un aiglon ?

– Exactement. Ce qui est dommage c’est que nous ne parvenons à faire éclore qu’un dixième des œufs ramenés. Mais de toute façon, il n’y aurait pas assez de dresseurs dans l’armée namathéenne si tous arrivaient à maturité.

EAGLE-SNAKE
Aigle, symbole de Namathée VS serpent, symbole de la principale tribu Oughare.  Source : http://www.ultrakulture.com/2015/10/11/eagle-vs-snake-take-your-fight-into-the-spiritual-realm/

Merci de m’avoir lu !
Pour celleux qui seraient tenté•e•s par l’aventure, ou simplement curieuxes, je vous invite à visiter la page Facebook dédiée au roman. L’auteur y parle notamment de ses différentes sources d’inspirations, et on apprend des choses intéressantes 😉

De belles lectures à tou•te•s !

Chris