Aventure JdR : Le Chant de l’Horizon – épisode 1 : En route pour retrouver la civilisation

Ce texte constitue la version romancée d’une aventure de jeu de rôle que je joue actuellement en région parisienne. L’histoire se déroule dans un univers fantasy créé par notre Maître du Jeu et inspiré du jeu de rôle Warhammer.

Bon périple en compagnie de mon mage et de ses compagnons d’aventure (ou d’infortune selon votre vision du monde).

Chris

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L’argent lui filait entre les doigts comme le vin hors d’un tonneau percé par des ivrognes. Ned déposa sa dernière pièce dans la main tendue de l’artisan, le remercia pour son travail et prit congé. Il frissonna dans sa tenue de lin lorsque son corps arraché à l’atmosphère étouffante de la forge plongea dans la froideur du petit matin.

Excepté le bâtiment qu’il quittait, le village dans lequel il se trouvait ne possédait rien d’exceptionnel, mais Ned s’estimait heureux de l’avoir découvert sur sa route. Cela faisait plusieurs jours que l’idée d’acheter une lorica le hantait. C’était désormais chose faite.

Son bâton de magicien dans sa main directrice, la droite, il regagna à pas tranquille le centre du village en prêtant attention à ce que sa nouvelle pièce d’armure changeait à sa façon de se mouvoir. La lorica ne lui semblait pas particulièrement lourde, mais il en irait sans doute autrement lorsqu’il aurait parcouru des dizaines de lieues avec elle sur le dos. Accuser un peu de fatigue supplémentaire chaque soir lui semblait cependant un sacrifice acceptable à sa tranquillité d’esprit. Grâce à la lorica, il appréhenderait moins les situations qui le forceraient à se battre au corps à corps, dans lesquelles il faisait montre de bien moins d’aisance que dans le maniement de la magie. Jusqu’à présent, il avait joui de chance. Les mauvaises rencontres avaient été rares, et il avait suffi qu’il produise quelques étincelles avec son bâton pour dissuader les malandrins de l’attaquer. Ceux qu’il avait croisés n’étaient pas encore assez désespérés ou assez fous pour s’en prendre à un mage, mais il savait qu’il n’en irait pas toujours ainsi. Certains bandits, poussés par l’avidité, finiraient bien par tenter leur chance tels les loups affamés qu’ils étaient, et alors il faudrait être prêt.

Ned s’arrêta un instant pour prendre quelques profondes et savoureuses respirations sous la lumière tendre du soleil. L’air du village, bien plus pur que celui de certains quartiers de la ville de Telbäntir d’où il était originaire, sentait bon la bruyère et les effluves de la forêt toute proche. Cette senteur d’humus, de terre et de mousse n’était pas sans lui rappeler les longues promenades à la campagne chez sa Manou, sa grand-mère. La nature sauvage fourmillait alors des mêmes chants joyeux d’oiseaux et des mêmes stridulations d’insectes, et la lumière resplendissait du même éclat sur les feuilles des arbres scintillantes de la même rosée.

Il suivit des yeux le vol acrobatique d’une nuée d’hirondelles en laissant la nostalgie déployer sa guirlande de souvenirs. Cela faisait bien longtemps que Manou était morte maintenant. Assez pour que le généreux sourire que chacun lui connaissait soit devenu le rictus d’un crâne grimaçant sous la terre.

Ainsi allait la vie, mieux valait ne pas y penser.

Les meuglements d’une vache dans une étable lui rappelèrent qu’il allait devoir trouver une solution pour regonfler sa bourse sous peine de connaître bientôt la famine. L’argent risquait de lui poser souci à terme. Il avait quitté Telbäntir avec pour toute liquidité les espèces qu’il portait sur lui. Là encore, la chance lui avait souri depuis qu’il s’était lancé sur les routes puisqu’il était toujours parvenu à gagner de quoi se procurer de la nourriture en s’acquittant de menus travaux. Il avait ainsi successivement joué les prestidigitateurs le temps d’une soirée pour les enfants d’une famille de la haute bourgeoisie, puis d’un sortilège de foudre bien placé, avait débarrassé un colombiculteur d’un rapace qui ravageait son élevage, mais l’achat de la lorica venait d’engloutir le restant de ses économies. La perspective de devoir chasser par ses propres moyens ne l’enchantait guère. Il était magicien, pas pisteur, et craignait de mettre un temps infini avant de parvenir à débusquer et capturer un animal suffisamment charnu pour le nourrir. Quelle perte de temps – à supposer qu’il ne reste pas bredouille et le ventre creux. Il préférait encore travailler. Mais quelle personne pourrait avoir besoin des services d’un magicien dans cet endroit perdu au milieu de nulle part ?

Une maison imposante à l’écart des autres et surmontée de trois cheminées attira son attention alors qu’il étudiait les alentours. Les dimensions et l’architecture du bâtiment laissaient penser qu’il constituait le repaire d’un notable. Peut-être du bourgmestre. Cela ne coûtait rien d’aller s’y présenter et de s’enquérir des travaux qui nécessiteraient l’assistance d’un magicien – ou seulement d’un homme dans la force de l’âge – dans les environs.

Poussant sur son bâton pour se propulser, Ned prit la direction de la grande demeure. Sur le seuil, il se composa un visage affable et frappa sur le panneau de bois de la porte, puis il attendit.

Et attendit encore.

Aucun bruit en provenance de l’intérieur ne lui parvenait. La porte demeurait obstinément close.

Le charme pittoresque du village prenait des allures inquiétantes. Si Ned n’avait pas quitté le forgeron à l’instant, le silence qui régnait dans les rues l’aurait troublé, ainsi que le vide que lui renvoyait la grande maison face à lui. Cette désertification lui rappelait les légendes qui couraient dans d’autres régions du monde sur des bourgades entières vidées de leurs habitants par des forces maléfiques. La superstition ne faisait toutefois pas partie de son caractère. Il frappa une deuxième puis une troisième fois, avec insistance.

« C’est bon, c’est bon ! J’arrive ! Cria une voix nasillarde à l’intérieur. Les dieux devraient foudroyer les impatients ! »

Une expression ironique tira les lèvres de Ned.

Les sourds mériteraient de périr avant les impatients auxquels ils font perdre leur temps.

La porte s’ouvrit et son sourire retrouva aussitôt son allure avenante. Le conserver lui demanda cependant un effort, car le petit homme voûté au visage grêle et au sourire de crapaud qui se tenait devant lui ne constituait pas une vision que Ned jugeait agréable. Quelque chose lui déplaisait chez lui. Était-ce un éclat de sournoiserie qu’il décelait dans son regard ?

L’homme le jaugea de bas en haut. Son attention s’attarda brièvement sur le bâton qu’il tenait avant de revenir vers son visage.

« Vous désirez ? »

Ned identifia ce qui le dérangeait chez son interlocuteur à l’instant où il vit le pli de ses lèvres s’élargir. Mi-obséquieux mi-railleur, son sourire donnait une irritante impression de provocation et de duplicité.

« Bonjour, dit Ned, s’astreignant à la courtoisie malgré le dégoût que lui inspirait le personnage, êtes-vous le propriétaire de cette maison ? »

Le petit homme éclata d’un rire aussi désagréable que l’impression générale qu’il faisait.

« Est-ce que j’en ai l’air ? Je ne suis que le serviteur. Le Maître est en haut, il ne faut pas le déranger. Pourquoi vous voulez le voir ? »

Il parlait avec certaines tournures familières des gens du cru.

« Je suis magicien de passage dans votre village. Je venais m’enquérir des besoins que vous pourriez avoir des services d’un pratiquant de la magie.

– On a pas besoin de vous. »

Quelle amabilité. Ned fut saisi de la tentation de lui abattre son bâton sur le crâne.

« J’aimerais poser la question directement à votre patron, dit-il en conservant son calme.

– On ne doit pas le déranger.

– Vraiment ? Vous ne pouvez pas faire une exception ?

– Non. »

Le serviteur s’avérait plus obtus d’un troupeau de trolls, et Ned sentait qu’il serait impossible de le faire fléchir autrement que par la force. Quoique l’envie de lui faire goûter de sa magie pour le dégager du passage et lui apprendre à respecter les gens de son rang le démangeait, il se retint. Si le maître de cette demeure était à l’image de son cerbère, il allait perdre son temps avec eux. Mieux valait gagner la prochaine grande agglomération sans attendre, et continuer du même coup à mettre le plus de distance possible entre lui et Telbäntir. Il doutait que quiconque se lance à sa poursuite, mais personne n’était jamais mort par excès de prudence…

« Très bien, merci tout de même », dit-il d’un ton raide avant de faire demi-tour.

Il venait à peine de tourner les talons que la porte claqua derrière lui.

Crétin. Tu as de la chance que je ne maîtrise pas les transformations animales, ou j’aurais déposé le vilain petit crapaud que tu es dans le premier nid de serpents venu…

Le forgeron étant la seule âme vivante cordiale qu’il avait croisée depuis son arrivée dans ce trou, Ned décida de retourner le voir afin de lui demander le nom de la prochaine grande cité et la façon la plus courte de s’y rendre.

Pour la première fois depuis son départ de Telbäntir trois semaines auparavant, il s’avoua que la ville lui manquait. Tout était tellement plus simple lorsque vous n’aviez qu’à sortir une poignée de pièces de votre bourse pour vous procurer ce que vous vouliez. Vivres, livres, eau potable ou médicaments. Mais c’était l’intense vie sociale qu’il laissait derrière lui qu’il regrettait le plus. Il était parti du jour au lendemain sans dire au revoir à ses amis, pas plus qu’à ses amants… Ned avait toujours su qu’il abandonnerait les uns et les autres un jour pour se lancer à la découverte du monde et des secrets magiques qu’il renfermait loin des yeux des mortels. Toutefois, il ne pensait pas que son voyage surviendrait si tôt.

À seulement trente-deux ans, il n’était qu’un jeune magicien qui aurait dû rester encore quelques années sur les bancs de l’école, à potasser la magie auprès d’un mage instructeur. Poussé par le désir d’accroître plus rapidement son pouvoir, Ned s’était mis à siphonner ceux de ses petits camarades, et cela avait fini par se savoir.  À Telbäntir, la population pouvait passer l’éponge sur les crimes des faussaires, des violeurs, des meurtriers et des assassins, mais les voleurs de magie avaient nettement moins la côte, alors la hiérarchie de l’Ordre des Sorciers, un groupe de mages sous l’égide du dieu Tzeentch, l’avait envoyé sur les routes pour éviter qu’il ne devienne la cible de représailles. Et comme un problème ne vient jamais seul, Ned avait appris dans le même temps que ses parents, excédés par son refus du mariage, avaient décidé de conclure une union en son nom. Union qu’il rejetait pour deux bonnes raisons.

Tout d’abord, prendre femme pour concevoir et élever une ribambelle de mouflets dont il était absolument tout sauf certain qu’un seul parvienne à l’âge adulte ne faisait pas partie des destins qu’il jugeait enviables. Cette vie ne le faisait pas rêver. Il préférait embrasser n’importe quelle destinée plutôt que de laisser son âme s’amollir et se corrompre dans le poison de la routine domestique.

Ensuite, second problème et pas des moindres pour une affaire de mariage : il n’éprouvait aucune sorte d’attirance pour le « beau sexe » qui lui paraissait plutôt repoussant, à lui. Mais cela, il ne pouvait l’avouer à personne, et encore moins à ses stricts et honorables parents qu’aux autres. L’homosexualité avait beau être mieux tolérée en ville qu’à la campagne, très peu d’hommes auraient approuvé les actes sexuels auxquels Ned se livrait. Heureusement, il avait rapidement découvert qu’il n’était pas seul à concevoir de tels appétits pour son sexe et fréquentait ses semblables dans des endroits dédiés en ville. Telbäntir était assez grande pour que chacun puisse s’y promener sans risquer d’y faire des rencontres compromettantes, et si d’aventure on y croisait un visage familier, on évitait d’ébruiter la nouvelle pour ne pas avoir à expliquer pourquoi l’on s’y trouvait soi-même…

Ned avait cependant voulu faire preuve d’honnêteté avant de quitter la ville. Plutôt que de laisser croire à ses parents et à sa jeune promise qu’il l’épouserait à son retour d’exil, il était passé en coup de vent chez les premiers pour leur faire savoir qu’il n’avait aucune intention d’honorer les vœux qui l’engageaient. Puis il était reparti avant qu’ils aient pu réagir, avant qu’ils ne puissent tenter de le retenir, avant que sa mère ne fonde en larmes et que son père ne le rattrape par le col de sa chemise et ne le secoue comme un gamin insolent à qui il faut remettre en place les idées.

Il ignorait comment la famille de sa promise avait pris la nouvelle. Il espérait seulement que ses ex-futurs beaux parents ne causaient pas trop d’ennuis aux siens suite à sa désaffection (dans le cas contraire, que cela leur apprenne à vouloir soumettre sa volonté !).

Globalement, même si pour le moment sa vie d’aventurier se résumait essentiellement à une longue randonnée, Ned ne regrettait pas son départ. Sauf dans des moments comme celui qu’il vivait en traversant le village désert, quand il ressentait le manque d’une présence amicale pour lui faire la conversation et égayer son voyage.

De retour devant le forgeron, un beau trentenaire aux cheveux longs et à la barbe fournie, la solitude et le désir le saisirent à la gorge. Ned n’était jamais resté aussi longtemps sans se serrer contre un homme depuis le début de sa vie sexuelle. Les baisers, les caresses et la chaleur d’un corps humain lui manquaient… Son désir s’accumula en boule douloureuse dans sa gorge alors qu’il adressait à l’artisan son plus beau sourire.

« Désolé, j’ai oublié de vous demander le nom de la prochaine grande ville et le chemin pour m’y rendre. Pouvez-vous me renseigner ?

– Aucun problème, Monsieur. Il s’agit de Däng, mais je vous conseille de vous arrêter au village de Balguin avant de vous y rendre. Balguin se trouve à mi-chemin entre chez nous et la grande ville, vous pourrez y faire halte avant de reprendre la route. Pour atteindre Balguin, c’est simple, prenez la direction du nord en sortant du village. Vous allez arriver à un embranchement, il vous faudra prendre la route de droite, vers l’est. »

Ned écouta sa réponse en essayant de ne pas prêter trop d’attention à l’éclat orangé des flammes de la forge qui soulignaient ses muscles délicieux en se reflétant sur son corps.

Peine perdue. Ses pectoraux se dessinaient un peu trop clairement sous son tablier de cuir et la vision de la pellicule de sueur qui recouvrait sa peau emporta l’imagination vive de Ned. Il se vit dans un flash prisonnier des bras vigoureux, coincé entre l’établi et le torse puissant…

« Merci », répondit Ned, toujours souriant mais la gorge un peu sèche, avant de battre en retraite.

Plus tard, il regretterait probablement de n’avoir rien tenté, mais ce village était trop petit. S’il devait faire une rencontre amoureuse, ce serait plutôt en ville où la densité d’âmes au mètre carré lui assurerait l’anonymat en cas de problème.

Ce qu’il pouvait avoir hâte !

Les portes du village se dressaient devant lui. Mais alors qu’il allait les atteindre, une petite créature verte s’interposa entre elles et lui. Un gobelin le toisait à l’autre bout d’une lance dont la pointe menaçait de perforer son sternum.

« On ne passe pas ! couina la créature d’une voix féroce.

Ned fronça les sourcils, agacé.

– Et pourquoi cela ?

– Il faut payer. Donne-moi tes pièces !

Le visage de Ned se plissa d’irritation. Comme si un gobelin allait le détrousser, lui !

–  Ôte-toi de mon chemin, vermine. »

Il accompagna ses paroles d’un geste méprisant de la main. Aussitôt, le gobelin fut soulevé dans les airs et projeté en arrière. Son corps alla heurter un arbre avant de retomber lourdement sur le sol. Ned s’approcha et constata qu’il était mort.

Oups. Je crois que le sort était un tantinet trop puissant, cela lui a brisé les os. Quel dommage. Pour une fois que mon intention première n’était pas de tuer cette engeance.

Ned étudia la dépouille, le nez plissé de dégoût comme si elle dégageait déjà la puanteur des charognes. Quelque chose attira son attention au niveau de la taille du mort. Une petite bourse pendait à sa ceinture. Les yeux de Ned brillèrent. Si elle contenait un peu d’or, il n’aurait pas tout à fait perdu sa matinée.

Il se pencha et la décrocha du bout des doigts, prenant soin de ne pas toucher la créature. La bourse semblait un peu trop légère à son goût, mais il délia tout de même avidement le cordon qui la maintenait fermée. Il glissa la main à l’intérieur et en sortit… un champignon.

Bleu. Et d’une espèce inconnue en plus. Il ne pourrait donc même pas l’intégrer à une salade, il n’oserait pas le consommer avant de l’avoir fait examiner par un herboriste.

Quelle déception. Tant pis. Il replaça le champignon dans la bourse qui le contenait et la prit avec lui dans l’optique d’élucider son mystère dans la prochaine grande ville.

En franchissant les portes du village, il s’aperçut cependant qu’un nouveau souci se posait. Son bref affrontement avec le gobelin lui avait fait oublier les consignes du forgeron. Ned se résigna à faire demi tour pour retourner l’interroger. Il craignait d’éprouver une nouvelle montée d’excitation en se retrouvant à nouveau devant l’objet de ses fantasmes, mais l’embarras l’en préserva. Que devait penser cet homme d’un mage incapable de se rappeler de deux pauvres indications de direction ?

Si le forgeron le trouvât benêt, il n’en laissa rien paraître et se répéta gentiment. Ned le remercia derechef, puis s’en fut pour de bon cette fois.

Il repassa devant le cadavre du gobelin sans éprouver la moindre culpabilité et quitta l’enceinte du village. Le chant des étourneaux au-dessus des champs l’accompagna jusqu’à la fourche mentionnée par le forgeron au milieu de laquelle une silhouette se tenait assise. À la distance où il se trouvait, Ned n’en pouvait rien discerner clairement. Ce n’est qu’en s’approchant qu’il vit qu’il s’agissait d’un homme jeune – peut-être la vingtaine, même si la crasse qui recouvrait sa peau rendait l’estimation difficile – en train de tailler un couteau. La méfiance était de mise.

Comme il s’y attendait, le garçon releva la tête à son approche et l’apostropha.

« Salut, m’sieur. Vous auriez pas une petite pièce pour moi ?

– Ma bourse est vide, répondit Ned sincèrement.

Il s’arrêta et étudia son vis-à-vis. Celui-ci semblait mignon sous la crasse qui lui tapissait la peau. Ned crut même discerner les lignes déliées des muscles aux endroits où sa tenue laissait émerger la chair nue. Baigné et parfumé, il était certain que le garçon aurait fait un amant tout à fait désirable. Du genre de ceux qu’appréciaient les tenanciers de bordels et les maquerelles. Ned avait du flair pour ces choses.

« Ah ouais ? Et tu penses que je vais te croire ? Prouve-le-moi, ouvre-la. »

Le passage du vouvoiement au tutoiement agaça Ned autant que l’exigence que ce pouilleux se permettait de formuler. Même s’il n’avait effectivement plus rien dans sa bourse, il n’allait certainement pas obtempérer.

«  Je n’ai rien à te prouver. Allez, bonne continuation. »

Il amorça un geste pour poursuivre sa route, mais le garçon, qui s’était redressé, exhibait désormais la pointe de sa lame vers lui.

« Pas si vite. Puisque tu ne veux pas faire ce que je te dis, qu’est-ce qui m’empêche de te crever ?

– Je n’essaierai pas si j’étais toi, je suis magicien.

Le garçon eut un rire narquois.

– Ça aussi tu ne souhaites pas le prouver, je suppose ? Peut-être parce que tu ne peux pas… »

Par Tzeentch ! Qu’il était tentant de donner une bonne correction à ce voyou… Ned sentit son bâton vibrer entre ses doigts, comme s’il approuvait l’idée. Mais cela serait peu raisonnable : la journée allait être longue, la traversée d’une forêt l’attendait, ce serait gaspiller son énergie de l’employer contre ce misérable.

« Je te promets que tu n’aimerais pas que je le fasse, répondit Ned avec un sourire caustique. Maintenant, excuse-moi, mais je dois vraiment partir. »

Il entendit le garçon marmonner et cracher par terre derrière lui. Ned ne put s’empêcher de se retourner pour lui jeter un coup d’œil moqueur.

« C’est tout ce dont tu es capable ? »

Pfuj.

Un long filament visqueux lui dégoulina dans les cheveux et sur l’épaule. Sous le ricanement du garçon, Ned essuya le crachat d’un revers de la main et s’éloigna dans la dignité et la colère froide. Son bâton vibrait plus fort sous sa main, palpitant du désir impérieux de punir, mais Ned ignorait si les lois de ce patelin étaient aussi clémentes que celles de Telbäntir avec les meurtriers, et préférait ne pas se risquer à cette découverte. Il s’enfonça dans la forêt sans un regard en arrière.

L’atmosphère paisible des bois le détendit peu à peu.  Il se risqua à s’écarter du sentier pour chercher des denrées comestibles – baies, fruits, champignons…- mais ne trouva qu’une pauvre racine et un sanglier. Il récupéra la première et laissa le second tranquille.

Il cheminait tranquillement, se régalant des bruits et des senteurs de la nature environnante, lorsque le silence s’abattit sur la forêt comme une chape. Les mésanges ne pépiaient plus, les piverts avaient cessé leurs tambourinages et les écureuils, interrompus dans leurs cabrioles, restaient pétrifiés dans les feuillages… Comme les autres animaux, Ned s’immobilisa, les sens aux aguets. Il ne distinguait rien dans la pénombre de la canopée, mais la certitude que quelque chose de gros et de dangereux rôdait autour de lui taraudait son esprit. Pourquoi la forêt toute entière se serait-elle figée en retenant son souffle sinon ?

Il se prépara à l’action en levant lentement son bâton…

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