Aventure JdR : Le Chant de l’Horizon – épisode 2, partie 1/2 : Qui joue avec le feu risque la brûlure

L’heure du deuxième épisode des aventures de Ned le mage a sonné ! Je l’ai fractionné en deux parties pour votre confort de lecture.

Pour rappel, cette série constitue la version romancée d’une partie de JdR que je joue en région parisienne. Pour lire l’épisode 1, empruntez cette porte [•]

Bon voyage en terres fantasy !

Temps de lecture estimé : 15 minutes

by Anacrothe
Crédit : Anacrothe. Source : Devianart.

Des pattes noires démesurées émergèrent des buissons, suivies d’une horrible tête surmontée de huit yeux brillants et d’un énorme corps velu. L’effroi fit reculer Ned par réflexe. À vue de nez, cette araignée avoisinait les dimensions d’une carriole, sauf qu’aucune carriole n’avait jamais tenté de le dévorer. L’arachnide se rua vers lui en faisant cliqueter sa chélicère dans l’excitation de l’assaut, mais il était prêt.

L’extrémité de son bâton de mage s’illumina d’une nitescence orangée et une sphère de feu en jaillit. Le chuintement furieux produit par le contact entre le cuisant sortilège et le corps de l’araignée laissa Ned un instant dans l’illusion du triomphe, mais il sous-estimait la résistance de son adversaire. Non seulement l’araignée n’était pas vaincue, mais les flammes apparues le long de son échine ne ralentirent même pas son attaque.

Elle le percuta dans l’impulsion de sa course et il tomba à la renverse sous l’abdomen pubescent. Une longue patte noire frappa son torse et le cloua au sol. Ned vit avec horreur la bouche immonde fondre sur lui. Il se débattit, se tortillant et s’arc-boutant comme une anguille pour éviter la morsure des crochets qui tentaient de perforer sa chair.

Il réussit dans le pugilat à pointer son bâton sur le céphalothorax de l’araignée. L’éclair qui s’en échappa envoya la bête dans les airs et elle retomba plus loin dans un bruit spongieux.

Les immenses pattes noires s’agitèrent dans les affres de l’agonie, puis l’immobilité de la mort les saisit brusquement.

Pétrifié sur le tapis forestier, les muscles raidis par la tension de l’affrontement, Ned laissa un long soupir s’échapper de ses lèvres alors qu’une odeur de grillé emplissait l’atmosphère.

Presque toute son énergie venait de passer dans le combat. L’adrénaline retombait et son corps tremblait. Il s’en était fallu de peu que son aventure s’achève sur le sol de ce sentier – ou plus probablement dans le terrier de ce monstre.

Il dressa un rapide bilan des sensations qui l’habitaient. Hormis l’essoufflement et la fatigue, bien normaux après la lutte brève mais intense qu’il venait de mener, son intégrité physique semblait préservée. Tous ses membres et articulations répondaient. Il songea qu’il pouvait sans doute bénir la lorica qui l’avait efficacement protégé des crochets de l’araignée. Ceux-ci, encore trop tendres en raison de la jeunesse du spécimen, avaient été incapables de percer l’armure.

Ned se redressa lentement sur son séant et contempla le cadavre de l’arachnide qui se recroquevillait sous l’empire de la mort, la faisant paraître plus petite qu’elle ne l’était réellement. Il savait cependant qu’il existait des individus bien plus impressionnants et autrement plus dangereux que celui qu’il venait d’abattre. Des rumeurs rapportaient que des monstres de la taille d’un immeuble vivaient dans d’obscures forêts aux confins du pays.

Un éclat jaune-orangé derrière la dépouille attira soudain son attention. Ned pâlit en découvrant une longue flamme qui commençait à dévorer la végétation au pied d’un cornouiller sanguin. Il comprit que son sortilège de foudre avait ricoché et provoquait un début d’incendie. Il se rua en avant avec une telle hâte qu’il franchit la moitié de la distance qui le séparait du feu à quatre pattes et, ôtant précipitamment sa cape de ses épaules, la jeta sur les flammes. Il les étouffa à grands renforts de gestes désordonnés, puis, constatant que le péril était maîtrisé, laissa échapper un deuxième long soupir de soulagement.

La forêt ne partirait pas en fumée aujourd’hui, ou au moins pas à cause de lui.

Il resta toutefois sur le qui-vive jusqu’à ce que les bois reprennent vie. Les oiseaux furent les premiers à se manifester. Ils reprirent timidement leurs discussions mélodieuses, puis leurs chants s’amplifièrent comme si jamais rien ne les avait interrompus. Les piverts retrouvèrent leur rôle de percussionnistes dans ce concert auquel un duo d’écureuils roux ajouta sa voix en venant se disputer la propriété d’un gland aux pieds de Ned à grands renforts de couinements aigus.

Devant ce signe flagrant que toute menace était désormais écartée, Ned relâcha la pression. Ses muscles se détendirent, il assouplit sa respiration pour la laisser reprendre un rythme plus ample, apaisé. Les écureuils, s’apercevant soudain de la présence de ce bipède juste à côté d’eux, sursautèrent et s’enfuirent – non sans que l’un d’eux, dans un élan de témérité, ne récupère le gland convoité. Ils poursuivirent leur dispute dans les branches au-dessus de sa tête.

Merci, Tzeenth, je suis vivant.

Il fallait reprendre la route à présent. Ned voulut se redresser, mais le monde tourna autour de lui et il se retrouva à nouveau à genoux devant l’arbre qu’il venait de sauver de la combustion. Une angoisse terrible monta dans sa gorge lorsqu’il aperçut sur l’un de ses avant-bras une marque rouge du diamètre d’une patène. Il reconnut les stigmates d’une morsure d’araignée. Son adversaire avait dû réussir à le mordre et il ne s’en était pas aperçu dans le feu du combat. Ned ne craignait pas l’empoisonnement puisqu’il était certain de n’avoir pas été atteint par les crochets, en revanche, il soupçonnait une réaction allergique à la salive d’arachnide. Il vivait cette situation pour la première fois, il allait donc apprendre maintenant si l’allergie était bénigne ou mortelle pour lui.

Dominant ses nerfs, il se retourna pour s’adosser contre un noisetier voisin du cornouiller. Des vertiges lui chambardaient l’esprit en faisant tournoyer le décor autour de lui. Tout son corps dégageait une chaleur oppressante qui se concentrait à l’intérieur de son visage. Impossible de reprendre la route dans cet état. Il allait devoir attendre que le malaise passe ou qu’il s’aggrave jusqu’à l’anaphylaxie et la mort.

Ned ferma les yeux, les doigts serrés autour de son bâton de mage au cas où le besoin de s’en servir se faisait une nouvelle fois ressentir, mais il ignorait s’il en serait capable. La douleur de la morsure et l’état confusionnel induit par la crise allergique entravaient son corps et son esprit. Ses muscles se contractaient et battaient comme autant de cœurs dans son organisme.

La méditation lui apparut comme la seule retraite possible pour faire face à la souffrance. Il essaya de rythmer sa respiration sur la cadence habituelle de ses transes méditatives. Huit secondes d’inspiration profonde, quatre secondes d’apnée, puis huit secondes d’une longue inspiration. Il répéta le cycle plusieurs fois et son cœur s’apaisa quelque peu. Ned put alors se concentrer sur la visualisation d’une sphère d’énergie violette dans son crâne, juste sous ses cheveux. Il l’imagina grossir jusqu’à égaler la taille d’une pomme puis se liquéfier, couler dans sa gorge et se diffuser dans son torse et ses membres.

Une légère chaleur, agréable celle-ci, accompagnait la progression de la lumière violette sous sa peau. Elle l’enveloppa bientôt totalement et irradia hors de son corps en colorant son aura de reflets pourpres.

Les bruits du décor autour de lui s’estompèrent alors qu’il s’enfonçait en lui-même. Ned n’avait plus aucune conscience de son environnement. Son corps physique reposait toujours contre le noisetier, mais son esprit voyageait dans d’autres sphères, à l’intérieur de lui-même.

Suivant le filament luminescent de l’énergie qui parcourait son corps, il intégra le réseau de ses neurones, passa de synapse en synapse et voyagea le long du système nerveux jusqu’aux tissus de son bras douloureux. Il repéra les deux petites plaies laissées dans sa peau par l’attaque de l’araignée et la salive qui l’empoisonnait, diluée dans son sang. Cependant, les molécules de salive se dissipaient déjà. Encore quelques minutes et ce qui en subsisterait ne représenterait plus une menace pour son organisme.

Il patienta sans interrompre sa transe méditative. Quand il se releva, il constata qu’il se sentait mieux et que l’après-midi était déjà bien avancé. Il reprit donc la route sans un dernier regard pour l’araignée morte. Il avait assez vu cette foutue bestiole.

Alors qu’il se disait que sa rencontre avec l’arachnide avait probablement constitué le climax de son voyage jusqu’à Balguïn, il repéra une silhouette avançant dans sa direction. Il identifia immédiatement la forme petite et trapue d’un jeune gobelin.

Il ne manquait plus que ça. Sur l’échelle de valeur de Ned, un gobelin valait bien moins que n’importe quelle autre créature. Une araignée possédait encore le charme féroce des prédateurs, alors que les gobelins, de son point de vue, ressemblaient à des légumineuses difformes, caricatures d’humanité auxquelles il ne comprenait pas que les autres espèces accordent le droit de cité.

« Bonjour, Monsieur ! »

Le jeune gobelin aurait été mieux inspiré de laisser Ned passer sans rien dire. Que cette engeance ose lui adresser la parole lui électrisa les nerfs. Il prit le parti de l’ignorer, mais comme le gobelin répétait son salut avec insistance, Ned finit par se retourner pour lui faire face avec une expression peu amène.

« Qu’est-ce que tu veux ?

– Je voulais savoir si tu avais vu mon papa.

Le visage de Ned se plissa d’exaspération, dissimulant mal son mépris.

– Pourquoi voudrais-tu que je l’aie vu ?

– Parce qu’il s’occupe du péage du village installé un peu avant l’entrée de la forêt. Si tu en viens, tu l’as forcément vu. »

Merde, j’ai tué le douanier.

Comprenant sa méprise, Ned étouffa l’envie de rire qui montait, teintée de nervosité, et mentit effrontément.

« J’en viens, en effet, mais tu es le premier gobelin que je croise depuis longtemps. »

« Oh, c’est bizarre. Il a dû quitter son poste momentanément quand tu es passé, j’espère qu’il n’a pas d’ennuis. Au revoir ! »

Le petit gobelin lui adressa un signe de la main amical et s’éloigna. La décision de Ned fut actée en quelques secondes. Laisser en vie la progéniture d’un ennemi abattu ne constituait jamais une bonne idée, car elle finissait toujours tôt ou tard par apprendre le sort de son parent et appeler la vengeance. Or, Ned était partisan de couper la tête des problèmes dès qu’il la voyait poindre.

Il laissa le petit faire quelques mètres sur le chemin et pointa son bâton sur son dos. L’éclair qui en jaillit, aussi puissant que celui qui avait foudroyé l’araignée, fit exploser sa cible en la touchant. Des morceaux de gobelin fusèrent dans tous les sens et éclaboussèrent le tronc des arbres et la terre.

Ned redressa son bâton avec un agréable sentiment de satisfaction. Il venait d’accomplir deux bonnes actions en une seule fois en supprimant un gobelin de la surface du globe et en réunissant une famille.

Il approcha des restes éparpillés sur le sol et poussa du bout du pied les plus gros morceaux dans la végétation basse du bord du sentier afin de les dissimuler. Il se trouverait bien un quelconque charognard pour les faire disparaître, mais il préférait ne pas les laisser trop en évidence. La vie ne valait pas grand-chose dans la région, mais s’il pouvait s’éviter des ennuis avec les justiciers du dimanche, il n’allait pas s’en priver.

Il s’était remis à marcher depuis un moment lorsque son ventre commença à gronder. La pauvre racine déterrée plus tôt ne suffirait pas à le nourrir et le jour déclinait. Il allait falloir presser le pas pour arriver à Balguïn avant la nuit et pouvoir se mettre quelque chose sous la dent, ou il faudrait se résoudre à dormir une nouvelle fois à la belle étoile avec le ventre creux.

Alors qu’il se désolait de cette perspective, les coups réguliers d’une hache contre le tronc d’un arbre attirèrent son attention. Des bûcherons devaient être à l’ouvrage dans cette partie de la forêt. Ils pourraient sans doute le renseigner sur la distance qui lui restait à parcourir.

Ned remonta la piste du bruit et découvrit dans une clairière un homme dans la force de l’âge attaquant le tronc d’un grand hêtre à la hache. Il arbora son sourire le plus avenant pour l’approcher et lui demanda la distance qui séparait l’endroit de la ville de Balguïn. Tout en parlant, il constata non sans gourmandise que la musculature du type n’avait rien à envier à celle du forgeron du dernier village visité. Ned essaya de ne rien laisser paraître de l’appétit que son vis-à-vis suscitait en lui, mais croiser tous ces mecs transpirant de virilité sans pouvoir les toucher commençait à l’éprouver. À Telbäntir, Ned et les autres possédaient un signe de reconnaissance tacite : un anneau porté à l’auriculaire pour les hommes, au pouce pour les dames. Ce code s’avérait efficace pour repérer de potentiels partenaires sexuels, mais ici, en rase campagne, Ned doutait qu’il soit parvenu jusqu’aux oreilles des intéressés.

« Balguïn ? T’es plus très loin, mon gars, répondit le type dont la barbe soulignait merveilleusement la mâchoire anguleuse. Par contre, si tu ne te dépêches pas, tu n’arriveras pas avant la nuit. »

Un regard vers le ciel confirma à Ned que le soleil avait commencé son lent déclin pendant qu’il cheminait sous la canopée. Le bûcheron reprit :

« J’ai encore tous les arbres que tu vois là-bas à démonter avant ce soir. Si tu acceptes de m’aider, je t’invite à dîner et dormir chez moi. Qu’est-ce que t’en dis ? »

Ned s’attendait si peu à une telle proposition – il n’avait pas à proprement parler le physique de l’emploi – qu’il se demanda s’il fallait y entendre autre chose. Finalement, le bûcheron avait peut-être cerné ses penchants et trouvait un prétexte pour l’attirer chez lui. Ou peut-être pas. Peut-être avait-il seulement réellement besoin d’aide pour terminer ses tâches avant la fin de la journée. La morsure du désir avait tendance à lui montrer chaque homme comme un partenaire potentiel, au risque de l’amener à commettre des impairs.

À défaut de pouvoir écraser l’insecte coriace de la concupiscence qui rampait dans ses entrailles, Ned s’obligea à l’ignorer, au moins temporairement. Il accepta la proposition du type en songeant qu’elle lui permettrait au moins de dîner et de dormir au chaud, le reste relèverait du bonus.

Il lui tendit la main en affichant un large sourire.

« Marché conclu. »

L’homme lui écrasa la main avec enthousiasme.

« Parfait ! Je m’appelle Grips. »

« Enchanté », répondit Ned, sincère, sans toutefois révéler le reste de sa pensée.

Tu es tout à fait à mon goût, Grips.

« Viens, je vais t’outiller comme il faut. »

Ned déposa ses affaires parmi celles du bûcheron. Il détestait se séparer de son bâton de mage, mais il ne pouvait s’en encombrer dans un travail aussi physique. Grips l’équipa d’une cognée et d’une scie et lui désigna les arbres par lesquels il voulait qu’il commence. Ned s’acquitta de sa nouvelle tâche en essayant de ne pas laisser son esprit divaguer trop longtemps au fantasme du corps de Grips s’activant sur le sien.

Deux heures plus tard, il était si épuisé par la journée qui venait de s’écouler qu’il ne pensait plus à conclure avec le beau bûcheron. La fatigue physique avait évincé son envie de sexe et s’il rêvait d’un lit, ce n’était que pour y dormir, de sorte qu’il ne serait pas déçu de s’y coucher seul. En outre, la faim le tenaillait avec une telle férocité que les crampes qui lui contractaient l’estomac lui semblaient autant de coups de couteaux.

« C’est bon, mon gars ! Lui hurla Grips depuis sa position. On arrête là pour aujourd’hui. »

Ned ne se le fit pas répéter. Il revint vers le bûcheron et récupéra ses affaires en déposant ses outils. Grips lui désigna deux charrettes chargées de bois.

« J’aurais besoin que tu tires la deuxième, mon gars, dit Grips. T’inquiète pas, je n’habite pas très loin. »

Ned se demanda si son air harassé se trouvait à l’origine de cette dernière précision, mais il s’exécuta sans rechigner, emboîtant le pas à Grips qui avait eu l’élégance de prendre la plus lourde des deux charrettes.

Grips vivait dans un hameau de quatre maisons. Il indiqua à Ned où laisser son chargement et dit :

« Je vais ranger le bois. Rentre donc et dis à Neige que tu viens de ma part. C’est ma femme. »

Grips avait donc une épouse. Ned aurait pu en concevoir une certaine déception, mais son organisme se trouvait dans un tel état de fatigue qu’il n’était plus capable de s’émouvoir de rien. Il frappa à la porte et se trouva face à une charmante femme entre deux âges. Malgré la fatigue qui lui plombait le corps, Ned trouva encore la force de lui offrir son plus beau sourire.

« Bonjour, Madame. Je m’appelle Ned et votre mari m’a aimablement proposé gîte et couvert en échange d’un peu d’aide pour couper le bois. Puis-je entrer ?

Il vit le regard de son interlocutrice l’évaluer rapidement et passer encore plus vite sur son bâton de mage avant qu’un sourire ne la déride.

– Bien sûr ! Entrez donc vous réchauffer ! Le repas sera bientôt prêt, ce n’est qu’une affaire de minutes. »

Ned se sentit à son aise à l’instant où il pénétra dans la chaumière. La chaleur qui baignait la pièce principale soulagea un peu ses membres engourdis par l’effort et par le froid du soir. L’espace était petit, mais propre et confortable, et, vision réconfortante entre toutes, le contenu d’une énorme marmite en fonte bouillait sur le foyer en propageant des arômes délicieux. Neige se dirigea droit dessus.

« Ned, venez m’aider à soulever le couvercle de la marmite, s’il vous plaît. Il est un peu lourd. »

Il s’exécuta de bonne grâce, mais constata que Neige avait le sens de l’euphémisme. Un peu lourd ? Ce couvercle pesait le poids d’un âne mort, oui ! Ned dut s’y prendre à deux mains pour parvenir à le faire bouger, et pria silencieusement Neige de se hâter de remuer le contenu de la marmite. Sa fierté l’empêchait d’émettre la moindre plainte, mais une vive douleur élançait ses bras déjà rompus par le travail réalisé avec Grips.

« C’est bon, merci, dit Neige. Asseyez-vous à table, je vais vous servir.

Ned obtempéra, soulagé et heureux de pouvoir enfin se reposer. La soupe de pois qui mijotait dégageait des exhalaisons délicieuses, torturantes pour un ventre affamé. Ned sentait son estomac se tordre dans son ventre comme s’il essayait de se dévorer lui-même.

Grips choisit cet instant pour rentrer. Il se dirigea tout droit vers Neige qu’il embrassa tendrement avant de se glisser vers la table.

« Grips ! S’exclama Neige d’une voix perçante, faisant sursauter Ned. Attends un peu. Montre-moi tes mains…

– Pour quoi faire, ma chérie ?

– Je suis sûre que tes mains sont dans un état lamentable ! Tu n’auras rien à manger tant qu’elles ne seront pas reluisantes.

– Oui, ma Neige…

Penaud et vaincu, Grips ressortit, et Neige fit exactement ce que Ned craignait. Elle se tourna vers lui.

– Ned… C’est valable pour vous aussi. »

Il ne chercha pas à discuter pour une raison évidente de courtoisie et il avait bien trop faim pour retarder le moment de passer à table. Il sortit donc à la suite de Grips qu’il retrouva au bord du puits dressé au centre du hameau. En le voyant approcher, celui-ci eut un sourire d’excuse.

« Ma femme n’est pas commode pour ce qui concerne l’hygiène.

– Je vois ça, répondit Ned, souriant à son tour. Mais on peut difficilement lui donner tort. »

Une question titillait Ned depuis qu’il avait vu les deux couverts dressés là-bas sur la table, signe manifeste que le couple vivait seul dans la chaumière.

Pourquoi n’avez-vous pas d’enfants ?

Ned détestait cependant trop qu’on l’interroge sur sa vie privée pour faire subir la même chose aux autres, et il empêcha cette indiscrétion de franchir ses lèvres.

De retour auprès de Neige, l’odeur exquise de la soupe de pois lui fit oublier ses interrogations sur la vie de ses hôtes. La faim le tiraillait tant qu’il engloutit son assiette plus vite que Grips, qui faisait pourtant montre d’un beau coup de fourchette, et se fit resservir deux fois. Le repas se déroula dans un silence agréable, parfois entrecoupé d’échanges de banalités sur la météo et la région, mais Ned s’en satisfaisait très bien. La fatigue accumulée pendant la journée ne le plaçait pas dans une humeur propice aux conversations philosophiques, et il ne livrait jamais d’informations personnelles aux inconnus. Il fallait qu’il soit vraiment proche de quelqu’un par le cœur pour qu’il accepte de se confier sur sa vie.

« Vous dormirez devant l’âtre, Ned, dit Neige une fois la table débarrassée. Je vais vous apporter des couvertures. »

Plusieurs couvertures épaisses alternant avec des sacs de jute remplis de feuilles, comme ceux que les bûcherons se fabriquaient pour dormir en forêt, le tout posé sur le dallage chaud devant la cheminée, formaient un matelas tout à fait acceptable, et Ned commença à somnoler dès que son corps reposa entre les draps.

Bercé par le crépitement des flammes mourantes et par les onctueux effluves de la soupe de pois qui persistaient dans l’air, Ned bascula dans le sommeil, mais un bruit contre la porte l’en tira prématurément. Même avec le cerveau engourdi de sommeil, il eut le réflexe d’attraper son bâton qui reposait par terre à côté de lui, pour découvrir que ce n’était que Grips qui barrait la porte d’une grande planche. Cette précaution alluma une alarme dans son esprit.

« C’est dangereux par ici, la nuit ?

– Pas plus qu’ailleurs, dit Grips sans s’émouvoir, mais on est jamais trop prudent. Mieux vaut fermer.

– Certes. Bonne nuit. »

Grips disparut à nouveau dans la pièce voisine où il dormait avec Neige, et Ned se laissa retomber dans sa couche en chassant sa brève anxiété. Si quelque chose ou quelqu’un cherchait à pénétrer dans la chaumière pendant la nuit, le bruit que produirait la porte en cédant le réveillerait et l’intrus ne serait pas déçu par le comité d’accueil.

Il ferma les yeux et le sommeil, comme un tueur à gage attendant sa victime à l’angle d’une ruelle sombre, le cueillit sur-le-champ.

asuivre

Pour découvrir la suite et la fin de l’épisode, je vous invite à vous rendre sur cette page.

Chris

 

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