J’ai testé pour vous : Le Roi Lion version 2019, ça donne quoi ?

Bonjour à toutes et tous,

Je ne pensais pas écrire cet article. Après tout, je ne suis pas blogueur dans le domaine du cinéma et je laisse avec plaisir ce travail à d’autres, comme Élodie de Rêves Animés et Quentin du blog À la rencontre du Septième Art, bien plus avisé•e•s pour ça que moi dont la culture cinématographique approche du Néant. Néanmoins, je ne pouvais rester sans réaction devant certaines critiques lues ou entendues sur la nouvelle version du Roi Lion réalisée par John Favreau. En fait, je souhaite surtout réagir à un type bien précis de critique qui m’horripile : les « ouin ouin c’était mieux avant » et les « ils n’auraient jamais dû toucher à un monument comme Le Roi Lion. »

Entendons-nous bien : je ne compte pas empêcher quiconque d’utiliser sa liberté d’expression pour énoncer l’une ou l’autre de ces opinions, et les prononcer en ma présence ne me mettra pas dans une colère noire. Cela ne déclenchera pas non plus ma transformation en dragon-garou (désolé pour les curieuxes), et ne m’inspirera pas davantage d’insultes (pas même mon célèbre « cornegidouille ! »), mais je pense que celleux qui les énoncent devraient se poser quelques minutes et réfléchir à une chose ou deux.

Okay le film souffre de gros défauts. Okay, sur le plan strictement narratif, il est loin d’égaler la version animée de 1994, mais de là à jouer les nazillons en affirmant qu’il faudrait interdire tout projet de remakes de grands classiques… Bigre, notre époque serait-elle si nocive pour la création que les œuvres, une fois dévoilées, échapperaient totalement à leurs créateurs•trices ? Les œuvres doivent-elles être canonisées dans la forme qui a fait leur succès et s’ériger en reliques intouchables de la culture populaire ? Je sais, pour certain•e•s ce remake du Roi Lion n’est justement pas une création. Le film de 2019 reprend parfois presque plan pour plan les scènes de son grand frère de 1994, on retrouve les mêmes musiques et mêmes les dialogues sont quasiment inchangés.

Si j’étais en fac de philosophie, cette magnifique introduction me conduirait naturellement à poser la question suivante : comment définir la création ? (bon, peut-être que la problématique serait un poil plus chiadée, mais vous comprenez l’idée). Question passionnante, mais qui nécessiterait des développements trop complexes pour mon cerveau à vingt-trois heures passées (que voulez vous, c’est cela le grand âge…). Je me contenterai donc de vous dire que pour moi, et que cela me plaise ou non, Le Roi Lion 2019 entre bien dans la catégorie des créations parce que même si l’histoire qu’il nous raconte est pratiquement le copié-collé du film de 1994, la technique appliquée à sa structure narrative est nouvelle. John Favreau a été le premier à utiliser l’animation 3D pour réaliser un Roi Lion, et en cela, le produit qui en résulte peut-être considéré comme une création. Et je vous dis cela alors que je suis un fan de la première heure du Roi Lion. Il s’agit non seulement de mon Disney préféré, mais également de mon dessin animé préféré, le premier que j’ai vu au cinéma et celui qui a marqué toute mon enfance (jusqu’aux murs de ma chambre). Niveau madeleine de Proust, on est donc sur du high level, vous voyez.

Cette nouvelle version du Roi Lion m’a malheureusement déçu, mais cela ne signifie pas que je trouve que tout est bon à jeter pour autant, au contraire.

Alors, qu’est-ce qui marche (ou pas) dans la version 2019 du Roi Lion, et pourquoi conspuer systématiquement les remakes de classiques est regrettable ?

(Je rappelle que ce qui suit ne représente jamais que MON avis, créé par MON ressenti, et je ne saurais que trop vous conseiller d’aller voir le film par vous même pour vous forger une opinion personnelle [et pourquoi pas en discuter ensemble ?]).

Attention, cet article est susceptible de contenir des spoilers. Ne le lisez pas si vous comptez voir le film.

The lion king 1994 VS 2019.jpg
The Lion King. Affiche de 1994 (à gauche) et de 2019 (à droite).

Un copié-collé presque scène pour scène du film d’animation, les émotions en moins

La première chose qui frappe les fans du film de 1994, c’est la ressemblance presque plan pour plan des séquences. Je vous laisse la constater par vous-même en cliquant sur ces images pour les agrandir :

Et ce n’est qu’un échantillon… Ah, au moins, on ne peut pas dire que la version 2019 n’est pas fidèle à l’original. Disney a voulu jouer sur la corde sensible des enfants des années 90 et peut-on leur en vouloir ? Ils auraient pu décider de faire partiellement autre chose (c’est ce à quoi je m’attendais et ce que je souhaitais après avoir vu le remake du Livre de la Jungle par le même réalisateur), mais c’était aussi s’exposer à de multiples critiques de la part des puristes. En copiant le film de 1994, ils s’assuraient de ne pas décevoir les fans. Du moins pas tous les fans. Parce que d’autres, comme moi, restent malgré tout sur leur faim.

Oui ce Roi Lion est très beau. Oui il vous en met plein les mirettes dès les premières minutes du film, secondé par la somptueuse musique d’Hans Zimmer, mais une fois passé le choc visuel, que reste-t-il ? Quand on a retiré le beau paquet autour du cadeau, le contenu qui s’offre à nos yeux déçoit. C’est bien Le Roi Lion, avec les musiques du Roi Lion, avec les personnages du Roi Lion, mais sans l’âme du Roi Lion.

Alors, quel est le problème ? En réalité, il est si énorme qu’il crève l’écran : ce Roi Lion n’est pas aussi intense en émotion que l’original. Attention, je ne dis pas qu’il n’en fera ressentir aucune à ses spectateurs•trices, chacun•e possédant sa propre sensibilité, mais il est incontestablement moins puissant que l’œuvre de 1994. Dommage pour un film qui se veut la copie presque parfaite de son prédécesseur d’oublier le plus important : Le Roi Lion, ce n’est pas qu’un récit d’aventure, c’est avant tout celui du drame vécu par un lionceau qui perd son père et d’un royaume qui perd son roi. Hélas, en dehors de l’humour de la version originale que The Lion King 2019 n’a pas trop mal conservé, il n’a rien su capter des émotions transmises par son grand frère. C’est plat. Désespérément plat.

Je me suis senti à distance émotionnelle de l’action pendant tout le film. Au point que le temps m’a parfois semblé un tantinet longuet (si j’avais pu imaginer que je m’ennuierai devant Le Roi Lion un jour !). Il faut dire que le film a été rallongé d’une trentaine de minutes pour l’ajout de scènes avec les lionnes et d’autres dans le coin de savane où vivent Timon et Pumba, mais ces scènes en rab ne suffisent pas à lui rendre l’âme que les choix de réalisation lui ont fait perdre. Ce Roi Lion est certes une jolie prouesse technique, mais il n’a rien d’autre à vous offrir que de beaux effets visuels.

La critique de cinéma Helen Faradji résume superbement la chose :

« Le paradoxe, c’est que plus on se rapproche de l’illusion du vrai, plus on dépossède le vrai de ce qui compte vraiment, c’est-à-dire le cœur. […] On a vraiment le sentiment de quelque chose de très mécanique et, surtout, de très, très mal rythmé. »

Helen Faradji pour Radio Canada

I See.gif
Ne sois pas vexé, Scar ! Comme votre histoire est archi-connue, le réalisateur a dû se dire qu’il n’avait rien de nouveau à apporter au fond, mais que par contre il pouvait se lâcher sur la forme.  C’est vrai que c’est un peu décevant, mais ce n’est pas SI grave. Crédit image : The Lion King (1994)

Un film au style (trop ?) réaliste

le-roi-lion-comparaison-2019-1994-009
Version de 1994 (en haut) VS version de 2019 (en bas). Le réalisme coûte au Roi Lion son identité visuelle unique.

Je ne vais pas vous mentir : l’idée de redécouvrir Le Roi Lion en version réaliste m’enthousiasmait, mais je n’en demandais pas tant trop de réalisme tue l’émotion. J’avais par moment l’impression de regarder un documentaire animalier. Et encore, de nos jours les documentaires sont si bien écrits et réalisés qu’ils procurent plus d’émotions que ce remake. The Lion King version 2019 a certes respecté l’histoire originale à la lettre, mais en se voulant trop réaliste il a perdu tout ce qui faisait, au propre comme au figuré, les couleurs de l’original. J’avais de l’espoir, pourtant, en découvrant l’affiche promotionnelle, aussi vive que celle du film de 1994 dans son dégradé d’orangé qui symbolise à merveille le décor chaud de l’Afrique. Mais alors que les scènes du film de 1994 étaient toutes très colorées (en particulier les chansons) et donc puissantes visuellement, les couleurs du film de 2019 sont ternes et fades…. Réalistes, quoi. Si ce choix artistique s’inscrit en cohérence avec la volonté de s’approcher au plus près du réel, elle dessert clairement le film qui, s’il est impeccable d’un point de vue technique, perd l’atmosphère créée par son identité visuelle unique.

LeRoiLion_Simba Zazu.jpg
Zazu et Simba dans The Lion King 2019. Regardez bien la tête de Simba : c’est celle qu’il a durant TOUT le film, qu’il soit heureux, en colère ou triste. (Et le pire c’est que ce n’est pas une blague).

Mais cette perte de couleurs n’est qu’un problème mineur qui aurait peut-être passé inaperçu si le film ne souffrait pas d’un problème bien plus gros: à vouloir présenter des animaux trop réalistes, The Lion King s’est imposé des contraintes qui le desservent et qui entrent en contradiction avec son essence même. Je m’explique : les animaux affichent TOUT LE TEMPS la même expression, qu’ils soient heureux, en colère ou au désespoir. Comme si les animateurs avaient… eh bien oublié de les animer. Mais – ô affliction – il s’agit bien là encore d’un choix volontaire pour se rapprocher au plus près du réel, car les lions ne peuvent pas sourire ni froncer les sourcils dans la réalité. Mais par contre à côté de ça, les faire parler et chanter ne leur a visiblement pas posé problème. (#vivelalogique). Non, parce que quitte à jouer la carte du réalisme, ils auraient pu faire un Roi Lion avec des animaux qui sont certes dépourvus de toute expression anthropomorphique, mais aussi qui ne parlent pas, qui ne chantent pas et qui ne rient pas, cela aurait en plus eu le mérite de proposer une autre lecture de l’histoire. Je trouve bien plus étrange de voir une mangouste et un phacochère s’enjailler sur Le Lion s’endort ce soir que de les voir sourire ou froncer les sourcils, mais c’est peut-être moi qui suis trop conventionnel.

Aslan Narnia
Aslan, du film Le Monde de Narnia (2005), prouve que Disney est parfaitement capable de rendre expressif ses animaux créés par animation 3D.

Cette absence totale d’expression chez les animaux du Roi Lion version 2019 m’afflige. Quand Scar vient alerter Mufasa du danger que court Simba, c’est tout juste si on n’a pas l’impression, devant son ABSENCE TOTALE D’EXPRESSION (il fait la même tête que d’habitude quoi, sa tête de lion), que Mufasa va l’ignorer et poursuivre sa route. Il faut qu’on m’explique à quel moment la réalisation a trouvé pertinent d’empêcher les animaux de sourire mais de les autoriser à chanter. D’autres animaux de synthèse, comme Aslan du Monde de Narnia, ont revêtu des expressions humaines sans que cela gâche leur crédibilité bien avant ceux de la nouvelle version du Roi Lion.

Il suffit de regarder le look de Scar pour comprendre combien le souci tyrannique de réalité a pu faire du tort à la version 2019 du Roi Lion :

Collage sans titre(2)_5.jpg
Scar 2019 (à gauche) VS Scar 1994 (à droite)

Le Scar de 2019 est certes plus réaliste, mais il perd son individualité en troquant son pelage et sa crinières sombres contre le pelage et la crinières fauves ordinaires des lions (difficile d’ailleurs de le discerner de Simba durant le combat final), et il n’a plus rien du charisme de son modèle. D’accord, Scar est plutôt maigrichon dans le film de 1994, mais c’est quoi cet épouvantail dans celui de 2019 ? (et encore, je n’ai pas pris la pire photo).

Enfin, même si je regrette les choix qui ont été faits pour ce personnage, c’est une vision artistique comme une autre ; je suppose que John Favreau a voulu marquer la rivalité entre les deux frères en opposant au beau et majestueux Mufasa un Scar loqueteux sans prestance. Mais si on met le cas de Scar de côté, il n’y a pas grand chose à dire à propos du design des autres animaux, tous très réussis, si ce n’est que les lionnes se ressemblent toutes et qu’une fois Nala adulte, il devient difficile de la distinguer de Sarabi.

Tiens, puisqu’on parle des filles, j’ai vu une petite amélioration à leur sujet. Pas vous ?

Des femelles qui prennent plus de place à l’écran

Lionne.jpgLes femelles étaient plutôt absentes de la version de 1994. Sarabi n’apparaissait toujours que dans l’ombre de Mufasa ou dans son rôle de mère. Quant à Nala, elle n’était que le love interest du héros et l’élément perturbateur qui ramène Simba à son héritage et à son devoir. La version de 2019, sans être une révolution féministe, a un peu amélioré les choses en dotant ces deux personnages d’un caractère plus marqué et en leur donnant des scènes bien à elles. Et que ce soit la vieille reine ou Nala, les deux pètent la classe contre Scar et ses sbires.

Shenzi_(2019_film).pngMais les lionnes ne sont pas les seules à gagner en Girl Power. De façon un peu surprenante mais bienvenue, la hyène Shenzy s’affirme plus brutalement que dans le film de 1994 comme la dominante de sa meute.  Pour le coup, voilà qui est vraiment réaliste car dans la nature, les hyènes vivent dans des sociétés matriarcales. Je regrette cependant que le film n’ait pas exploité davantage son personnage car il y avait matière à la rendre aussi importante que Nala du côté des antagonistes.

Zira.png
Zira, l’ancienne compagne de Scar qui ne vit plus que pour le venger, est l’antagoniste du film d’animation de 1998 : Le Roi Lion II, l’honneur de la tribu.

Autre regret : une grande absente manque une fois de plus à l’appel dans ce premier film : Zira, la compagne de Scar. J’ai toujours trouvé bizarre que ce personnage sorte de nulle part dans Le Roi Lion II : l’honneur de la tribu, alors qu’il semble si important dans la vie de Scar. Au point que Simba, après avoir repris le contrôle de la Terre des Lions,  bannit Zira avec toute la descendance de Scar. Or, au regard de la présence du titre He Lives in You, introduction du film Le Roi Lion II de 1998, dans le générique du film de 2019, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je soupçonne Disney de déjà penser à la suite… Et puis avec le succès du premier remake, cela m’étonnerait fortement qu’ils se privent de nous faire un remake du 2 dans la foulée. Auquel cas il aurait été bienvenu d’introduire Zira dès ce premier film, même si on ne la voyait que très peu, pour qu’elle n’ait pas l’air de sortir du chapeau d’un sorcier vaudou dans le 2.

Hans Zimmer, toujours au top

Ce qui a fait le succès du Roi Lion premier du nom, c’est aussi les musiques épiques écrites par l’un des plus grands compositeurs de notre temps : Hans Zimmer. Si je devais résumer le travail de Zimmer pour la version 2019, je me contenterai de poster ce commentaire lu sous le morceau Stampede (musique qui accompagne le passage où Mufasa et Simba sont tous les deux dans la gorge avec le troupeau de gnous affolé, le premier essayant de sauver le second) :

Commentaire Hans Zimmer.jpg

Director : Hey, Zimmer ! Est-ce que tu penses que nous pouvons soulager les enfants des années 90 de leur traumatisme avec un morceau « Stampede » encore plus intense ?

Hans Zimmer : Tiens mon thé, j’ai attendu 25 ans pour leur écraser le coeur encore une fois.

Hélas, la froideur technique du film empêche la fabuleuse musique de Zimmer de déployer toute son envergure pour venir s’emparer du cœur des spectateurs•trices. Alors que l’ami avec qui je suis allé voir le film est comme moi un hypersensible qui verse facilement sa petite larme dans les salles obscures, nos yeux à tous les deux sont restés désespérément secs. Pourtant, avec une telle force de frappe musicale, Favreau n’avait plus grand chose à faire pour qu’aucun cœur ne ressorte indemne du visionnage de ce remake, mais rien à faire, le film ne nous a pas tiré une seule larme. Il est donc à ce point dénué d’émotions que la musique d’Hans Zimmer elle-même est impuissante à la faire naître dans le cœur des spectateurs•trices (alors que seule, elle fonctionne à merveille. Je l’écoute encore au moment où je vous écris ces mots et j’ai des frissons qui me font vibrer du squelette à l’âme – les chœurs bon sang, les chœurs à 2:50…).

(Si vous n’allez pas voir le film, je vous invite à au moins écouter sa bande son, surtout les pistes de musiques instrumentales.)

Il me semble avoir fait le tour de ce que l’on peut reprocher à cette version 2019 du Roi Lion, et vous avez pu prendre la mesure de ma déception. Est-ce que j’estime pour autant que ce remake est une hérésie qui n’aurait jamais dû exister et qui mérite pas la pellicule qu’il a utilisé ?

Non, je ne le pense pas, laissons-lui seulement le temps de trouver sa place (ou pas).

Et si nous laissions les nouvelles générations décider du futur de ce film ?

« Mais Chris, tu ne vas pas défendre cette bouse, bien sûr qu’il faudrait interdire ce genre de film uniquement commercial !»

Bien sûr que Le Roi Lion 2019 est commercial. Mais celui de 1994 l’était également. Vous n’imaginez pas à quel point cet argument de « c’est commercial » m’agace profondément. Qu’est-ce qui n’est pas commercial, mes petits poulets ? Vous pensez sincèrement que l’Art est un domaine à part, préservé des contingences matérielles ? Mais quelle vision avez-vous des artistes ? Bien sûr que chacun fantasme l’artiste qui créé pour la beauté de l’art, sans s’intéresser une seconde à combien il va pouvoir tirer de sa création. Mais pour cela, encore faut-il qu’il n’ait pas à se soucier des lendemains… L’argent, ce n’est pas forcément mal. L’argent sert aussi à vivre, et quoi de plus satisfaisant que de tirer quelque revenu de son art (voire d’en vivre) ?

À partir du moment où une œuvre est mise sur le marché, elle devient commerciale, qu’importe les intentions qui ont présidé à sa création. Est-ce que pour autant cela signifie systématiquement que c’est mauvais ? Bien sûr que non ! Il suffit d’écouter les morceaux d’Hans Zimmer, de regarder les films de James Cameron et de lire les romans de Maxime Chattam pour le comprendre.

Même si on préférerait que tous les studios de cinéma du monde produisent des films originaux, qui osent proposer quelque chose de neuf autrement que sur l’aspect technique, il faut peut-être en passer par là pour aboutir au prochain chef d’oeuvre de la décennie. Et s’ils trouvent des gens pour apprécier leurs vieux succès réchauffés, eh bien grand bien leur fasse à tous ! Aux studios et aux gens qui apprécient ce type de films. Cela n’empêche pas les autres studios de créer, d’innover, et le reste de l’auditoire de se régaler avec des oeuvres plus à son goût. Cela s’appelle la démocratie.

À contrario, vouloir interdire une oeuvre parce qu’elle ne correspond pas à nos attentes / goûts / opinions, cela s’appelle la censure (hors cas mettant en danger la tranquillité et l’intégrité physique des personnes, soit propos racistes, antisémites, homophobes et autres joyeusetés).

Okay je préfère la version originale du Roi Lion car je la trouve mille fois plus émouvante, mais ce n’est pas pour autant que vous m’entendrez dire que le remake ne devrait pas exister et qu’on devrait empêcher son visionnage par les jeunes générations. Laissons ces dernières se faire leur propre opinion. Laissons les peut-être avoir leur propre Roi Lion. Si cela leur plaît comme ça, qui sommes-nous pour vouloir à tout prix leur imposer notre version du film, celle qui a bercé notre enfance ? Nos enfants ne sont pas nous. Certes, si j’ai des enfants un jour je leur ferai découvrir Le Roi Lion par le film d’animation de 1994, mais je leur montrerai aussi la mouture 2019 et les encouragerai à développer leur esprit critique en leur faisant comparer les deux versions. Et s’ils préfèrent la version 2019, eh bien alea jacta est, ce n’est pas pour autant que j’aurais le seum. À chaque génération ses films cultes, à chaque âge sa Madeleine de Proust.

Nouvelle petite Sirène.jpg
La chanteuse Halle Bailey sera Ariel dans le remake live.

Cette question de la liberté de produire des remakes d’oeuvres populaires et de pouvoir s’affranchir (ou non) de leur première version rejoint d’ailleurs le grand débat soulevé par la future adaptation de la petite sirène avec une Ariel noire. L’annonce du nom de Halle Bailey pour incarner Ariel a provoqué un taulé sur les réseaux sociaux qui ont vu fleurir le hastagh #NotMyAriel. J’ai quand même vu des champion•ne•s soutenir qu’« Ariel DOIT être blanche parce que sous l’eau il y a moins de lumière, donc la peau produit moins de mélanine. »

LOL. Les mecs/meufs, vous parlez d’un conte transposé en film d’animation qui met en scène une sirène à queue de poisson amoureuse d’un humain. Pour pouvoir gagner le cœur de cet humain, la sirène conclut un pacte magique avec une autre sirène, cette fois une sirène-pieuvre, dans lequel elle lui cède sa voix contre des jambes. Tout ça au milieu de chars en coquillages tirés par des dauphins et de poissons et de crabes qui parlent, chantent et jouent de la trompette.

Qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour piger que dans cette histoire, le réalisme on se le carre sous l’aisselle et on y touche plus le temps de savourer l’oeuvre qu’on nous offre à regarder ? (Et c’est un auteur obsédé par le réalisme dans la fiction qui vous le dit !). Parfois, il faut accepter de lâcher prise et accepter que la réalité des personnages n’est pas obligatoirement la nôtre. Tant que l’univers de l’œuvre est cohérent avec lui-même, et pour La Petite Sirène cela semble le cas, il n’y a pas de raison de faire un scandale.

Bref, pour conclure cet article intolérablement long, je dirais que ce qui n’enlève rien ajoute. Ainsi en va-t-il pour moi de l’écriture inclusive qui ne prive pas la langue de sa traditionnelle forme genrée, ainsi en va-t-il pour l’existence des personnes LGBT dans un monde cis-hétéro-normé (le fait qu’il y ait des homos et des trans n’interdit en rien aux gens d’être hétéros et de se sentir en accord avec les genres homme ou femme tels que donnés à la naissance). Ainsi enfin en va-t-il pour les remakes de vieux classiques Disney qui ont au moins le mérite de faire découvrir les histoires qui nous ont enchanté•e•s à de nouvelles générations, sans enlever aux anciennes les vieux films d’animation qui ont bercé leur imaginaire d’enfant.

Characters Lion King

Merci d’avoir pris le temps de me lire. Tu as aimé Le Roi Lion nouvelle version, toi ?

Un j’aime, un commentaire, un partage et/ou un abonnement (en haut à droite dans la colonne latérale) font toujours plaisir et soutiennent le blog. Alors à vot’ bon cœur, m’sieurs-dames & anothers.

@ bientôt quelque part,

Chris

Retrouvez-moi sur Facebook et Twitter 💻

Publicités

4 commentaires sur “J’ai testé pour vous : Le Roi Lion version 2019, ça donne quoi ?

Ajouter un commentaire

  1. Je passais par ici et l’envie m’a pris de laisser un petit commentaire de derrière les fagots… Le voici !

    J’ai beaucoup apprécié te lire, surtout la première partie de la critique, car elle contenait toutes les informations que je m’attendais à trouver et je l’ai trouvé très concise. La controverse dont tu parles au début de l’article (le copier-coller, etc.) m’ a fait penser à ce qui s’est produit à la sortie du roi lion en 1994 : Dysney avait été accusé de plagier l’oeuvre le roi leo d’Osamu Tezuka (énormément de similitudes dans l’histoire et dans les plans). De mon point de vu je dirais que Dysney est un studio très doué pour donner de la magie à ses oeuvres, mais le scénario n’a jamais été à 100% original dans leurs oeuvres et sont toujours plus ou moins inspirées d’autres histoires. Au final l’oeuvre a été bien accueilli par Osamu Tezuka car il était un grand fan de Dysney et les critiques se sont dissipées.

    Tout ça pour dire jette donc un œil au roi Leo !

    Aimé par 1 personne

    1. Oh ! ça fait plaisir de te croiser ici * . *

      J’ai déjà entendu parler de l’accusation de plagiat, et la confrontation de différents plans des deux œuvres semblait rendre les choses assez éloquentes, en effet. Après d’autres voix se sont élevées pour dire qu’Osamu Tezuka avait lui même plagié sur Bambi, mais je ne sais pas ce que cette idée vaut, car je ne connais pas Le Roi Léo. (Et puis quand bien même ces deux œuvres se ressembleraient aussi, leurs thématiques sont assez larges et universelles pour se retrouver dans beaucoup de livres / films. Parfois, il faut accepter que des similitudes ne sont que des coïncidences.)

      Je vais chercher Le Roi Léo pour enfin me faire ma propre opinion sur le sujet 😉

      Merci pour ton passage et ton commentaire ♥

      @ bientôt quelque part !

      Chris

      J'aime

  2. Pour quelqu’un qui « commente sans commenter », je trouve ton commentaire plutôt riche et construit 😀 Et j’envie ton sens de la concision !

    Tu as raison, le débat sur Ariel est stérile, et si je n’étais pas poli, je rajouterais volontiers un autre adjectif. Mais restons correct•e•s et diplomates. (N’empêche que faire tout un foin sur la couleur de peau d’une SIRÈNE… Surtout qu’a priori, ce qui aurait inspiré ce conte à Andersen est son amour déçu pour un autre homme qui ne voulait pas de lui. Si les détracteurs d’Halle Baley veulent être si fidèles aux origines du conte, alors faisons d’Ariel un triton :D).

    Quant au débat « commercial VS culturel », nous avons l’un et l’autre bien débroussaillé les choses et j’entends le fait que la nouveauté apporte toujours plus à la Culture que les vieux succès remâchés . Cela ne fait évidemment aucun doute. Mais après, « ce qui n’enlève rien ajoute » 😉

    Merci pour ta lecture malgré ta non affection pour Disney et pour ton commentaire !

    J'aime

  3. Je commente pour ne pas vraiment commenter car tu as en réalité abordé tous les points que j’aurais voulu mentionner, petite sirène y compris ^^
    Je suis aussi d’avis que les remakes sont une création en soi et qu’ils peuvent parfois apporter une nouvelle richesse à un univers, notamment grâce au développement de nouvelles techniques scénaristiques. Même si les puristes préfèrent toujours les originaux, de mon côté un perfectionnement du visuel n’est jamais pour me déplaire… Mais, évidemment, ça ne fonctionne pas toujours. Cela semble être le cas ici mais n’ayant pas vu le film et n’ayant pas l’intention de le voir, je ne peux pas répondre à tes critiques 🙂
    Personnellement, je ne suis pas une grande fan Disney et le fait que ce film soit une sorte de fan service pour faire revivre une histoire adorée par toute une génération, ça ne m’attire pas des masses. Je ne fais pas la chasse aux remakes, mais dans ce cas précis ce qui me chagrine c’est qu’on s’appuie sur une valeur sure au lieu de prendre le risque de créer quelque chose de nouveau — alors que je suis convaincue que des contes pour enfants de différentes cultures, on pourrait encore en trouver à la pelle. D’un point de vue culturel, il est parfois plus riche d’aller explorer de nouveaux mondes que de renacler sans cesse les déjà existants. Surtout que dans ce cas précis, et tu l’as aussi mentionné, les intérêts commerciaux sont certainement un moteur de création plus grand que l’intérêt culturel. Évidemment que tout art est commercial, mais il me semble qu’il y a une gradation dans le commercial, principalement lié à l’éthique culturelle, et que parfois des barrières sont franchies qui appauvrissent cette pauvre culture déjà malmenée.
    Enfin bon, le débat est vaste, et pour un commentaire qui ne commente pas je m’étends déjà bien trop (#concisionconnaispas).
    Quant aux débats sur Ariel, ils sont si stériles que je ne m’y penche même pas. Voilà cependant une vraie étape de franchie pour la diversité à l’écran, et je la salue dans mon cœur !

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :