Interview fiction : rencontre avec Phil Muti, héros du roman Les Ombres de Rome

Un vent d’agitation a soufflé sur le Twitter littéraire cet été. Entre deux débats houleux sur la définition d’écrivain•e professionnel•le, les méthodes d’écriture des un•e•s et des autres et les sorties annoncées pour la rentrée, une Twittos a eu l’excellente idée de détendre un peu l’atmosphère en proposant ceci :

Interview personnage roman

J’ai décidé de me prêter au jeu avec Phil Muti, le héros de mon roman de fantaisie urbaine : Les Ombres de Rome. (Phil est incarné par le scénariste et comédien Cédric Kahn pour l’image de couverture de cet article).

Je lui laisse la parole ainsi qu’à Splumely, son intervieweuse !

Interview

@Splumely : 1. Bonjour ! Quel est ton nom ? Ton âge ?

Phil Muti : Bonjour. Je m’appelle Phil Muti. J’ai 55 ans à l’époque du roman.

2. Aimes-tu le prénom que ton auteur a choisi ? Pourquoi ?

Je le trouve assez quelconque, mais il ne me dérange pas. En revanche, je sais qu’il ne sonne pas assez italien pour certains lecteurs et certaines lectrices. Mais pourquoi les auteurs et les autrices devraient-ils (iels ? je sais qu’il existe des pronoms neutres maintenant, mais je ne suis pas très au fait sur la question) obligatoirement choisir le (pré)nom de leur héros en fonction de ses origines ? Mon auteur et moi nous connaissons des Indiens qui s’appellent John, des Chinois qui s’appellent Kévin et des Français qui s’appellent Mounir dans votre monde, alors je ne vois pas où est le problème.

3. Tu as une ou plusieurs passions ? Peux-tu nous parler un peu d’elle(s) ?

Ma passion, c’est avant tout mon métier  – je suis avocat pénaliste. En dehors de ça, j’ai davantage des centres d’intérêts (comme le cinéma ou la littérature) que des passions proprement dites.

4. Ta vie, où se déroule-t-elle ? Tu aimes cet endroit ?

Je suis né et je vis à Rome. J’ai pour cette ville l’affection d’un enfant pour une très vieille dame. Vous êtes vous déjà promenée à Rome ? C’est un musée à ciel ouvert, mais elle est loin de s’en tenir à ses vestiges antiques et à ses palais de la Renaissance comme seuls trésors. Vous êtes susceptible de tomber sur l’une de ses merveilles hors du temps à chaque coin de rue. Parcourir les rues de Rome, c’est traverser les siècles ; il y  flotte un parfum d’éternité. S’il fait jour, vous pouvez rire de quelqu’un qui vous dit que la ville constitue le repaire d’un clan de vampyres, mais la nuit, quand les ombres s’étirent sur le Colisée et envahissent les ruines du forum, le doute s’immisce en vous. Vous sentez avec le corps et avec l’âme que ce n’est pas une simple ville, qu’elle abrite quelque chose qui dépasse l’entendement humain.

5. Ta famille, elle est plutôt cool ou plutôt horrible ?

Je n’ai plus de famille proche en vie, donc en soit, on peut dire qu’elle est plutôt cool, elle ne me contredit plus beaucoup [rire]. Sinon, c’était une famille comme les autres, avec son lot d’amour et d’emmerdes. Mon père refusait mon homosexualité et il n’a pas toujours été tendre avec moi à partir du moment où il a su ce que j’étais, mais nous avons réussi à maintenir une entente plus ou moins cordiale entre nous jusqu’à sa fin de vie. Ce n’est pas si mal.

6. Ta musique préférée ? Pourquoi ce choix ?

Purple Rain de Prince. J’ai peu d’occasions de le montrer à la barre des tribunaux quand je plaide pour ma clientèle de malfrats et de criminels de tout poil, mais je suis un romantique. Ce titre me rappelle mon premier petit ami… Ah, la magie des premiers amours !

7. Ton meilleur ami / Ta meilleure amie, qui est-ce ? Tu l’as rencontré comment ?

Je n’ai jamais été du genre à avoir un meilleur ami. J’ai des amis, et même si j’ai plus d’affinités avec certains qu’avec d’autres je ne pourrais pas en désigner un seul comme étant le « meilleur ». Les liens tissés avec chacun sont différents et ne peuvent pas être hiérarchisés selon une échelle de valeur.

8. Raconte nous tout ! Tu as des sentiments pour quelqu’un en ce moment ?

Ruben Casarottu
Le vampyre Ruben Casarotti (incarné par Brendon Urie).

Je suis amoureux d’un vampyre de la Maison Lepide.  Vous me direz que je suis loin d’être le premier et que je ne serai certainement pas le dernier, mais mon Ruben est extraordinaire. C’est un artiste, un amoureux d’Art, et particulièrement de cinéma, devenu réalisateur et à l’occasion comédien dans ses propres films. J’aime sa compagnie cultivée, sensuelle et espiègle. Ruben, c’est un éternel adolescent dans le corps d’un trentenaire, j’en oublie souvent qu’il doit être beaucoup plus âgé que moi en réalité. Je rajeunis de quarante ans quand je suis avec lui.

9. Tu as un souvenir marquant dans ta vie ? Tu peux nous le raconter ?

À mon âge, il est rare qu’on en ait qu’un seul, mais l’un des plus marquants est incontestablement la première fois où j’ai bu du sang de vampyre – en l’occurrence celui de Ruben. J’étais à l’agonie, terrassé par une maladie mortelle inconnue de la médecine, quand j’ai eu l’idée d’appeler les vampyres à mon secours. Je ne connaissais pas encore Ruben à l’époque, mais je connaissais Ricardo Uzzeni, un membre important de leur clan. Ricardo a répondu à mon appel en emmenant Ruben avec lui, et c’est Ruben qui m’a offert le sang qui a permis de contrer les effets de la maladie.

Je me rappellerai toujours la sensation du sang envahissant ma gorge et ma bouche. À l’époque le goût m’écœurait et cela me semblait la chose la plus répugnante que j’aie jamais avalée. À présent que j’en bois régulièrement pour me maintenir en vie et garder la maladie en respect, cela me semble la chose la plus délicieuse qu’il m’ait été permis de goûter.

10. C’est quoi ta couleur préférée ? Pourquoi ?

J’ai toujours aimé le bleu, quant à vous expliquer pourquoi… Ce serait comme de devoir expliquer pourquoi je préfère les haricots verts aux tomates. Nous sommes sur un mystère de haut niveau, vous voyez.

11. Parle nous de ton plus grand rêve, même s’il est impossible.

Il s’agit de l’aventure de ma vie : j’aimerais acquérir l’immortalité en devenant un vampyre. Ruben m’a promis qu’il m’aiderait à réaliser ce rêve, mais les choses sont un tantinet plus complexes que je ne le pensais… Les lois qui régissent la société vampyrique posent des conditions strictes à la création de nouveaux vampyres et Ruben et moi en avons déjà transgressé plusieurs : il n’avait pas le droit de me sauver ni de partager son sang avec moi. Si Diego Lepide, le chef du clan de Ruben, veut respecter ses propres lois, il devrait… nous tuer.

12. Tu penses être une bonne personne ? Pourquoi ?

Existe-t-il réellement des gens qui pensent être des mauvaises personnes ? Ce n’est pas mon cas. Bien sûr, j’ai conscience de mes limitations humaines, mais je pense être un humain globalement respectable. Je veille au respect des règles démocratiques de par ma profession. Certaines personnes pensent que c’est justement ce qui fait de moi une mauvaise personne quand je défends des criminels, mais j’aimerais que les gens comprennent que défendre des criminels, ce n’est pas défendre le crime. C’est veiller à la réalité du principe de l’État de droit en s’assurant que chaque citoyen et citoyenne puisse jouir du droit à un procès équitable. Mon ouverture d’esprit et ma patience qui me permettent de tout entendre sans juger – je laisse ce soin aux magistrats – m’aident énormément dans ce travail.

Ces qualités me servent aussi dans mon engagement militant (j’assure des permanences de conseils juridiques gratuites dans des associations LGBT pour aider à faire sanctionner les actes homophobes). Il est toujours extrêmement difficile d’être gay ou lesbienne en Italie, beaucoup de jeunes sont chassés de chez eux après avoir fait leur coming-out. Ayant la chance d’être une personnalité médiatisée et reconnue dans sa profession, j’ai fait le mien publiquement dans l’espoir que cela contribue à faire changer les mentalités.

13. As-tu un ou plusieurs toc ? Tu peux nous dire lesquels si tu en as ?

Non, pas de toc.

14. Ça reste entre nous, mais tu as un ennemi ? Ou quelqu’un que tu n’aimes vraiment pas ? Allez, dis nous son nom !

Aucun ennemi déclaré, mais sans doute quelques collègues jaloux qui ruminent leur ressentiment dans leur coin.

15. À l’école tu étais quel genre d’élève ? Pas de secrets entre nous hein ! Avoue !

À l’école, j’étais plutôt l’intello. Comme la plupart de mes copains étaient comme moi, cela ne m’a jamais attiré d’ennuis. J’ai dû donner le coup de poing une fois ou deux après les cours pour me faire respecter, mais les types n’ont pas insisté après ça.

16. Tu as 5 mots pour te définir, tu choisis lesquels ?

Pragmatique, réfléchi, engagé, anxieux, amoureux.

17. Ce n’est jamais agréable mais c’est toujours bons de les connaître. Trois de tes défauts ?

Je déteste les reconnaître. Cela en fait déjà un, non ?

Sinon, je peux être caractériel. Mes réserves de patience sont larges, mais quand elles sont épuisées, j’ai toutes les peines du monde à retenir mon agacement et je peux emprunter des attitudes sèches bien souvent vexantes pour mes interlocuteurs.

Je peux aussi devenir blessant lorsque je veux obtenir quelque chose et que je suis sûr de moi. C’est l’une des rares situations dans lesquelles je peux faire preuve d’impatience. Il m’est arrivé plusieurs fois de blesser des employé-e-s sans le faire exprès en me montrant trop brusque dans mes directives.

Ah, et je suppose que Ricardo m’accuserait aussi d’être égoïste étant donné ce que je lui fais dans le roman…

18. Ta saison préférée c’est laquelle ? Pourquoi ?

Le printemps. La nature revient à elle, c’est le retour des beaux jours et le début d’un nouveau cycle célébré par la floraison des plantes et la période de reproduction pour les animaux. J’ai vécu mon printemps personnel après avoir goûté pour la première fois au sang de Ruben.

19. La tenue vestimentaire de tes rêves ? Pourquoi ?

Une grande cape noire avec un col montant pointu façon Dracula [sourire].

20. Tu en penses quoi, toi, de ton histoire ?

Je la trouve originale dans son traitement des vampyres. Déjà, la différence d’orthographe avec sa variante classique, vampire, est primordiale, mais je n’ai pas le droit de vous en dire davantage à ce sujet. Je dois donc me contenter d’affirmer que les vampyres que vous verrez dans Les Ombres de Rome sont des créatures étonnantes, dont l’origine remonte à des temps très anciens, et qui réveillent les instincts reptiliens de panique et de fuite de n’importe quel humain qu’elles croisent…

Les vampyres ne sont cependant pas les seuls personnages marquants du roman. Les humains et les autres créatures qui évoluent autour d’eux se démarquent aussi par leur histoire ou leur caractère. La société vampyrique est une société féroce, où la vie ne revêt parfois aucune valeur, mais où elle peut aussi servir de tribut suprême à verser pour laver une offense. Je ne peux donc pas vraiment m’étonner du nombre de personnalités fortes, rusées ou habiles (ou les trois à la fois) que je croise au cours du récit. Dans un monde aussi violent, seules les plus débrouillardes tirent leur épingle du jeu et parviennent à survivre dans des conditions acceptables.

Pour revenir à des considérations plus douces, j’apprécie également la jolie palette de diversité que nous formons tous ensemble. Bon, évidemment, il manque du monde (pas de personnage asexuel, trans ou non-binaire dans ce roman par exemple), mais personne n’est là pour satisfaire les quotas. Tous les personnages présents dans la saga Les Chroniques de la Maison Lepide, qu’ils soient gays, lesbiennes, bis, polyamoureux, blancs ou racisés, le sont pour des raisons essentielles, et non pour faire de la figuration. J’aurais préféré ne pas avoir à m’en émerveiller, hélas, la diversité n’est toujours pas la norme dans les Arts. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont toujours poussé notre auteur à écrire : il écrit les histoires qu’il aimerait lire.

Voilà pour les points forts, mais j’ai conscience que notre histoire est encore très largement perfectible. J’ai suggéré il y a quelques jours à notre auteur que pour le moment, cela manquait parfois un peu de rythme, que tout le monde se montrait trop bavard, qu’il faudrait réduire les dialogues et laisser davantage de place à la narration durant certains passages pour laisser plus de place à l’émerveillement (ou à l’horreur). Bref, créer plus d’immersion. Il a entendu mes remarques, nous verrons bien ce qu’il en fait.

21. Ton auteur, il serait quoi s’il était dans ton monde ? Ton ami ? Ennemi ? Autre ? T’inquiète ! Il ne le saura jamais…

J’aurais pu m’en faire un ami, le problème c’est qu’il est trop discret pour que je le remarque. Dommage, car nous aurions beaucoup à nous apprendre mutuellement.

22. Vas-y lâche toi et écris un message destiné à ton auteur.

Sois-fidèle à tes mantras : peu importe les doutes, peu importe ce que peuvent penser les autres, continue d’écrire. La persévérance n’est pas toujours bonne débitrice, elle paye parfois en retard, mais ce qui compte, c’est qu’elle finisse par le faire. Termine Les Ombres de Rome et enchaîne vite avec la suite ! (Ricardo est en train de perdre patience).

23. Il a des défauts selon toi ton auteur ? Évidemment tu le sais, ça reste entre nous ! Mais ne te lâches pas trop quand même…

Je constate avec amusement que les défauts des autres nous apparaissent bien plus vite que les nôtres. C’est sans hésitation que je vous réponds (et en trois points, comme pour moi).

Première évidence énervante : il est trop lent à écrire. Heureusement, il a bien assimilé qu’à chaque auteur•e son rythme de production, sinon il concevrait d’énormes complexes en voyant certain•e•s de ses collègues publier un roman par an, mais nous les personnages, nous avons hâte d’enfin nous incarner dans les pages d’un livre ! Vous ne pouvez imaginer combien nous adorerions le voir enclencher la vitesse supérieure.

Ensuite, je dirais que son manque de confiance en lui est un réel handicap. Je trouve ça terriblement frustrant pour nous qui le connaissons et qui savons de quoi il est capable. C’est d’autant plus frustrant qu’on ne peut compter que sur lui pour nous faire vivre. Donc on l’encourage, on le pousse, on le tire… Bref, on le bouscule dans tous les sens pour le ramener à son ouvrage même quand les doutes seraient assez puissants pour le faire renoncer. Nous veillons à ce que cela n’arrive pas, secondés par son opiniâtreté (ses proches peuvent en témoigner : quand il a une idée dans la tête, il est aussi difficile de l’en détourner que de dévier un torrent.)

Enfin (et je me rends compte que ces trois défauts sont étroitement liés les uns aux autres), il est perfectionniste à un tel point que ça en devient ridicule. Il se créée des blocages inutiles et bride sa créativité. Je ne compte plus le nombre de fois où il a recommencé Les Ombres de Rome depuis le début et tout remanié – et réécrit. J’espère que la prochaine réécriture sera la bonne. Au bout d’un moment, il faut accepter que la perfection n’est pas de ce monde, qu’il trouvera toujours des défauts à son œuvre publiée (et les autres aussi), mais qu’elle aura au moins le mérite d’exister enfin pour quelqu’un d’autre que lui.

24. Tu l’aimes quand même ?

Bien sûr ! Je n’oublie pas que sans lui, je ne suis plus personne. Et puis il a bon fond. C’est quelqu’un qui doute beaucoup de lui et de son travail, qui se remet sans cesse en question. Et moi, comme Anne Sylvestre, j’aime « les gens qui doutent ».

25. La dernière question. Mais t’inquiète on recommencera ça ! Fais nous la promotion de ton histoire, de ta vie et met nous le lien qui nous y mènera, que l’on te découvre un petit peu plus ! Ce fut un plaisir de faire ta connaissance ♥

Si vous voulez découvrir une histoire de vampyres originale, dans un contexte réaliste et horrifique comportant une bonne dose d’hémoglobine et de sexe, le tout saupoudré d’un zeste de romance, Les Ombres de Rome devraient vous emporter bien loin des tracas du quotidien (et vous aider à relativiser les vôtres).

Le prologue est déjà disponible à la lecture si vous souhaitez vous familiariser avec le style du roman et faire ma connaissance et celle de Ruben.

Vous pouvez aussi rejoindre mon auteur sur sa page Facebook pour suivre ses avancées et/ou discuter de ses projets avec lui et sa communauté.

Merci pour votre attention. À présent je retourne auprès de mon auteur : la récréation est terminée, il faut s’y remettre !

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4 commentaires sur “Interview fiction : rencontre avec Phil Muti, héros du roman Les Ombres de Rome

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    1. Merci pour ton intérêt, Yannick ! Cela faisait longtemps que je songeais à faire interviewer un ou plusieurs de mes personnages par quelqu’un (de préférence un•e bêta-lecteur•trice), car cela donne une dimension immersive et originale à la présentation du roman, alors quand j’ai vu ça sur Twitter, j’ai saisi l’occasion.

      J’invite touStes les auteur•e•s qui le souhaiteraient à faire de même 😀

      J'aime

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