Chanson : Bagheera [ou l’hommage d’un écrivain à une muse et vieille compagne de vie]

J’écris ce jour anniversaire
Où tu reposes sous la terre
À deux pas de notre maison

 

Oural Ouralou – Jean Ferrat

Il y a un an tout pile me quittait ma douce Bagheera, petite chatte européenne aux yeux si tendres qui fut ma compagne de vie pendant quinze ans.

Je lui dédie ce texte, inspiré par la magnifique chanson écrite par Jean Ferrat pour son fidèle Ouralou.

Bagheera

À la SPA de Douai
Prostrée derrière les barreaux
De ta cage minuscule,
Tes grands yeux verts écarquillés
S’ouvraient sur les abimes de ton âme terrifiée.
Victime meurtrie d’une série d’infortunes
Tu étais incapable d’aller au-devant
Des visiteurs du refuge
Qui auraient pu te sauver
Du sinistre sort qui attend,
Dans ces lieux d’espoir et de misère,
Les malheureux dont personne ne veut
Tristes cœurs condamnés à expirer
Dans la solitude éprouvante de l’enfer.

Petite chose craintive et épeurée
Tu ne comprenais pas
Pourquoi personne ne s’intéressait à toi,
Pourquoi les rares bipèdes
À croiser ton regard de jade brasillant
Détournaient le leur
Comme venant de se heurter à un vent brûlant.
C’est qu’en 2003
La robe noire et les yeux verts
Attributs de la sorcellerie dans l’Imaginaire
Restaient objets de superstitions.
Mais moi, j’aimais bien les histoires de sorcières
Et dans la contemplation de ton pelage noir charbon
Et de tes yeux brillants comme deux pierres solaires,
J’ai reconnu mon alter égo
Un cœur en plein naufrage
À la recherche d’un point d’amarrage.
De toi si frêle et si vulnérable,
Je tombais envoûté
Certain que c’était toi que j’attendais.

Baba Baba Bagheera
Baba Bagheera

Baba Baba Bagheera
Baba Bagheera

Dans mon cœur d’adolescent
Sous le regard bienveillant de ma mère
Ta douceur et tes yeux verts
Se sont imposés sans un bruit.
Et de nos deux solitudes
De nos deux taciturnes et tendres compagnies
Nous avons fait un seul esprit
Devenant pour tous indissociables
D’âme et de corps
De corps et d’âme.

Toi ma sœur, ma vieille compagne
Tu m’as si longtemps et partout suivie
Douai, Guesnain, Poitiers, Sommières, Loubigné
Que de kilomètres parcourus pour un aussi petit être
Et si timide, mais si fidèle.
De quelle patience tu fis preuve avec moi
Toi qui m’appris la tendresse que l’on doit
À tout être plus faible que soi,
Toi qui fus aussi la confidente
De tant de peines
Qui consola tant de chagrins
Et encouragea tant de grands rêves.
Je n’oublierai jamais
Que de ces longues heures passées à ma table de travail
Œuvrant avec acharnement à l’écriture de mes histoires
Tu fus la première témoin,
Et avec quelle mansuétude tu m’observais
Taquiner le clavier
Alors que tu aurais sans doute préféré
Que ces caresses te soient destinées,
Petite muse aux yeux de jade ensorcelés.

Baba Baba Bagheera
Baba Bagheera

Baba Baba Bagheera
Baba Bagheera

Petite sœur,
Tu as tant fait pour mon bonheur
Qu’il me semble parti avec toi loin d’ici
Collé sous tes pattes
Dans ta course vers le paradis.
Cette jeunesse que nous avons partagée
Tu l’as entraînée avec toi sous la terre,
Et dans cette tombe jalousement veillée
Par les hortensias, ces chatoyants arbustes
Faits de rose et de bleu céleste chers au cœur de mon père
J’ai laissé un morceau de mon âme
Linceul éthéréen enveloppant ta dépouille mortelle.
Mais toi, toi ma belle panthère
Je sais que tu n’y es pas,
Tu n’es pas là
Tu ne dors pas
Ton ombre me suit toujours pas à pas.

Alors en souvenir de toi
Ce matin du 4 juin où tu quittas notre monde
Pour rejoindre la caravane de fantômes
Chahutant dans mon cerveau d’écrivain ;
Vampyres au regard de basilic
Loups-garous gentilshommes
Sorcières au cœur d’améthyste
Sirènes à la voix d’arsenic
Chats noirs au passé famélique ;
Je prends la plume en ta mémoire,
Et peut-être ce soir
Passeras-tu me voir en rêve
Pour m’inspirer une nouvelle histoire
Et me promettre que notre séparation
N’est rien de plus qu’un au-revoir.

D’ici là
Puisse la lumière de tes yeux verts
Continuer, du ciel, à guider mes doigts.

Baba Baba Bagheera
Baba Bagheera

Baba Baba Bagheera
Baba Bagheera

(©)Chris Bellabas, 4 juin 2019

À vous, lecteurs et lectrices, lointains ou proches témoins de mon chagrin, merci pour l’infinie patience avec laquelle vous accueillez les sensibleries d’un trentenaire à l’émotivité de vieil homme. J’aurais aimé avoir le talent de Ferrat pour pouvoir composer une ode à la mesure de l’être extraordinaire qu’a été Bagheera, mais aucun de mes mots d’écrivaillon ne pourra jamais lui rendre justice.

Il m’est difficile de concevoir que pour moi la vie continue, que je rencontre chaque semaine de nouvelles personnes qui ne la connaîtront jamais alors qu’elle fut pendant si longtemps ma complice indissociable, la moitié de mon être, mon ombre. Mais entre autres choses, je lui dois la conscience qu’un amour véritable survit à la disparition physique de son objet, faisant mentir le dicton « loin des yeux, loin du cœur ». Durant ces douze mois où il m’a fallu apprendre à apprivoiser l’absence, j’ai compris que d’une certaine manière, tant que les gens qui l’ont connue, aimée, adorée, seront vivants, Bagheera ne disparaîtra jamais vraiment. Peut-être même verrez-vous parfois, pendant l’espace d’une seconde, poindre dans mes yeux de moirés et tendres reflets verts…

Merci pour votre lecture, prenez soin de vous et des êtres qui vous sont chers, qu’importe qu’ils soient humain ou animal.

Chris

 

2 commentaires sur “Chanson : Bagheera [ou l’hommage d’un écrivain à une muse et vieille compagne de vie]

Ajouter un commentaire

  1. C’est une superbe chanson que tu as écrite là et certains passages m’ont serré le cœur 😞 On peut tout de même lire et comprendre que tu as la force de tirer dans cette épreuve la puissance du lien qui vous unissait et qui vous unit toujours Bagheera et toi, ainsi que tout ce que cet amour sincère et sans superficialité aucune vous a donné ❤️
    Et ne dénigre pas ce texte car tu n’aurais pas du tout à en rougir devant Jean Ferrat car tu fais partie, comme lui, de ces êtres humains doués naturellement pour écrire des textes et par dessus tout, travailleurs dans ce domaine !

    Aimé par 1 personne

    1. Beaucoup d’auteur-e-s, mêmes connu-e-s pourraient rougir devant Ferrat ♥ Sa chanson pour Ouralou, son berger allemand qui a lui aussi partagé 15 ans de sa vie, est d’une tendresse poignante.

      Merci pour ta lecture, ton retour, et surtout, ta pensée pour ma belle Bagheera. Et dire qu’un jour peut-être, si l’Univers le veut, on se dira : « ça fait déjà 5 ans qu’elle est partie. » Puis « 10, 20, 40… ».

      Le temps passe vite, les êtres disparaissent encore plus vite, aimons-les de toutes nos forces et faisons-leur savoir tant que nous le pouvons.

      Je conclurais ce commentaire par un autre couplet de Ferrat (« Nul ne guérit de son enfance »), vers lequel vont toujours mes premières pensées chaque fois que je perds quelqu’un tragiquement :

      « Celui qui vient à disparaître
      Pourquoi l’a-t-on quitté des yeux ?
      On fait un signe à la fenêtre
      Sans savoir que c’est un adieu. »

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :