Chronique : Le Cycle de McGowein – Tome 1 : La Gardienne de Danarith [roman fantasy] – Yannick A.R. FRADIN – autoédition

Bonjour à toutes et tous,

J’ai eu le privilège de découvrir en service presse le premier roman de Yannick A.R. FRADIN, auteur dont l’imaginaire foisonnant et la plume poétique m’ont séduit il y a plus d’un an déjà par ses contes mythologiques mettant en scène kitsune, dragon et griffon dans Kainuchi et la Montagne des Fées, Le Seigneur noir de Lokarith et Gurifin et l’Ode à la lune.

Dans Le Cycle de McGowein : La Gardienne de Danarith, premier tome d’une pentalogie de fantasy (dont trois tomes sont déjà publiés), nous commençons par suivre les aventures de Léraline, habitante de la cité de Danarith. Mais Léraline n’est pas tout à fait une habitante comme les autres puisqu’elle fait partie des Gardiens, ces êtres chargés depuis des temps lointains de garder les Portails, douze portes condamnant l’accès à un monde de cauchemar. Or, un jour, le portail dont elle a la garde est détruit par un tremblement de terre aux origines mystérieuses. En examinant les dégâts, elle tombe nez-à-nez avec un guerrier hagard qui prétend sortir tout droit du monde infernal d’au-delà des portails, mais plus inquiétant encore, il semble qu’il ait été suivi… D’horribles créatures que Léraline n’avait jamais vues auparavant surgissent et les attaquent. À n’en pas douter, elles aussi viennent de l’autre monde et ont été libérées lors de la destruction du portail…

Avec ce tome ouvrant la pentalogie du Cycle de McGowein, Yannick A.R.Fradin nous enchante une fois de plus par son imagination féconde et sa maîtrise de l’art du récit. Malgré les quelques lenteurs de ce premier volume, l’intérêt pour les personnages et l’envie d’en savoir plus sur eux et leur monde finissent par nous happer et par ne plus nous lâcher jusqu’à sa conclusion, prémices d’une superbe aventure.

Yannick AR FRADIN festival du livre et de la BD
Yannick A.R. FRADIN au festival du livre et de la BD. Source :  site de l’auteur.

La Gardienne de Danarith : un premier tome qui se pose comme la fondation d’un vaste et riche univers fantasy

Je dois bien l’admettre, passé la scène d’action du début où Léraline inspecte les restes détruits du portail et découvre le guerrier McGowein qui donne son nom à la saga, puis l’arrivée de ce dernier au village, mon intérêt pour le récit a connu un ralentissement à cause du temps que l’histoire prenait pour se mettre en place.  La lecture m’était toujours plaisante et ne m’inspirait pas d’ennui ; à aucun moment je ne me suis demandé où l’auteur voulait en venir ou ne me suis senti perdu dans le récit et j’éprouvais toujours du plaisir à m’y replonger, mais il me manquait ce petit truc qui vous scotche à votre livre et vous rend impatient•e de connaître la suite. Puis à un moment (que je vous tais pour ne pas vous spoiler), les choses se sont décantées et l’effet addictif est apparu pour ne plus me quitter jusqu’à la fin du roman.

Ce qui a maintenu mon intérêt pour le récit tout au long du roman même lorsque j’aspirais à un peu plus d’aventures, c’est la plume intelligente de Yannick A. R. Fradin qui pallie au manque de frissons de ce premier tome par une présentation dynamique de son univers. Oui, je sais, tout cela semble contradictoire, mais l’un des principaux défis de l’écriture d’un roman de fantasy pour un•e auteur•e réside dans la manière d’en amener l’univers à la connaissance des lecteurs•trices de sorte que celleux-ci en saisissent bien les règles et les enjeux fondamentaux sans tomber dans l’écueil de l’encyclopédie, barbant au possible. Or, Yannick Fradin a trouvé le juste dosage en ne délivrant de son univers que les informations essentielles à la bonne compréhension du récit selon le vieux principe de la littérature « show, don’t tell » (pour celleux qui se demanderaient de quoi il s’agit, je vous renvoie à l’excellent article de Stéphane Arnier : Montrer plutôt que raconter). Pas de longues digressions sur la géographie du royaume de Dygallie ou son histoire, tout ce que nous apprenons, nous l’apprenons par les actions des personnages, lorsqu’ils interagissent avec l’environnement ou au détour de certains dialogues habilement menés qui dotent l’ensemble du récit d’une bonne fluidité. Les informations « techniques » sur les us et coutumes dans le village de Danarith sont souvent expliquées par les personnages eux-mêmes à McGowein qui est un étranger, ce qui permet aux lecteurs•trices de découvrir les habitudes de ses hôtes en même temps que lui. Aucun passage du récit n’est donc inutile : on a toujours l’impression de progresser dans l’histoire et notre découverte de l’univers.

Pour compléter l’immersion, les chapitres sont ponctués par les citations de personnages célèbres dans le monde de Léraline et nous laisse entrevoir un univers subtil et complexe dont nous devinons qu’il se dévoilera pleinement dans les prochains tomes. Il faut donc relativiser les lenteurs de ce premier volume qui, s’il porte bien sûr ses propres enjeux, sert surtout de livre d’exposition de l’univers et des personnages en concentrant essentiellement son action dans le village de Danarith dans une ambiance évoquant parfois celle d’un huit-clos au service de la psychologie des personnages.

Des personnages forts, variés et attachants

Si durant les premières pages, la gardienne Léraline semble l’héroïne de ce premier tome, on s’aperçoit vite que le personnage central de l’œuvre n’est nul autre que celui qui donne son nom au cycle : le guerrier McGowein qui suscite la méfiance de tous les autres personnages, soupçonneux sur ses intentions et son identité. En effet, McGowein a été retrouvé par la gardienne sur les ruines de l’ancien portail détruit, alors que faut-il en déduire ? Serait-il un démon échappé du monde des cauchemars ? Un sorcier ? Est-ce lui qui a détruit le portail ? Représente-t-il un danger pour le village ? Personne ne peut nier qu’il se comporte de façon intrigante et qu’il se produit d’étranges événements en sa présence… La gardienne Léraline finit par le croire lorsqu’il prétend n’être animé que de bonnes intentions et avoir erré pendant des années dans le monde horrifique de derrière le portail avant que celui-ci ne vole en éclat, mais la confiance des autres habitants n’est pas facile à obtenir… Le chef Kadored est déchiré entre le souci de protéger ses administrés et sa volonté de ne pas créer de panique générale, le militaire Aël, capitaine de la garde de Danarith, se méfie du guerrier dont il ne croit pas un traître mot de l’histoire qu’il a servi à la Gardienne. Quant à Octave, augure céleste de la cité, il se montre réservé vis-à-vis de cet étranger dont un soldat prétend l’avoir vu faire usage de sorcellerie pour tuer.

Tous ces notables se réunissent pour tenir un procès qui devra déterminer la responsabilité de McGowein dans la destruction du portail, mais aussi son niveau de dangerosité pour la cité. Mais derrière ce procès, on voit se dessiner pour chacun des personnages des enjeux qui dépassent le seul sort du guerrier. Sans portail à garder, la fonction de gardienne aura-t-elle encore une raison d’être ?

Quelles mesures le chef Kadored devra-t-il prendre pour assurer la sécurité des siens si un grand danger menace réellement le village ?

Le capitaine Aël est inquiet de la tournure que pourraient prendre les événements, mais aussi irrité que McGowein refuse de lui remettre son arme, la mystérieuse épée qui ne le quitte jamais (a-t-on déjà vu un accusé se présenter armé à son procès ?!).

Quant au jeune Octave, il doit prendre ses fonctions d’augure céleste plus tôt que prévu suite au décès brutal de son maître que McGowein est accusé d’avoir tué… Sera-t-il à la hauteur ?

Nous retrouvons aussi le goût pour le merveilleux de l’auteur avec la présence de la fée Méruline, petite compagne facétieuse de la gardienne dont j’ai apprécié les interventions piquantes et drôles.

Finalement, même si ce premier tome se déroule surtout des points de vue de Léraline et de McGowein, chaque personnage se trouve tour à tour sous le feu des projecteurs et jouit de son moment de gloire de façon à ce que chacun apporte sa pierre à l’édifice. L’auteur a su créer un récit équilibré et qui, quoi que manquant parfois d’un peu de sel, ne donne pas non plus une impression de stagnation. L’histoire avance en permanence et le style d’écriture, plaisant, rend la lecture agréable.

La fin de ce premier tome m’a laissé sur un sentiment d’excitation et de frustration, ce qui est plutôt bon signe car j’aurais volontiers poursuivi sans attendre mon aventure aux côtés de McGowein et Léraline vers des contrées plus sauvages ! La Gardienne de Danarith fait une excellente mise en bouche pour que les tomes suivants puissent dévoiler tout le potentiel d’un univers à n’en point douter riche en aventures et en magie.

Une saga à suivre de près donc !

Extrait

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L’aube s’évanouissait sous les assauts vigoureux du soleil levant. Les ombres glissaient toujours plus profondément dans les recoins du Rocher de Dargyl. Elles semblaient ramper comme des serpents nonchalants qui, tirés trop tôt de leur sommeil, peinaient à se mouvoir et comptaient profiter de la tiédeur naissante aussi longtemps que possible. On entendait les multiples crevasses et fissures tantôt bourdonner, tantôt siffler. Le vent, selon qu’il frappait la pierre de face ou en tourbillonnant, évoquait des rumeurs variées. Les rayons du soleil ruisselaient sur la surface rocheuse, telle une source de lumière infinie se dispersant dans toutes les directions. Au milieu de cet embrasement de la paroi, on pouvait apercevoir un intrus évoluer à un rythme très différent de la danse des éléments naturels. La silhouette brisait l’immobilité de la pierre de ses mouvements erratiques. À en juger par sa vitesse de progression vers le sommet, elle avait grand-peine à trouver des appuis et à se hisser.

La jeune femme s’arrêta quelques instants pour reprendre son souffle. Sa longue chevelure blonde lui gifla une nouvelle fois le visage. Elle manqua s’étouffer en inspirant presque autant de cheveux que d’air. Son ascension avait commencé à l’instant précis où les premiers rayons étaient venus frapper la falaise. Léraline pensait ainsi éviter les pires moments de réverbération et limiter les chances d’être éblouie dans son entreprise périlleuse. Cela faisait maintenant près de trois quarts d’heure qu’elle grimpait. Elle avait mal aux bras, au dos, et aux jambes. Le soleil commençait à sérieusement lui chauffer la nuque et les épaules. Il fallait qu’elle atteigne bientôt le sommet, ou elle aurait les mains en sang, des crampes, et des écorchures partout. Une série de bourrasques remonta la paroi, facilitant sa progression. Au prix de violents efforts, elle parvint finalement en haut. Essoufflée et échevelée, la jeune femme se hissa sur le Plateau de Dargyl et s’y affaissa. Elle passa de longues minutes à essayer de reprendre son souffle. Quand enfin son rythme cardiaque redevint normal, elle roula sur le côté et se redressa juste assez pour s’asseoir. Léraline entreprit de fourrager dans sa gibecière pour y attraper à boire et à manger, puis décrocha la lourde épée qu’elle portait à la ceinture. Sa cape brodée lui servit de coussin de fortune. Elle resta ainsi un long moment à profiter de la vue, du vent et de la chaleur désormais agréable sur sa peau.

Le Rocher de Dargyl était l’un des blocs de granit les plus imposants du Massif d’Autremont. Il faisait partie de ces lieux qui émerveillent les sens. En particulier la vue et l’ouïe. Mais le plus grand massif du comté d’Abertinte pouvait aussi devenir synonyme d’horreur et d’angoisse. Par mauvais temps, il prenait des aspects peu engageants. Des formes fantastiques apparaissaient de-ci de-là aux personnes superstitieuses ou impressionnables. Jadis, on appelait le comté d’Abertinte Ambreteinte, en l’honneur des couleurs chatoyantes et ambrées que le soleil peignait un peu partout sur les reliefs rocheux. Nombreux étaient les Abertiniens et les Abertiniennes qui ignoraient l’origine du nom de leur comté. De vastes forêts habillaient les versants sauvages. Des conifères aux allures variées s’élançaient à l’assaut du ciel, comme en compétition perpétuelle pour désigner celui qui parviendrait à monter plus haut que les autres. Toute la vallée de Dargyl s’étendait sous les yeux de Léraline. Elle ressentit une certaine sensation de puissance à se trouver ainsi au-dessus de tout et resta un long moment à observer l’ondulation des branches sous les caresses du vent. Ses sens grisés revinrent progressivement à la réalité, alors que l’énergie affluait de nouveau dans son corps rassasié. Elle avala une dernière bouchée de pain au miel et but de grandes gorgées d’eau. Remplie quelques heures plus tôt au village de Danarith, son outre était déjà à moitié vide. Elle se leva et tenta de repérer son village natal en se rapprochant du bord. Cela fut impossible, car de multiples reliefs rocheux de tailles et de formes diverses se trouvaient sur le chemin et bouchaient la vue. Le bourg se révéla indécelable depuis le sommet. La jeune femme aurait bien voulu l’apercevoir ne fût-ce qu’un instant, mais elle comprenait aussi que cette invisibilité latente représentait une certaine garantie de sécurité. Ce qu’on ne voit pas n’attire pas. Ce dont on ignore la présence, voire l’existence, jouit d’une relative tranquillité.

Danarith était un village montagnard de taille moyenne et très reculé. Camouflé au sein de la forêt du même nom, il se trouvait à peu près à mi-hauteur entre la plaine de Lormyl et le Rocher de Dargyl.

___________

Fin de l’extrait

Rencontre avec Yannick Fradin Romancier et Novelliste de l'imaginaire
Pour lire l’interview de Yannick Fradin, vous pouvez vous rendre sur mon article Rencontre avec Yannick A.R. Fradin, romancier et nouvelliste de l’imaginaire.

Merci à Yannick A.R. FRADIN pour sa confiance (et sa patience) pour la réalisation de cette chronique et pour l’agréable moment de lecture qu’il m’a offert.

@ bientôt pour de nouvelles chroniques littéraires !

Chris

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