Défi 30 jours d’écriture, jour 1 : raconter la vie d’une pomme

Mars est décidément le mois des défis créatifs ! Outre id2mars qui a sonné hier son coup d’envoi, un défi d’écriture créé par l’écrivaine et blogueuse Madame Kea Ring se déroulera également ce mois-ci. Elle le présente dans cet article.

En découvrant cette idée, je ne pouvais réagir autrement qu’en retroussant mes manches et en saisissant ma plume (enfin, mon clavier d’ordinateur).

Me voici donc, ce premier jour de mars 2020, à m’installer derrière mon écran pour vous raconter… l’histoire d’une pomme !

Carpocapse maudit

Blottie dans le feuillage dense
D’un pommier luxuriant,
Suspendue à ma branche,
Je me balance en écoutant les conversations
Que mes sœurs échangent au gré du vent.

Elles prétendent que bientôt
L’on viendra nous cueillir,
Nous ravir à notre père pommier et à ses frères
Qui forment l’immense verger
Dans lequel nous sommes nées.

Nos ravisseurs cependant
Seront nos bienfaiteurs.
Ils nous emmèneront vers un ailleurs empli de lumière
Où des mains languissantes
Caresseront nos corps
Rendront culte à nos jolies formes rondes
Amoureuses de notre peau lisse et parfaite,
Et chanteront à longueur d’automne les louanges
De notre belle teinte vermeille.

Vite, vite ! Qu’il arrive ce beau moment !

Mon corps gonfle d’importance
En absorbant la lumière du jour
Chaud et doré message d’amour.
La tendresse du soleil
Parchemine ma peau des belles couleurs
Qui me vaudront l’admiration de nos sauveurs.

Soudain,
Une ombre me cache les rayons généreux.
Un papillon se pose sur ma chair.
Je frémis sous les chatouilles de ses pattes pubescentes
Et les dessins sous son ventre
D’horreur, me font frissonner.
Un carpocapse !
L’insecte honni des arbres fruitiers,
Le Grand Dévoreur, le Ravageur
L’ennemi juré des poiriers et pommiers !

Alerte rouge, mes sœurs !
L’ennemi est là
L’ennemi est ici
Il me tient à sa merci !

Je m’agite et j’hurle à ma façon
En silence, sans un bruit
Mais mes sœurs restent sourdes à mes cris.

Jusqu’au crépuscule, l’insecte maudit
Squatte impunément mes joues rebondies.
Je me fige d’effroi chaque fois que je le sens remuer
Mais ma peur explose lorsqu’il dépose
Sur ma chair rouge, une grappe d’œufs
Puis son méfait accompli, disparaît dans la nuit.

Je me lamente et gémis
Je sens que cette progéniture
Confié à ma nourrice
Me causera bientôt des soucis.

Quinze jours ont passé
Les larves du carpocapse ont éclos.
Toutes se sont hâtées d’escalader le pommier
Sauf une.
Celle-là à élu domicile dans mon corps
Elle me démange, me pique, me dévore
Et moi, impuissante
Je suis condamnée à assister à la lente dégradation
De ma chair tendre et juteuse sous ses dents.

Nombre de mes sœurs souffrent autour de moi
Infectées elles aussi.
Peu sont celles qui
Dans mon arbre, ont été épargnées par le fléau venu du ciel.
Celles-ci se terrent terrorisées dans les feuillages
Trop occupées à protéger leur vie pour compatir à notre nonchalant supplice.
Nous voilà condamnées à servir d’abris et de garde-mangers
A des enfants qu’aucune de nous n’a désirés.

En dedans moi, la larve grandit.
Elle grossit de jour en jour.
Je sens son corps rampant
En moi, creuser de languides galeries
Et sa morsure m’est un poignard
Qui suce ma vie.
Je m’indigne, me révolte, l’insulte,
Mais je ne peux l’accuser de sadisme
Cette machine à dévorer, sans foi ni âme
N’entend sincèrement rien à mes cris.

Les semaines passent et,
Vaillante, je résiste mais faiblis aussi,
Mes couleurs pâlissent.
Le mal qui me ronge poursuit sa conquête inexorable.
La réalité que
Jusqu’à présent, je refusais de concevoir
M’apparaît désormais comme une évidence :
Je mourrais en donnant naissance
À cet enfant immonde.

La larve a bien grandi.
Elle a triplé de volume
Et possède désormais deux ailes soigneusement repliées
Que je sens m’effleurer à chaque fois qu’elle bouge.
Elle s’agite.
Son monstrueux appétit la pousse
Vers le seul endroit préservé de son avidité :
La loge où se niche
Le double cœur battant de mes pépins.

Non ! Ne fais pas ça… Non…
Je peine à trouver la force de protester
Mais la bête rampante n’est obsédée
Que par l’achèvement de sa patiente et destructrice évolution.
Elle se démène pour atteindre mon cœur.

Il explose ! À l’aide ! À moi ! Je meurs !
La larve gourmande dévore mes pépins
Et doucement, je m’éteins.
Mes belles couleurs rouges carmines
Se ternissent et se gâtent.
Ma peau se flétrit,
Devient véreuse.
De ma chair pourrie
Émanent des exhalaisons doucereuses.

Dans mon corps abîmé
Mon esprit peine à se maintenir.
Ses lambeaux pendent sinistrement
À un fil de chair putréfié.

Puis vient le jour fatidique.
La larve au terme de son développement
Se fraye un chemin
Pour s’extraire de ma chair morte.
Ses dents cruelles percent ma peau,
Mais je sens à peine leur piqûre,
Les ténèbres ont commencé à descendre sur moi.

Mon ennemi mortel frémit de contentement
Sous la caresse du traître soleil.
Il s’élance hors de moi, déploie ses ailes
Et s’élève vers le ciel à l’instant où mon pédoncule se rompt
Et je chois.

Je ne verrais jamais l’Eden promis.
De la lumière blanche et des contacts alanguis
Des paradis humains artificiels,
Mes sœurs, profitez pour moi.

Carpocapse
Carpocapse. Source

Merci de m’avoir lu ! J’invite les auteur-e-s qui le souhaitent à participer également à ce défi d’écriture et à signaler leurs participations sur le blog de Kea Ring.

À demain pour le deuxième défi d’écriture.

Chris

PS : l’image « Défi 30 jours d’écriture » à la une de cet article appartient à Kea Ring.

PS bis : Vous pouvez découvrir d’autres histoires de ma plume ici, ici ou encore ici.

6 commentaires sur “Défi 30 jours d’écriture, jour 1 : raconter la vie d’une pomme

Ajouter un commentaire

  1. J’aime beaucoup ce texte ! C’est une histoire poétique, avec de jolies références. ^^

    (Par contre, j’ai la musique de « Julie, la petite olive » des Wriggles en tête, maintenant. Cherche pas ! xD)

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ta lecture et ton retour !

      C’est marrant que le texte t’ait fait penser à cette chanson des Wriggles car j’ai passé toute la rédaction à la chantonner xD

      Inconsciemment, elle m’a peut-être inspiré… Les voies de la créativité… 😉

      Aimé par 1 personne

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