Aventure JdR : Le Chant de l’Horizon – épisode 2, partie 2/2 : Qui joue avec le feu risque la brûlure

Voici la deuxième et dernière partie de l’épisode 2 des aventures de Ned, le mage humain que j’incarne dans une partie de JdR.

Vous pouvez retrouver les épisodes précédents ici :

TW : attention, cet épisode comporte des passages sexuels (viol) explicites. Ned n’est pas un personnage safe du tout. Autant l’apprendre maintenant.

Temps de lecture estimé : 17 minutes

fire hand

Des bruits sourds retentirent près de ses oreilles, mais ils furent moins à l’origine de son réveil que les vibrations du sol. Ned ouvrit les yeux et vit Neige, dos à lui, fourailler dans l’âtre éteint à l’aide d’une longe tige de métal pour réanimer les braises expirantes de la veille.

« Bonjour », lança-t-il, l’esprit encore somnolent.

Il se redressa dans ses couvertures, se frotta les yeux. Tzeenth, que la nuit lui avait semblé courte ! Il avait l’impression qu’il venait juste de fermer les yeux.

Quand Neige se retourna, il comprit à ses traits tirés et aux poches de fatigue sous ses paupières qu’il n’était pas le seul pour qui la nuit avait été courte.

« Bien dormi ? Demanda-t-il, même s’il se doutait de la réponse.

– J’ai passé la nuit à faire des cauchemars étranges. Des créatures sans corps ni visage attaquaient le hameau.

– Étrange, en effet, mais il ne faut pas chercher d’explications à tous les songes.

– Ce qui me trouble à vrai dire, c’est que ce rêve se répète depuis plusieurs semaines. Or, la plupart des rêves que je fais de manière récurrente se réalisent. Mais c’est idiot. Personne n’a d’intérêt à venir attaquer le hameau. »

Grips surgit, la mine encore plus vannée que sa femme. À présent qu’il s’était reposé, Ned sentait sa libido revenir frapper à la porte et il fit de son mieux pour éviter de regarder dans la direction de celui qui en allumait la flamme.

Tandis qu’ils petit-déjeunaient d’œufs brouillés – que Neige avait laissé brûlés en discutant avec Ned, Grips dit :

« Tu veux aller en ville, mon gars, c’est bien ça ? Je m’y rends dans deux jours. Tu peux rester ici si tu continues à m’aider dans la clairière, et tu m’accompagneras quand j’irai vendre le bois sur le marché. Ainsi, nous pourrons cheminer ensemble et nous tenir encore un peu compagnie. »

Évidemment, Grips ne se représentait pas la torture que cela occasionnerait pour Ned de le côtoyer d’aussi près pendant trois jours sans pouvoir assouvir les appétits primitifs qu’il éveillait en lui. Il se savait toutefois capable de les endurer et accepta la proposition, ne serait-ce que parce que le citadin sociable qu’il était souffrait de sa nouvelle condition d’exilé. La solitude de son voyage, bien éloignée de la vie d’insouciance et de fêtes qu’il menait à Telbäntir où réussir ses études de magie constituait sa principale inquiétude, lui pesait et il ne pouvait refuser un peu de compagnie.

Grips et lui se firent remettre par Neige leur déjeuner soigneusement empaqueté puis prirent la direction de la clairière en traînant derrière eux les charrettes vides.

En arrivant sur place, ils découvrirent avec surprise que trois personnes s’y trouvaient déjà. Ned reconnut le vaurien crasseux et dépenaillé de la veille, celui qui lui avait craché dessus après qu’il l’ait provoqué. Il se tenait debout entre deux garçons manifestement plus âgés et beaucoup plus épais que lui.

Les lèvres du garçon s’étirèrent en un sourire malfaisant lorsqu’il identifia Ned à son tour.

« Oh, c’est toi, lança-t-il sans même accorder un regard à Grips. Tu tombes bien. Avec mes deux amis, nous étions justement à ta recherche. Je leur ai raconté ton histoire de magicien, ils n’y croient pas non plus. Ils veulent que tu leur montres ton bâton.

– Qu’est-ce que cela peut vous fiche que je sois réellement magicien ? Lança Ned sans aménité.

– On aime pas les menteurs. On veut vérifier que t’en es pas un.

– Mais pour qui te prends-tu, menuaille ? Ricana Ned. Tu crois sincèrement que je vais gentiment vous laisser me détrousser ? Grips, excuse-moi un instant, je m’occupe de ces messieurs et je suis à toi… »

Le même genre de lueur que celle qui brillait dans les yeux d’un chat qui repère un rongeur s’était allumée dans les yeux de Ned.

« Fais donc », dit Grips en jetant aux trois canailles un regard méfiant.

Ned vit les deux brutes s’élancer vers eux sur un signal de Voyou crasseux.

Il sentit la magie s’éveiller en lui et se déployer dans ses vaisseaux comme le feu d’un dragon. Il brandit son bâton et deux sphères incandescentes fusèrent en direction des assaillants. L’expression de Voyou vira de la suffisance arrogante à la terreur la plus totale à l’instant où les flammes volantes embrasèrent leurs habits comme des torches et les arrêtèrent net dans leur élan.

Les deux garçons poussaient des hurlements d’extrême souffrance, parfaites répliques des damnés plongés dans la tourmente de l’Enfer. Ils tombèrent au sol alors que la morsure du feu fondait les fibres textiles de leurs vêtements dans leurs chairs. Ned contemplait avec une euphorie sauvage leurs corps se consumer comme du bois sec dans le flamboiement de ses flammes magiques. Le plaisir de la domination le rendait fébrile. Avoir le dessus sur un adversaire lui avait toujours procuré d’authentiques et sadiques frissons.

Son regard passa au-dessus des deux corps agonisants qui brûlaient par terre pour fixer Voyou. Le garçon restait tétanisé par le spectacle de ses deux compagnons martyrs. Un sourire venimeux tira les lèvres de Ned tandis qu’il amorçait un pas dans sa direction. Le mouvement arracha Voyou à son atonie. Il tourna vers lui un regard de terreur pure en levant les mains devant lui pour montrer qu’il se rendait.

« D’accord, je te crois ! Tu es un grand mage ! Ne me tue pas ! S’il te plaît, ne me tue pas !

– Oh, mais c’est trop facile ça, mon grand. Tu me suis, tu exiges que je te donne mon bâton, tu envoies tes deux imbéciles de copains pour me passer à tabac, et tu aimerais que je t’épargne ? Tu crois vraiment qu’une vermine telle que toi mérite mon indulgence ? »

Voyou reculait alors que Ned continuait à avancer vers lui. Comme chaque fois qu’il tenait quelqu’un en son pouvoir, Ned jubilait. Comme ce petit vaurien devait regretter son entêtement à lui chercher noise à présent. Il avait joui de chance lors de leur première rencontre, mais ici, Ned pouvait laisser libre cours à ses pulsions meurtrières sans craindre de représailles. Il espérait juste que Grips ne prendrait pas peur de lui après avoir assisté à ça.

Remarquant que le regard épouvanté du garçon demeurait rivé à son bâton, Ned l’agita dans sa direction et éclata de rire en voyant l’autre faire aussitôt volte-face et s’enfuir à toutes jambes.

Rien ne sert de courir, mon mignon, je te mangerai tout de même à point

Un éclair illumina la forêt en fondant sur le dos de Voyou. Il s’effondra dans un cri de souffrance.

Sans se presser, Ned vint se placer au niveau du corps de sa victime. Le garçon vivait toujours parce qu’il l’avait voulu ainsi. Une idée délicieuse venait de s’emparer de son esprit.

« Eh bien, mon chat, on dirait que tu as ravalé ta belle arrogance, le railla Ned en le voyant peiner à reprendre sa respiration face contre terre. Tu as une corde, Grips ?

– Une corde ? Répéta Grips qui avait semblait-il était plus captivé par le combat qu’effrayé. Je peux aller te chercher ça. Attends-moi ici.

– Oh, je ne risque pas de bouger… », dit Ned, trop bas cependant pour que son compagnon l’entende.

Il savait qu’il ne tuerait pas le garçon – même s’il allait s’amuser à le lui faire croire quelques heures. En revanche, il allait se servir de lui pour assouvir l’appétit sexuel qui le taraudait depuis des jours. Si Voyou coopérait, Ned le laisserait partir lorsqu’il s’estimerait satisfait, mais s’il n’y mettait pas de la bonne volonté, il le prendrait de force et probablement le tuerait-il. Ce marché lui paraissait équitable après ce qui s’était produit.

Ned attacha les mains de Voyou ensemble avant de le ligoter à un arbre.

« Qu’est-ce que tu comptes faire de moi ? gémit le garçon.

– Je ne parviens pas à me décider, les idées fourmillent, répondit Ned avec un sourire vicieux. Peut-être que je te laisserai à une meute de bêtes sauvages pour qu’elles fassent de toi leur dîner. Et en plus, je leur livrerai la viande délicatement grillée. »

Il caressa son bâton de la main qui ne le tenait pas. Ned aurait éclaté de rire en voyant le visage de Voyou se décomposer un peu plus qu’il ne l’était déjà s’il n’avait pas voulu conserver son rôle de mage sadique.

Il reprit la parole d’une voix doucereuse :

« Ne t’en fais pas, contrairement à tes deux amis tu auras le temps de réciter une prière. Je sais maîtriser l’intensité des flammes. »

Sur un dernier sourire venimeux, Ned se détourna pour s’en aller poser son bâton et récupérer ses outils de la veille.

La perspective des plaisirs qu’il obtiendrait du garçon évinça les fantasmes que son désir se fabriquait sur Grips. Il travailla toute la journée dans la bonne humeur, jetant de temps à autre des sourires malsains à son prisonnier pour le seul plaisir de le faire monter en pression.

Le soleil avait presque disparu derrière le versant de lointaines montagnes lorsque Grips l’interpella.

« On arrête pour aujourd’hui, Ned. Que vas-tu faire de lui ?

Le bûcheron jeta un bref coup d’œil à Voyou dont les couleurs avaient continué à s’estomper au fil des heures. Son visage revêtait désormais un joli teint livide qu’un vampire n’aurait pas renié.

– Si cela ne t’ennuie pas, Grips, je vais prendre un peu de temps pour m’en occuper.

– Je comprends, règle tes affaires. Je prends l’une des charrettes, n’oublie pas de ramener l’autre quand tu rentreras. À tout à l’heure. »

Ned alla déposer ses outils dans la seconde charrette et récupéra son bâton sans se presser le temps que Grips et son chargement s’éloignent, puis il se dirigea vers le jeune homme attaché à l’arbre. La terreur de l’expression de Voyou amplifia en le voyant approcher. Ses lèvres tremblaient, trahissant un état au bord des larmes.

« Me tue pas… S’il te plaît… »

La supplication dans sa voix durcit son sexe. Ils se trouvaient cependant trop près du hameau de Grips, et le garçon était trop sale pour que Ned puisse laisser libre cours à son désir. Il devinait à l’odeur d’excréments que l’extrême tension dans laquelle il l’avait laissé mariner toute la journée avait eu raison de son sphincter. Il allait falloir pousser Voyou à se faire un brin de toilette avant de pouvoir le toucher.

« Ah, qu’il est fier notre grand bandit, ricana Ned. Est-ce qu’il y a une rivière dans le coin ?

– Pardon ?

– Une ri-viè-re, répéta Ned en détachant les syllabes comme s’il parlait à un idiot. Est-ce qu’il y en a une près d’ici ?

– Euh, oui…, répondit Voyou interloqué.

– Parfait, tu vas m’y conduire. Si tu es sage, je te laisserai partir.

Le visage du garçon s’illumina. Sans doute croyait-il que Ned décidait de passer l’éponge sur ses actions contre une simple prestation de guide.

Ned le détacha et Voyou se redressa en chancelant. Ned lui sourit plus gentiment qu’il ne l’avait fait de toute la journée. Il obtint un regard apeuré en réponse avant de voir le garçon lui tourner le dos et s’engager docilement sur un sentier forestier. Il lui emboîta le pas, prêt à lui envoyer un cuisant sortilège au moindre écart. Pourvu que le garçon ne tente rien de stupide sur le chemin. Ned regretterait de devoir sévir au risque de l’abîmer avant d’avoir pu en profiter.

Voyou, cependant, certainement persuadé de sa proche libération ou simplement terrifié par le bâton que Ned gardait nonchalamment pointé sur son dos, fit preuve d’une remarquable discipline. Ils arrivèrent à destination moins d’une quinzaine de minutes après avoir quitté la clairière.

Devant la rivière, Voyou se tourna vers Ned, le visage plein d’espoir.

– Déshabille-toi et entre dans l’eau, lui ordonna-t-il, laconique. Tu as besoin d’un bon bain.

– C’est tout ? Vous voulez que j’aille dans la rivière ?

– Entre dans l’eau et lave-toi.

La perplexité disputait l’expression de Voyou à la peur, mais il obéit. En retrait sur la berge, Ned l’observa se laver avec des gestes pleins de maladresse et de gêne. Le courant cachait la nudité de sa proie, mais ce que l’eau pure révélait de son corps en le libérant de la couche de crasse qui le recouvrait faisait monter sa faim. Ned sentait l’insecte s’agiter en lui. Prise de frissons d’impatience, la créature entamait sa mue en un prédateur autrement plus agressif. D’un coléoptère remuant mais relativement inoffensif, elle se transformait en un farouche serpent qui rampait dans ses entrailles.

Ned lutta pour maîtriser le désir bouillant. L’impulsivité lui réussissait rarement et le serpent savourerait davantage sa victoire si le garçon se donnait volontairement. Viande chaude valait toujours mieux que viande froide.

Au bout d’un moment, le garçon dont le malaise devenait de plus en plus palpable lui demanda :

– Je peux sortir de l’eau maintenant ?

– Viens, répondit Ned que son propre appétit sexuel dévorait derrière la façade calme qu’il présentait.

Lorsque Voyou émergea de la rivière, Ned comprit qu’il ne s’était pas trompé sur son compte lors de leur première rencontre. Débarrassé de la saleté qui l’enlaidissait, il révélait un superbe corps fait de muscles graciles comme ceux d’un cervidé et d’un minois qui auraient pâmé nombre de demoiselles et d’hommes que Ned connaissait.

« Je peux partir maintenant ? » demanda Voyou qui grelottait de froid.

Ned franchit les quelques pas qui les séparaient pour s’arrêter à longueur de bras du garçon. Ce dernier le regarda approcher avec méfiance, mais n’amorça aucun geste pour fuir. Alors Ned lui adressa un sourire avide à l’accent carnassier, puis le reluqua avec insistance en laissant son regard s’attarder sur ses parties génitales et ses cuisses. S’il n’était pas stupide, Voyou comprendrait de lui-même ce qu’il voulait. Mais il répéta :

« Je peux partir ? »

La proximité de sa proie électrisa le serpent. Il se redressa de toute sa furieuse voracité dans le ventre de Ned et frappa.

Ned se saisit du garçon et plaqua brutalement ses lèvres sur les siennes. Toute velléité d’une approche en douceur s’évanouissait dans l’appétit du reptile qui sifflait dans son ventre. Les lumières de la raison s’éteignaient pour ne laisser place qu’à un corps dominé par la recherche du plaisir.

Voyou se déroba à son étreinte comme s’il venait réellement de se faire piquer par un serpent.

« Espèce de porc ! » s’exclama-t-il avec répugnance en repoussant Ned.

Un premier coup de poing le cueillit à la tempe et le garçon se jeta sur lui. Sonné et furieux, Ned agrippa son adversaire pour l’entraîner dans sa chute. Ils tombèrent tous les deux et roulèrent sur le sol humide de la berge où ils luttèrent comme deux fauves. Mais Voyou, tout nu qu’il était, avait le dessus dans le sens littéral du terme. Chevauchant Ned, hélas pas de la manière dont celui-ci l’aurait souhaité, il frappait en essayant de l’atteindre au visage. La haine qui brûlait dans ses yeux l’aurait certainement effrayé si lui-même n’avait été aussi enragé de cette résistance inopportune. Les doigts de sa main droite étaient restés agrippés à son bâton comme ceux d’un marin tombé à la mer à une planche de bois flottant. Il savait que le garçon frappait pour tuer, aussi n’eut-il aucune hésitation à orienter la tête de son bâton vers sa victime devenue agresseur.

Un puissant éclair déchira l’obscurité des bois et Voyou s’effondra sur son torse, le plexius solaire perforé par le sortilège.

Ned prit quelques instants pour récupérer son souffle, puis poussa mollement le corps inerte pour se redresser en position assise.

Le choc à la tête le laissait si désorienté qu’il n’était même plus furieux. À vrai dire, à présent que le monstre en lui s’apaisait avec le sang de son adversaire, Ned songeait qu’il aurait cent fois mérité de mourir dans ce combat. Comment avait-il pu se laisser désarçonner aussi facilement par ce gamin ? Il avait failli trépasser juste pour un peu de sexe ! Et pour finalement se trouver bredouille. Pourquoi ne s’en était-il pas tenu à son idée première ? Négocier d’abord, user de la force ensuite. Maintenant qu’il était mort, le garçon ne l’intéressait plus, et lui se trouvait blessé, nauséeux et le visage ensanglanté de nuit dans un endroit inconnu. Trop confiant en sa domination, il avait sous estimé la force du corps jeune et vigoureux fouetté par l’adrénaline auquel il s’en prenait. Ned n’avait pas non plus l’habitude de rencontrer des résistances dans le domaine amoureux ou charnel. À Telbäntir où l’aisance financière de sa famille séduisait autant que ses jeunes traits charmants, quantité de beaux garçons se portaient volontaires pour exaucer le moindre de ses ordres.

Le serpent dans son ventre sifflait de frustration. Ned tâcha de l’ignorer et se força à se remettre debout. Il avança péniblement jusqu’à la rivière et se laissa tomber devant l’eau. Il plongea ses mains dans l’élément liquide et les passa sur son visage pour nettoyer le sang qui dégoulinait le long de sa tempe.

Il sursauta quand une voix perçante s’éleva devant lui :

« Assez ! Assez de sang dans l’eau ! »

Le visage courroucé d’une charmante jeune femme émergeait de la rivière. Ned perçut intuitivement qu’il s’agissait d’une naïade à cause de l’aura énergétique fraîche et pétulante qu’elle dégageait.

Comme il désirait peu se colleter une naïade en colère en plus du reste, il opta pour une réponse polie :

« Désolé, mais je ne peux pas rester avec tout ce sang sur le visage. »

« Si ce n’est que ça qui vous dérange, laissez-moi faire. »

Avant qu’il n’ait pu répondre, un jet d’eau s’arracha à la surface de la rivière comme un serpent se dressant dans les herbes et le doucha. Le haut de sa cape était trempé à présent et Ned se retrouva à grelotter comme l’autre crétin qui gisait à terre.

« Merci », dit-il en serrant les dents de dépit.

La naïade tenta de lui faire la conversation pour le retenir auprès d’elle, mais il prit congé. La frustration continuait à lui tendre le bas ventre, il se sentait toujours nauséeux suite à son coup à la tête et il devait encore retrouver le chemin de la maison de Grips.

Ned repartit d’où ils étaient arrivés en jetant un regard de regret au cadavre du garçon.

Crétin. Tu aurais mieux fait de te laisser faire.

Évidemment, tout n’était qu’une question de point de vue… Mais Ned jugeait que du sexe, fût-il pas tout à fait consenti, valait toujours mieux que la mort. Dommage.

Plus regrettable encore fut toutefois l’incapacité de Ned à retrouver le chemin que le garçon lui avait fait emprunter pour venir. Il trouvait qu’il marchait depuis trop longtemps quand il se rendit compte qu’il ne reconnaissait vraiment rien du décor qui l’entourait. À part ce chêne à sa droite avec ses deux bourrelets d’écorce qu’il croisait pour la deuxième fois. Comment faire ? Attendre le jour ne lui serait d’aucune utilité s’il s’était trop éloigné de la clairière en la cherchant de nuit. Il pourrait errer des semaines dans la forêt sans jamais retrouver le logis de Grips et Neige. Ceux-ci n’avaient par ailleurs aucune raison de partir à sa recherche, ils penseraient certainement qu’il était parti de lui-même après avoir liquidé le type.

Ned n’avait pas d’autres choix que de poursuivre ses efforts pour rentrer. Mais plus il cherchait son chemin, plus il s’enfonçait dans la forêt noire comme l’intérieur d’un puits et il se demanda quel esprit farceur pouvait ainsi se jouer de lui lorsqu’il sentit une présence qui l’observait, dissimulée à son regard par les ténèbres.

Au départ, Ned ne s’en inquiéta pas vraiment. Elle ne dégageait pas d’ondes particulièrement menaçante et la chaleur surnaturelle de son bâton dans sa main droite le rassurait. Toutefois, il s’aperçut que plus les minutes s’égrainaient, plus les ombres se resserraient autour de lui et plus la présence qui le suivait devenait écrasante. L’angoisse tomba lentement sur lui, jusqu’à enserrer son cœur dans ses griffes. Ned se refusa à courir, mais ses jambes et son esprit le suppliaient de céder à leurs cris d’alarmes. Ils lui hurlaient de se sauver, de courir pour fuir le danger qui le talonnait, tapi dans l’ombre, prêt à se jeter sur lui pour le déchirer.

Il mobilisa tout le sang froid dont il était capable pour conserver un rythme de marche rapide mais non paniqué pour ne pas montrer sa peur à la chose qui le suivait. Elle allait peut-être finir par se lasser…

Doux rêve. Non seulement elle persistait à le suivre, mais rendait sa présence de plus en plus oppressante. Excédé, il finit par se retourner pour faire face aux ténèbres :

« Qui est là ? » lança-t-il avec colère à la forêt.

Aucune réponse ne lui parvint.

Ce n’est pas possible, une divinité se joue de moi… Ou alors c’est le coup que j’ai pris à la tête. Mon cerveau est en train de disjoncter.

Mais il y avait bien quelque chose. Ses sens de mage l’avertissaient d’une présence surnaturelle.

Il avait menacé, il se retrouvait menacé. Il avait imposé sa volonté à quelqu’un, et maintenant quelqu’un lui imposait la sienne. Ned avait rarement subi un si prompt retour de karma. S’agissait-il aussi d’un démon violeur ? Est-ce qu’on allait lui faire subir ce qu’il avait tenté d’infliger au mort gisant au bord de la rivière ?

Le rire qui s’éleva, guttural, pas tout à fait de ce monde, lui glaça le sang dans les veines.

Il avait terrifié le garçon, à présent, c’était lui qui était terrifié.

« Qui que tu sois, je sais que tu es là, lança-t-il avec le courage du chien acculé qui se résigne à mordre. Que me veux-tu ? Parle ! »

À nouveau, ce rire horrifiant, puis enfin, quelques mots prononcés d’une voix de gorge :

« Ton âme. »

Des banderoles de brouillard se rassemblèrent et formèrent une silhouette humaine mouvante sans visage. Ned ignorait la nature de l’apparition, mais sa journée de travail physique et la tension de la soirée l’avaient vidé de son énergie. Il sentait qu’un peu de magie crépitait encore dans ses veines, mais ignorait si elle suffirait à venir à bout de cette chose. Il se résolut donc à négocier.

« J’aimerais tout de même la garder encore un peu. Il y a sans doute autre chose que je puisse t’offrir…

L’entité sembla réfléchir, puis dit :

– Peut-être… Il y a au fond de ces bois un temple dans lequel se trouve une relique qui m’intéresse. Je ne peux y entrer…

– Très bien, j’irai la chercher pour toi à condition que tu me laisses en paix ensuite. »

Il faisait peut-être une bêtise en acceptant de suivre cette créature, mais s’estimait sans autre choix sur l’instant. Il n’avait ni l’énergie de la combattre ni celle de la fuir.

Il lui emboîta le pas dans le silence de la forêt. Il se demandait si cette journée connaîtrait une fin et s’il aurait la chance de voir la prochaine lorsque la créature se volatilisa devant lui. Les colonnes d’un temple en ruines apparurent dans la végétation.

« C’est ici, fit la créature de nouveau invisible. Descends et rapporte-moi le candélabre… »

Ned sonda les alentours d’un regard méfiant, de peur qu’elle ne se prépare à lui bondir dessus, puis jeta un coup d’œil à l’intérieur du gouffre noir. Les escaliers semblaient s’enfoncer profondément sous terre. Si le choix n’avait tenu qu’à lui, jamais il ne se serait aventuré dans ce piège. Tous les mages savaient que les temples cachaient de sinistres mystères qui protégeaient de fabuleux trésors, mais la présence de l’Autre dans son dos le décida. Entrer là-dedans valait peut-être le coup au moins pour lui échapper quelques heures, se reposer et réfléchir à ce qu’il convenait de faire. Ned n’était guère enthousiaste à l’idée d’affronter des périls inconnus pour aider un démon, mais risquer la colère de ce même démon en cherchant à l’entourlouper ne lui semblait pas constituer une meilleure option.

Il posa un pied sur la première marche de l’escalier qui descendait dans le cœur du temple, dans les ténèbres.

Naiaide le chant de l'horizon
Megan Fox dans Jennifer’s Body (2009) fait plutôt une belle naïade, non ? Source.

Merci pour votre lecture ! Votre intérêt est fortement apprécié =)

Les aventures de Ned se poursuivront après la publication du prochain chapitre de ma fanfiction Le Procès Malefoy.

D’ici là, vous pouvez :

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🖋 Lire mes billets autour de réflexions que j’ai pu me faire sur l’écriture.

@ bientôt quelque part,

Chris

 

 

 

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