Rencontre avec Yannick A.R. Fradin, romancier et nouvelliste de l’imaginaire

Bonjour à tou•te•s !

Nouveau mois, nouvelle interview ! Aujourd’hui, partons à la rencontre de Yannick A.R. FRADIN, auteur prometteur dont l’univers mythologique et fantastique m’a séduit dès la première lecture.

Je vous laisse découvrir ses projets passionnants, son organisation quasi-militaire, et glaner au passage quelques conseils pour vous professionnaliser dans l’écriture, et notamment en autoédition !

Nouvelles et conte fantastique & mythologique Yannick AR FRADIN
Crédit illustrations des couvertures : catavic

Chris Bellabas : Bonjour, Yannick, et merci de me consacrer un peu de votre temps ! J’ai eu le plaisir de découvrir votre plume avec les nouvelles Gurifin et l’ode à la lune et Le Seigneur noir de Lokarith, mettant respectivement en scène un griffon et un dragon. Lorsqu’on vous lit, votre intérêt pour la mythologie ne peut que sauter aux yeux. Après le griffon, le dragon, le kitsune, la sirène, quel autre monstre merveilleux se dévoilera sous votre plume ? D’où vous vient cet intérêt pour la mythologie ?

Yannick A.R. FRADIN : Le protagoniste de la nouvelle de mai est une licorne européenne. L’intérêt pour la mythologie, et en l’occurrence les créatures fantastiques et mythologiques, me vient sûrement des nombreuses lectures faites sur le sujet, depuis que je suis enfant. Visuellement, je trouve aussi ces créatures imaginaires très sympathiques à imaginer et regarder. Il existe tant de magnifiques illustrations les dépeignant. De plus, chaque artiste, que ce soit par les mots ou la peinture, a sa propre perception de la créature, et c’est ça qui est intéressant. Une vache est une vache. La représentation est en quelque sorte figée. Un griffon est certes un griffon, mais quand on se penche sur ce sujet, on trouve toutes sortes de représentations, parfois sensiblement différentes, et pourtant on s’accorde toujours pour dire qu’il s’agit d’un griffon. En plus de cette simple apparence physique, il y a aussi une représentation mentale qui est bien plus libre que pour un animal « réel ». Comme il s’agit d’une créature fantastique, on peut librement lui prêter de l’intelligence, de la bestialité, un mélange des deux, des sentiments, etc.

Ce qui me plaît et m’intéresse dans ce type de matériau, c’est justement cette grande liberté d’interprétation. De même pour les illustrations. Je donne un cahier des charges aux illustrateurs, avec au moins une description générale, mais ensuite c’est leur représentation personnelle et leur fibre artistique et imaginaire qui crée le visuel. Du coup, je ne sais jamais vraiment à quoi cela va ressembler avant de l’avoir sous les yeux, et j’aime bien cette part de découverte.

En effet, les animaux fantastiques hantent nos imaginations sous bien des formes différentes ! Comment vous est venue l’idée de votre volume de 9 nouvelles de fantasy ? Et pourquoi 9 nouvelles ?

Au début, j’imaginais débuter mes publications par le premier volet de ma saga de fantasy en 5 livres. Puis en travaillant sur ma saga, j’ai dû me mettre à réécrire le premier volet avant de pouvoir songer à le publier dans un état présentable et abouti. En parallèle de ce travail qui s’est déroulé sur plusieurs années (différentes phases de relectures, bêta-lectures, réécritures et corrections), je me suis essayé aux formats courts, notamment dans le cadre d’appels à textes et de concours. J’aime bien le format court pour ce qu’il a de poser les choses dans un cadre plus serré, avec moins de personnages et une intrigue qui avance bien plus vite. Cela m’a aidé à lutter contre l’un de mes principaux défauts de primo-auteur : la redondance et les répétitions ou reprises à tendances redondantes. Dans le format court, on ne peut pas s’encombrer de ce genre de chose.

De fil en aiguille, alors que mes choix de publications se précisaient, j’ai décidé que je publierai des romans, mais aussi des nouvelles, sous forme de recueils. Puis quelques mois avant le début officiel de l’aventure comme auteur indépendant, je me suis dit que diffuser les nouvelles à l’unité, à raison d’une par mois, avant la sortie du recueil, donnerait une meilleure visibilité à l’ensemble, me permettrait de me familiariser avec les outils d’édition et de diffusion, et me donnerait l’occasion de proposer des jeux concours réguliers pour faire la promotion de ces écrits courts. Pour moi, un lecteur qui souhaite découvrir mes univers et ma plume le fera peut-être plus facilement via une nouvelle simple et peu onéreuse que via un roman énorme et plus coûteux. Comme j’avais décidé en amont de sortir 3 recueils de 9 nouvelles de fantasy pour les 3 premières années de mon activité d’auto-édition (2018, 2019 et 2020), proposer une nouvelle à l’unité chaque mois de janvier à septembre puis le recueil qui les reprend toutes en octobre me semblait pertinent. Ça me donne aussi l’impression d’avancer, bien plus que de sortir seulement le recueil. C’est bien plus motivant ainsi !

Pourquoi 9 nouvelles ? Parce que cela fera un recueil qui devrait faire entre 200 et 230 pages au final, donc ni trop petit ni trop gros, et parce que j’avais décidé de faire une couverture qui annoncerait chaque nouvelle s’y trouvant. Plutôt que de réaliser une illustration spécialement pour l’occasion, j’ai finalement décidé de faire une mosaïque des illustrations de couverture de chaque nouvelle, en 3 par 3. Cela me semblait sympathique visuellement, ni trop vide ni trop chargé. Et faire tenir 9 résumés en face arrière ne présente pas de difficulté quant à la lisibilité.

Ce choix relève donc de tous ces points :

1) une progression tout au long de l’année ;

2) le choix pour les lecteurs d’acheter un lot (le recueil) ou des éléments séparés (les nouvelles) ;

3) le fait de multiplier les points de visibilité pour moi en tant qu’auteur et d’avoir aussi du papier à proposer. Le recueil d’une part bien sûr, et les nouvelles que j’aimerais décliner à l’unité aussi en papier, probablement en format A5, pour pouvoir les proposer en salon et dédicace à coût modique (idéalement 3 € la nouvelle).

Whaou ! La façon dont vous avez pensé et monté votre plan de bataille est impressionnante ! Je trouve cette idée de progression très intéressante, et vos propos mettent en avant un aspect du métier souvent oublié par les jeunes auteurs : la promotion de ses œuvres.

Si tout va bien, nous devrions donc vous retrouver dans certains évènements littéraires avec vos exemplaires papiers de votre premier recueil de nouvelles de fantasy après sa parution le 7 octobre 2018 ? (Publication numérique programmée pour le 30 septembre 2018). Des dates sont-elles déjà prévues ou envisagées pour l’année en cours ou les suivantes ?

Oui je compte faire des salons et autres événements connexes du livre (fêtes du livre, médiévales, etc.), ainsi que des dédicaces en librairie, grandes-surfaces, marchés…

J’ai candidaté à plusieurs événements, mais rien avant le mois de juillet. La naissance de mon 5ᵉ enfant est prévue pour le 10 avril et 1) je veux être là à la naissance, donc pas en vadrouille loin de là avec des livres à remballer, 2) je veux être disponible pour ma famille avant d’être absent sur quelques week-ends.

De plus, je n’ai pour le moment que deux livres papier à proposer, qui sont tous deux des recueils (ce qui part le moins bien). Bientôt un 3ᵉ avec mon roman de fantasy qui sort en mars, puis un 4ᵉ avec un autre roman qui sort en juin, puis un 5ᵉ avec la version illustrée du premier roman en septembre, et un 6ᵉ avec le recueil reprenant les 9 nouvelles de fantasy de 2018. Pour l’automne 2018, j’aurai donc 6 livres papier à proposer, et peut-être aussi les 9 nouvelles en petit format papier. Je suis actuellement en négociation avec un imprimeur de mon lieu de domicile, affaire à suivre 😉

En 2019, en papier, il y aura au moins deux romans de fantasy de plus et le recueil des 9 nouvelles de fantasy de 2019. Puis en 2020 le 5ᵉ roman de fantasy pour achever la saga, un autre recueil de 9 nouvelles de fantasy de 2020, et probablement un ou deux autres ouvrages en one-shot. Théoriquement, si tout se passe comme prévu, je disposerai à l’automne 2020 d’une quinzaine de livres papier, et peut-être d’un assortiment de 27 nouvelles de fantasy en petit format (A5).

Quelle organisation, et surtout, quelle productivité ! Lorsqu’on interroge les gens dont le rêve est d’écrire de façon professionnelle, le manque de temps est la première raison évoquée pour ne jamais s’y mettre. Et pourtant, vous, malgré vos (bientôt) 5 enfants et vos métiers d’enseignant et de professionnel de la petite enfance, vous parvenez encore à en trouver assez pour écrire ! Comment faites-vous ? (ils sont nombreux ceux qui aimeraient connaître votre secret !)

Héhé, pas de secret. Simplement des choix. Plutôt que de regarder la télévision ou de faire je ne sais quelle autre activité, j’utilise une grosse partie de mon temps libre (quant à lui assez réduit, je dois bien l’avouer) à écrire et promouvoir mes écrits, parce qu’en auto-édition, il y a bien plus à faire que la « simple » écriture. C’est une histoire de choix et de motivation j’imagine. Et aussi d’organisation.

Avec mes deux autres métiers et ma famille, notamment mes enfants en bas âge, je ne peux pas vraiment programmer de plage dédiée pour écrire, et quand je me mets à écrire, je ne sais jamais si ça va durer 5mn ou si je vais disposer de 2h (2h d’affilée sans être interrompu, ça me fait rêver ! Rien qu’une ce serait déjà chouette…). Ma vraie difficulté, elle est là : savoir que je serai potentiellement (et fatalement) dérangé à tout moment, sans jamais savoir quand ni pourquoi, ni si je pourrai me remettre à écrire après l’interruption. Néanmoins, avec une organisation qui tient la route et un minimum de rigueur, quand on fait le choix d’écrire, on aménage son emploi du temps et on supprime toutes sortes de choses moins importantes.

Ça ne m’empêche pas de poursuivre 3 activités sportives par semaine, dont une depuis plus de 22 ans, ainsi que quelques sorties d’ordre plus culturel et/ou de loisir. Là aussi c’est une question de choix. On garde ce qui est vraiment important pour soi et on se passe de ce qui l’est moins. Écrire est important pour moi, je me donne donc les moyens de le faire. Comme tout le monde, je manque de temps, mais au moins ne suis-je pas près de connaître l’angoisse de la page blanche ! J’ai du travail pour un bon bout de temps et les idées continuent d’affluer et de noircir quelques pages, pour plus tard, car il s’agit de concrétiser certains projets avant d’en attaquer d’autres, sinon on commence plein de choses et on ne finit rien. On rejoint l’organisation, qui permet de limiter les risques de dispersion.

Vous n’attaquez donc jamais de nouveau projet avant d’avoir fini celui en cours ?

Si, je commence de nouveaux projets en parallèle, mais je ne les fouille pas, enfin, pas trop… J’en pose simplement les grandes lignes, l’ossature et le découpage, et je prépare aussi des listes de lectures / études qui me serviront pour quand je me mettrai au travail d’écriture. Je fais ces lectures en temps de détente et je prends des notes quand quelque chose m’interpelle ou m’intéresse particulièrement.

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ? La suite de votre saga fantasy dont le premier volume sortira ce mois-ci ? Pouvez-vous nous parler de ce roman à venir ?

Présentement, mon principal objectif est de terminer ma saga pour fin 2020 et de tenir la programmation que j’ai posée, soit les tomes 3 et 4 en 2019, je suis en train d’écrire le 3ᵉ, et le 5ᵉ et dernier en 2020.

En parallèle, j’ai posé un plan déjà très détaillé et de nombreuses notes de deux autres projets : un one-shot de médiéval fantastique dont l’essentiel de l’action se déroule dans 3 abbayes de ma région et un one-shot de fantasy amérindienne. Les seuls projets que je m’autorise à mener à leur terme en plus de ma saga jusque fin 2020 sont des projets courts, comme des nouvelles, des contes et des novellas. J’ai d’ailleurs programmé la publication de 3 recueils de 9 nouvelles de fantasy, étalés de 2018 à 2020, un par an, ainsi qu’un recueil de 9 nouvelles de fantastique, un autre de 9 nouvelles de science-fiction, entamés tous deux, des uchronies sur ma ville de résidence (Laon, dans l’Aisne, aussi surnommée « La Montagne Couronnée » et qui dispose de l’un des plus riches patrimoines historiques de France), dont certaines sont déjà écrites, des contes, comme les contes de Noël axonais que j’ai publiés en décembre 2017, et quelques récits inspirés du légendaire français, dont je publierai probablement le premier courant 2018 (il s’agit d’un récit inspiré de la légende de la bête blanche de la Somme, et ça se passe, justement, dans la Somme).

Le roman à venir est le second tome de la saga : « Dynterith, la Cité aux douze Gardiens ». Il sort en juin 2018, donc dans à peine plus de trois mois, et narre la suite des aventures des protagonistes de « La Gardienne de Danarith ». Je proposerai un résumé définitif prochainement, probablement courant mars ou avril. Une chose est sûre, ça va pas mal remuer dans ce livre, et pas qu’en termes d’action.

Vous avez décidément un agenda bien rempli, et j’ai hâte de découvrir toutes ces parutions ! D’ailleurs, pouvez-vous nous expliquer les démarches qu’un•e auteur•e qui souhaite s’autopublier doit effectuer ?

Oula. Il y a fort à dire ! Tout d’abord, il s’agit d’écrire, puis de réécrire jusqu’à ce que le « produit » soit le plus « propre » et « professionnel » possible. Pour cela, je ne peux que trop conseiller de s’entourer e bêta-lecteurs, de correcteurs, et de remettre cent fois le nez dans son texte, jusqu’à en être satisfait. L’écriture d’un premier jet, c’est le début du travail. Ce qui représente souvent le plus de travail, c’est la phase de réécriture / correction.

Au-delà de l’écrit lui-même, il y a beaucoup d’autres choses à faire. En premier lieu, il faut avoir un statut officiel pour être en règle tant sur le fiscal que sur le social. En France, du moment qu’on vend quelque chose et qu’on en tire des bénéfices, c’est obligatoire, et ça peut coûter très cher si on ne le fait pas. Bien sûr, les cotisations sociales sont très élevées, et les impôts peuvent l’être aussi, surtout si on vend bien, mais c’est mieux que de payer une amende salée. Outre cet aspect administratif, un auteur auto-édité a besoin de s’entourer. De qui ? De toutes les personnes qui savent faire ce que lui-même ne peut pas faire. Du coup, ça varie d’un auteur à l’autre, en fonction de son parcours et de ses compétences. Dans mon cas, je travaille par exemple avec des illustrateurs/graphistes qui réalisent les illustrations intérieures et les couvertures. Bien sûr, il faut financer tout cela, et c’est un vrai budget. Mais à moins d’être soi-même graphiste professionnel, tenter l’aventure en bricolant me semble fort périlleux et peu sérieux. Je ne m’y risquerais pas. Tous les éléments cités auparavant relèvent de la préparation. Ensuite, une fois le livre prêt à être publié, eh bien il faut préparer les maquettes ebooks et/ou papier. Dans mon cas, je passe en impression à la demande pour le papier. Je m’occupe moi-même des maquettages, mais c’est parce que je suis à l’aise avec ça, mais quelqu’un qui ne l’est pas devra avoir recours aux services d’un professionnel. Il s’agit là de mettre un livre en page en respectant toute une quantité de normes. Ensuite, il faut valider et diffuser l’objet livre. Via les sites vendeurs pour le numérique, via les réseaux de libraires pour le papier.

Ensuite, il y a la promotion et la fameuse question de la visibilité. C’est ce dernier point qui est probablement le plus difficile à maîtriser. Une fois que le livre est prêt, disponible à l’achat et facilement commandable par Monsieur et Madame tout le monde, il n’y a que les personnes qui ont connaissance de l’existence du livre qui pourront potentiellement l’acheter.

Être auteur indépendant, c’est donc endosser bien des casquettes, et déléguer les tâches que l’on ne peut pas réaliser soi-même. Il faut bien connaître ses forces, ses faiblesses, accepter ses limites et se former un réseau pour les combler.

Pour résumer, un auteur auto-édité est : 1) chef de projet, 2) responsable marketing, 3) expert en recherche documentaire, 4) rédacteur, 5) correcteur, 6) graphiste, 7) maquettiste, 8) imprimeur, 9) gestionnaire administratif, 10) gestionnaire juridique, 11) vendeur, 12) comptable. C’est tout bonnement impossible de tout bien faire soi-même, sans parler du temps que cela prend, d’où l’importance et la nécessité de s’entourer et de savoir déléguer.

Autre point important quand on est auteur auto-édité et qu’on veut rencontrer son public et vendre ses livres : les dédicaces en librairie et les salons et autres événements connexes du livre. Pour chacun de ces événements, il faut rencontrer les responsables desdits événements, démarcher, présenter ses « produits » (les livres), négocier, payer pour réserver, notamment pour les salons, etc. C’est une partie intéressante mais très chronophage et parfois très fastidieuse, du moins sur le plan administratif. C’est en tout cas un aspect à avoir en tête, car le meilleur moyen d’avoir de la visibilité et de vendre, c’est de participer à de tels événements comme exposant littéraire (c’est-à-dire comme auteur / vendeur en dédicace).

Vous dites que certain•e•s auteur•e•s peuvent faire jouer d’autres compétences en parallèle de l’écriture (comme celleux qui ont également la casquette d’illustrateur ou graphiste, pour reprendre votre exemple). En tant qu’enseignant et professionnel de la petite enfance, le lien semble moins évident, mais pensez-vous que vos professions jouent un rôle dans votre écriture ? Ou est-ce deux mondes complètement différents pour vous ?

Eh bien, un peu des deux. Mon parcours de professionnel de la petite enfance joue un rôle quant à l’inspiration, du moins pour certains aspects et certains écrits orientés jeunesse. C’est un milieu que je connais bien et le fait d’être papa de 5 enfants apporte aussi de l’eau au moulin (sûrement davantage que mon expérience professionnelle d’ailleurs).

Le point de départ de ma saga de fantasy, c’est la peur de la séparation et de la perte de l’être aimé, en l’occurrence de ma femme et de mon fils. Toute la saga repose sur l’exploitation de ce sentiment, survenu après la naissance de mon premier fils. Mon parcours d’enseignement de l’anglais m’aide aussi, au moins sur le plan de l’organisation et de la maîtrise des outils informatiques (word, excel & co). De plus, et c’est surtout ça qui m’est utile, être bilingue en anglais est un plus indéniable. 3 des 5 illustrateurs avec lesquels je travaille ne parlent pas un mot de français et nos échanges se font en anglais (l’un d’entre eux est roumain, un autre est philippin, et la troisième italienne). Une bonne partie de mes lectures de référence « technique » sur l’écriture sont d’ailleurs en anglais.

Ces deux professions jouent donc un rôle assez périphérique dans l’écriture, mais ont une influence sur sa forme et son contenu. Je n’écrirais pas de la même manière, et probablement pas sur les mêmes sujets, avec un parcours différent.

Quelle(s) relation(s) entretenez-vous avec vos personnages ? Les considérez-vous avec l’affection d’un créateur pour ses créatures, ou en avez-vous une conception plus terre-à-terre : ce ne sont que des pions dans le grand canevas que vous tissez pour vos lecteurs et lectrices ?

Mes relations avec mes personnages sont assez simples. Je pense qu’ils sont surtout l’extension de fiches très détaillées, qui me permettent de leur donner vie de manière crédible et cohérente. Je n’irai pas jusqu’à dire que ce sont des pions, ils ont tous leur personnalité et leur libre-arbitre. Je ne les contrains pas à faire ce que je veux, ce serait tyrannique et profondément injuste. Par contre, j’écris en fonction de ce qu’ils sont.

Chaque personnage a sa propre existence, ses désirs, des objectifs, ses limites, etc. Je suis obligé d’écrire en respectant tous ces éléments de caractérisation, c’est à mon sens le seul moyen de les rendre aussi vivants et authentiques que possible. Du coup, je dirais volontiers que j’écris avec eux et que c’est leur personnalité, leur parcours, leurs objectifs, leurs sentiments, leurs relations avec les autres, etc. qui orientent mes formulations, mes choix de scènes, de dialogues. Pour moi, c’est une sorte de partenariat. Bien sûr, en amont, c’est bien moi qui les ai créés et leur ai insufflé lesdits éléments de caractérisation, mais ensuite, une fois que le personnage a « pris vie », je ne plus en faire ce que je veux, je dois le respecter tel qu’il est et composer avec.

Que diriez-vous aux personnes qui ont envie d’écrire ?

Vous avez envie d’écrire ? Allez-y ! Prenez une feuille et un stylo, ou un ordinateur et un clavier, et notez vos idées, les personnages que vous voulez faire évoluer, le monde dans lequel ils vont prendre vie, etc. Ensuite, si vous voulez diffuser vos écrits ou du moins les proposer à des avis extérieurs, il existe de très nombreux moyens de le faire. Participer à des appels à textes par exemple, à des concours, à des jeux d’écriture, rejoindre des plate-formes d’écrivants, de bêta-lecteurs, etc.

Si vous écrivez pour vous-même, peu importe ce que vous écrivez et comment vous le faites. Si vous voulez par contre diffuser et/ou vendre vos écrits, il conviendra de vous entourer pour proposer un texte aussi abouti que possible, et cela demande du travail, beaucoup de travail. Comme pour toute chose, l’écriture est quelque chose qui s’apprend et se travaille, et comme pour toute chose, plus on pratique, plus on s’améliore et mieux on réussit. Ne dit-on pas que c’est en forgeant qu’on devient forgeron ? Écrire, c’est pareil. C’est en écrivant qu’on apprend à écrire. Plus on produira et plus on aura à cœur de s’améliorer, plus on progressera. Alors zou, au boulot !

Merci beaucoup Yannick, je vous souhaite du succès dans vos ambitions littéraires !

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Le cycle de McGowein, tome 1 : la Gardienne de Danarith, par Yannick A.R. FRADIN

Cette rencontre se termine ici. Merci pour votre lecture. Si vous avez des questions à adresser à Yannick, vous pouvez les poser en commentaires ;-), et si vous désirez découvrir son univers plus en profondeur, je vous invite à faire un saut sur son site.

À bientôt pour de nouvelles rencontres !

Chris