Le Procès Malefoy, chapitre 7 : L’Apogée de la Terreur [fanfiction Harry Potter]

 

Temps de lecture estimé : 21 minutes

 💀 TW : Attention, ce chapitre contient des scènes de violence et de mort.

Rappel des liens des chapitres précédents

 

Chapitre 1 : La Déchéance des Malefoy
Chapitre 2 : Le Nouvel Ordre
Chapitre 3 : Le Besoin d’un père
Chapitre 4 : Quelques Mots de réconfort
Chapitre 5 : La Morsure des Ténèbres
Chapitre 6 : Le Procès de Drago

– Chapitre 7 –

L’Apogée de la Terreur

🐍

23 décembre 1977

Les Mangemorts surgirent brusquement dans le centre-ville. Leurs silhouettes noires encapuchonnées se matérialisèrent dans des craquements sinistres au milieu des badauds chargés des cadeaux et des mets du réveillon, et en quelques secondes, ce fut le chaos. Les vitrines des magasins explosèrent les unes après les autres dans une tempête d’éclats de verre. Sur l’avenue, plusieurs voitures s’enflammèrent dans les hurlements de leurs occupants. Leurs conducteurs, rendus fous par la panique et la douleur, quittèrent la route et fauchèrent plusieurs piétons ou s’emboutirent dans d’autres véhicules et un concert ininterrompu de klaxons se joignit aux cris d’hystérie.

Derrière les fentes de son masque, Lucius contempla les dégâts avec satisfaction avant de foudroyer d’un maléfice un fuyard moldu. Le corps, touché dans le dos, s’écroula aux pieds d’Evan Rosier. En regardant son camarade pointer sa baguette vers la circulation, Lucius crut d’abord qu’il visait le bus à impériale qui approchait de leur position, mais il comprit que sa cible était en réalité un équipage de police quand la voiture aux carreaux jaunes et bleus vira brutalement de bord et amorça un demi-tour spectaculaire en rugissant. Alors qu’elle passait devant lui à toute vitesse, sirène hurlante, Lucius aperçut le chauffeur s’escrimer à tourner le volant, mais celui-ci ne lui obéissait plus et la voiture se mit à toupiner en plein milieu de l’avenue. Pour l’éviter, le conducteur du bus qui arrivait à contresens ne pouvait prendre qu’une seule direction : la cour d’une station essence où un camion-citerne vidait son chargement. L’excitation contracta le ventre de Lucius en montant en flèche dans ses veines. Il regarda l’énorme bus faire une sortie de route et percuter deux véhicules en flammes échoués sur le trottoir, puis continuer dans son élan. Le conducteur, un homme d’expérience ou un sacré veinard, parvint à immobiliser le véhicule à un mètre du camion-citerne et des pompes. Des faces livides apparurent aux vitres du bus comme une rangée de petits pois dans une cosse ouverte. Lucius échangea avec Rosier un regard complice sous leurs masques. Ils levèrent simultanément leurs baguettes et l’instant suivant, le long tube de métal qui alimentait en essence les réservoirs souterrains de la station crissa sous la pression de la magie. Des étincelles jaillirent et retombèrent en pluie au milieu du liquide volatile qui se répandait. Il y eut un éclair de magie rouge aveuglant, et un bruit de tonnerre accompagna l’explosion du camion-citerne et des pompes à essence. Lucius érigea un bouclier de protection autour de lui alors que le souffle de l’explosion engloutissait le bus et ses passagers dans une mer de flammes propulsées comme par la gueule d’un dragon.

C’était toute la rue qui brûlait. Les Mangemorts – une douzaine étaient venus s’amuser ce soir-là –, usaient et abusaient de l’incendio sur tout ce qui passait à leur portée : véhicules, immeubles, kiosques, êtres humains, et la rue se transformait peu à peu en une réplique terrestre de l’Enfer. Les Moldus qui avaient survécu à l’explosion et aux maléfices toussaient dans l’atmosphère suffocante. La fumée devenait plus épaisse de seconde en seconde. Ses émanations âcres montaient en longs tourbillons noirs vers le ciel. Dans le grondement des flammes qui dévoraient le centre de Londres, les craquements des immeubles suppliciés, les hurlements de souffrances des Moldus, Lucius entendait les rires réjouis de ses camarades. Rosier, Wilkes et Selwyn se livraient à leur jeu préféré : ce serait à celui à tuerait le plus de moldus. Bons joueurs, ils s’accordaient mutuellement des points bonus selon l’inventivité et le degré d’abomination de la mort infligée.

Les Mangemorts tuaient sans aucune distinction hommes, femmes et enfants. Ici, le corps d’un petit garçon tenant la main de son père s’écroulait alors que sa tête détachée du tronc roulait sous la carcasse d’un véhicule en train de se consumer ; là, un vieillard qui peinait à fuir basculait en avant, touché de plein fouet par un rayon noir qui avait perforé son dos d’un trou de la taille d’un cognard. Toutes les devantures des magasins avaient volé en éclats. Des silhouettes humaines avaient été projetées contre les vitres par l’explosion. Elles gisaient parmi les débris, au milieu de paires de chaussures, de paquets cadeaux et de fragments de maçonnerie ; certaines immobiles, d’autres se tordant de douleur. Les jambes d’une femme s’étaient décrochées de son torse. Une autre femme, jeune et sans doute jolie sans le rictus de souffrance qui lui déformait les traits, se tenait adossée à un mur, les mains crispées sur sa gorge béante d’où giclait un flot continu de sang. Le liquide rouge s’échappait en ruisselant entre ses doigts, impossible à retenir. Des boules de feu fendaient la rue comme des comètes, laissant de longues traînées flamboyantes dans l’atmosphère fuligineuse. Du camion-citerne et du bus, on n’apercevait plus que les formes fugitives dans l’incendie qui illuminait la nuit. L’essence enflammée continuait à se répandre et dévorait tout sur son passage. Les immeubles voisins disparaissaient derrière un mur incandescent. Des visages terrifiés criaient aux fenêtres, suppliant qu’on vienne leur porter secours. Dans la rue, l’asphalte lui-même miroitait et se ramollissait sous l’intensité du brasier déchaîné par les Mangemorts. Protégés de la chaleur dévorante par leur magie, les sorciers s’amusaient à disparaître et à réapparaître n’importe où sur l’avenue ou même dans les habitations pour achever de plonger les moldus dans l’hystérie. Partout des gens couraient en titubant et en hurlant de peur. Ceux qu’elle paralysait priaient ou se recroquevillaient derrière les épaves des voitures où les Mangemorts venaient les cueillir comme l’armée de spectres accompagnant la Faucheuse dans sa moisson d’âmes, et les croyants parmi leurs victimes se demandaient pourquoi le Père avait choisi la période de célébration de la naissance de Son fils pour sonner le jour du Jugement Dernier.

Soudain, Lucius sentit quelqu’un le percuter. Ce contact l’arracha à la contemplation de sa dernière cible ; une femme qui se roulait par terre, les yeux révulsés, en proie à la douleur infernale de sa magie qui lui dévorait les entrailles ; et il se retourna pour découvrir deux jeunes adultes, un homme et une femme terrifiés qui reculèrent devant ses iris gris reflétant l’incendie. Animé par l’instinct sadique du prédateur, Lucius s’avança à pas de fauve. Les moldus ne pouvaient pas voir son sourire sous son masque, mais il exhalait la menace par tous les pores. Le garçon s’interposa entre lui et sa petite amie.

– N’approchez pas !

Le courage dont il faisait preuve alors même que sa voix tremblait amusa Lucius. Il s’immobilisa à trois pas d’eux.

– As-tu peur de mourir, petit ? Siffla-t-il.

Il se délectait de leur peur qu’il flairait dans l’air sous l’odeur de cendres. Son arôme se déposait sur sa langue et imprégnait son palais comme s’il avait été doté du même organe de Jacobson que ses chers serpents.

– Eh, Lucius !

Il tourna la tête pour regarder Rabastan Lestrange approcher en levant sa baguette. Aussitôt, les milliers de minuscules paillettes de verre qui parsemaient le sol devant une rangée de boutiques dévastées fondirent sur deux femmes qui s’extirpaient d’un immeuble en feu. Leur peau se colora de rouge et elles s’effondrèrent, l’épiderme incisé par les milliers d’éclats de verre. À dix-neuf-ans à peine, Rabastan possédait la même insupportable arrogance que son aîné, et la cruauté d’une manticore.

– Y a quelque chose qui remue dans la voiture, dit-il avec l’air d’un enfant réjoui de trouver au pied du sapin un cadeau inattendu.

Lucius observa la voiture de police environnée de flammes et constata que Rabastan disait vrai ; quelque chose remuait à l’arrière, des mains frappaient désespérément la vitre derrière laquelle apparaissait le visage d’un homme adulte, les yeux exorbités par la terreur, la bouche grande ouverte à la recherche d’oxygène. Il essayait de s’échapper par le coffre, évidemment impossible à ouvrir de l’intérieur. Tel un démon dans son élément, Rabastan approcha du véhicule sans marquer la moindre crainte devant les flammes rugissantes. Lucius se demanda ce que son camarade avait en tête en le regardant faire disparaître la vitre arrière de la voiture. En voyant le moldu émerger péniblement de sa prison de tôles, il comprit que la vitre n’avait pas disparu. Rabastan en avait élevé la température pour la faire fondre et le verre en fusion s’était collé au visage du Moldu, à ses mains et son torse. Le policier était devenu un monstre difforme agité de convulsions funestes, une larve humaine qui luttait pour se libérer de la gangue ardente, visqueuse et épaisse de sa chrysalide. Wilkes et Rosier s’approchèrent pour admirer le spectacle.

– Eh ! Bravo, Rab ! Tu te défends bien pour un débutant.

En son for intérieur, Lucius reconnaissait le potentiel du cadet Lestrange, mais il ne l’aurait jamais admis à voix haute. Inutile d’enfler plus qu’il ne l’était déjà le melon du frère de Rodolphus.

Pendant ce temps, le Moldu semblait arriver au paroxysme de la folie. Il évoquait à Lucius Le Cri, ce tableau du sorcier Edward Munch, réalisé juste après sa rencontre avec le spectre de la mort. Un film opaque chatoyant recouvrait sa bouche, étouffant ses cris, et ses yeux aveugles, brûlés jusqu’à la rétine. Son visage et son nez semblaient aplatis, moulés par le verre en fusion. Et la substance pâteuse s’étirait, s’amincissait, commençait à se déchirer. Une trouée apparut à la jonction de l’épaule et du cou. Ses bras battaient l’air, ses cheveux brûlaient. Le verre glissait le long de son corps en coulures d’un rouge vif qui tombaient sur les flammes de ses vêtements. Malgré tout, le Moldu rampait pour se hisser hors du coffre, pauvre créature carbonisée mue par la seule souffrance.

Rabastan leva une nouvelle fois sa baguette et le réservoir du véhicule explosa, engloutissant la vision hideuse de l’homme de verre. Les Mangemorts s’en détournèrent pour attaquer d’autres personnes. Le couple que Lucius avait abordé en avait profité pour s’enfuir, mais ce n’était pas important. Il restait bien suffisamment de cibles en mouvement pour s’amuser, notamment les imprudents qui s’étaient approchés pour porter secours aux blessés ou les forces de police envoyées pour les arrêter. Ridicules, dérisoires, stupides petits insectes que les Mangemorts anéantissaient comme des hommes de paille – ils brûlaient d’ailleurs tout aussi bien dans leurs flammes magiques.

Un « CRAC ! » tout proche retentit soudain près de Lucius.

– Irrigator aves ! hurla une voix qu’il ne reconnut pas.

Un sorcier blond vêtu d’une cape d’un bleu égyptien pointait sa baguette vers le ciel. Un concert de cris aigus en descendit subitement et Lucius leva la tête juste à temps pour voir une douzaine de grands oiseaux au plumage formé d’eau ondoyante percer les nuages. Les élémentaires tournoyèrent un instant au-dessus de la rue puis piquèrent vers les flammes. Ils s’immobilisèrent au-dessus des principaux foyers et actionnèrent leurs larges ailes. Des filets d’eau se décrochèrent de leur corps liquide et tombèrent en pluie sur le feu qui feula de colère.

D’autres « cracs » sonores résonnèrent et en quelques instants, une dizaine d’autres individus affublés de capes dans les tons bleus se matérialisèrent sous les yeux sidérés des témoins moldus. Des Aurors ! C’est que la soirée commençait vraiment à devenir intéressante. Lucius envoya les débris d’un commerce effondré sur un adolescent qui venait de s’élancer imprudemment hors de sa cachette, puis se tourna vers leurs nouveaux adversaires. En un coup d’œil, il appréhenda les différents événements qui se déroulaient dans la rue transformée en théâtre dévasté d’un combat de magie de haut niveau. Une succession d’éclairs lumineux et d’explosions assourdissantes dominait le charivari des klaxons enfoncés des véhicules accidentés et des hurlements hystériques des Moldus qui contemplaient la scène sans comprendre ce à quoi ils assistaient. Avery s’était joint à Crabbe et à Goyle pour affronter un quatuor d’Aurors, Rosier parait, non sans une certaine élégance, les sortilèges qui fusaient de la baguette du blond à l’origine des oiseaux d’eau, Selwyn et Macnair faisaient pleuvoir des volées de flèches empoisonnées sur un duo de femmes. Quant à Antonin Dolohov, il se battait contre trois adversaires à la fois. Il contra plusieurs de leurs assauts, puis, comme s’ils s’étaient concertés, les Aurors firent simultanément jaillir de leurs baguettes un trio d’animaux dorés : trois lions. Si leur consistance évoquait celle des patronus, la ressemblance s’arrêtait là, ils n’auraient été d’aucun secours face à des détraqueurs. Dans le jargon magique on nommait ce phénomène des projections astrales. C’est-à-dire des images prêtes à combattre aux côtés du sorcier qui les invoquait. Comme il s’agissait de phénomènes purement ectoplasmiques dont la nature se rapprochait de celle des fantômes, tous les enchantements passaient au travers sans les affecter. Pour les combattre, il fallait donc se doter d’armes capables de les atteindre sur le même plan en répliquant par une autre projection astrale. Ce que fit aussitôt Dolohov : un filament luminescent coula de sa baguette pour prendre un peu plus loin la forme d’un énorme tigre qui montra les crocs aux lions en poussant un grondement guttural. Le félin roula des épaules, excité par l’attaque imminente, et s’élança en rugissant. Deux des lions s’élancèrent en même temps que lui et les trois fauves roulèrent au sol dans une tempête de griffes et de crocs. L’un des lions referma ses mâchoires sur la jugulaire du tigre et l’autre lui lacéra le flanc gauche. Quant au troisième des lions, il fondit de toute la puissance de ses pattes vers le Mangemort dans l’impossibilité de s’en protéger tant que son tigre n’aurait pas réussi à se dégager. En voyant la bête spectrale charger son collègue, Lucius brandit sa baguette devant lui, mais on le prit de vitesse. Rabastan Lestrange surgit aux côtés de Dolohov, baguette pointée sur le lion  :

– Exspivanguis ! scanda-t-il au moment où le fauve bondissait sur Dolohov.

Un rayon argenté fusa du délicat instrument de bois et se mua instantanément en un cobra au corps épais qui franchit la distance jusqu’à sa cible dans un impressionnant vol plané. Le serpent percuta le lion et le mordit au flanc. Le félin redressa la tête en poussant un rugissement de douleur et son corps fut parcourut de violents spasmes avant qu’il ne s’effondre, anéanti. Rabastan prit tout juste le temps d’échanger un regard de connivence avec leur camarade, car il devait rester concentrer sur son serpent. C’était l’autre soucis des projections astrales après qu’elles ne pouvaient se détruire qu’entre elles : elles n’étaient pas indépendantes et il fallait sans arrêt leur donner les ordres qu’on voulait les voir accomplir. Ce qui rendait quasiment impossible de faire autre chose en même temps.

Lucius, franchement stupéfait par la maîtrise que Rabastan possédait déjà de ce sortilège complexe, regarda l’énorme reptile onduler à toute vitesse en direction des deux autres lions pour se porter au secours du tigre. Le temps que les Aurors réalisent ce qu’il se passait, le cobra se dressait à nouveau et les longs crochets luisants de sa gueule se plantèrent dans la cuisse du fauve le plus proche. Le poignet de Rabastan décrivit un mouvement sec vers la gauche et le cobra évita le coup de patte du dernier lion. Sur un autre coup de poignet, le serpent injecta son venin mortel. Lucius fut un instant frappé d’admiration par le spectacle que ses yeux lui offraient. Le cobra ne fonctionnait pas comme la majorité des projections astrales qui triomphaient de leurs adversaires en les vidant de leur énergie à force d’assauts répétés. Lui les détruisait de l’intérieur par son poison. Une seule frappe suffisait. Il n’avait qu’à mordre puis se replier et attendre que le venin produise son effet. Il y avait sans doute un peu de la ruse d’Antonin derrière cette stratégie. Peu de temps après que le Seigneur des Ténèbres l’ait délesté du parrainage de Lucius, jugeant celui-ci désormais apte à se passer d’un mentor, il lui avait confié la formation du cadet Lestrange. Force était de constater qu’il faisait de l’excellent boulot avec les jeunes recrue. Lui-même était un sorcier respecté pour ses talents de duelliste, et le fait qu’il avait fait ses classes avec le Maître ajoutait à son aura. Son tigre, devenu presque translucide à force de subir les attaques de ses adversaires, se redressa difficilement, mais la partie était loin d’être terminée. Un combat de ce type ne prenait fin que lorsque les participants n’avaient plus la force nécessaire au remaniement des énergies qui donnaient corps aux projections astrales, et Lucius voyait qu’Antonin était loin d’avoir épuisé ses stocks de vigueur et de discernement. Jusqu’à son dénouement, c’était une sorte de lutte dans laquelle la magie était presque secondaire. Pour vaincre, il fallait savoir développer rapidement une stratégie qui tenait compte des points forts et des points de faibles des projections ennemies pour en créer une capable d’en venir à bout rapidement. Plus il y avait de belligérants, plus le niveau de difficulté s’accroissait.

Les corps translucides des lions se transformèrent en une masse de brume tournoyante de laquelle émergèrent deux nouvelles bêtes féroces : un crocodile et un buffle. Mais la force brute seule risquait de connaître à nouveau la défaite face à la redoutable vélocité du cobra de Rabastan, et le troisième Auror fit preuve de plus de jugeote que ses collègues en remplaçant son lion par un mammifère nettement plus petit : une mangouste. Il avait compris que seule une créature encore plus agile que le cobra pourrait le terrasser avant qu’il ne puisse infliger sa morsure fatale. Lucius choisit cet instant pour se joindre à la fête. Il agita sa baguette et un dragon de Komodo se déploya aux côtés des projections de ses deux camarades à l’instant où la mangouste s’élançait. Le cobra de Rabastan se dressa en crachant, exhibant la collerette qui lui ceignait la tête comme une coiffe égyptienne, mais la petite créature n’eut pas le temps de l’atteindre. Le varan de Lucius protégea le serpent en la déchiquetant avec ses larges griffes. Les particules dorées de la mangouste se dissipaient à peine dans les airs qu’un loup émergeait à sa place. Un féroce duel s’engagea aussitôt entre le canidé et le varan tandis que le buffle du deuxième Auror chargeait. Le cobra se détendit comme un ressort au moment où l’herbivore passa à sa portée. Le buffle émit un mugissement rauque en s’affalant sur le béton brûlant, et le cobra se retourna prestement pour aider le varan à affronter le loup. Lucius vit du coin de l’œil le tigre de Dolohov, aux prises avec le crocodile du troisième Auror, marquer des signes de faiblesse graves, mais ni lui ni Rabastan ne pouvaient lui porter secours, occupé à gérer le loup puis le cheval qui avait succédé au buffle. Mais quoique son tigre fut sectionné par la mâchoire du crocodile protégé par ses plaques écailleuses, Dolohov restait maître du duel. À l’instant précis où le cobra de Rabastan faisait claquer ses mâchoires sur la gorge du canidé et où le varan de Komodo désarçonnait l’équidé, plantant ses crocs dans ses jambes en labourant ses flancs de toutes la force de ses griffes, un hippopotame succédait à la dépouille du tigre et écrasait le saurien dans un bruit de tonnerre.

Les trois Mangemorts tinrent encore tête entre autres à un grizzly, un puma, un porc-épic, et des serpents mambas noirs que les Aurors avaient fait apparaître avec le secret espoir de retourner la stratégie du poison de Rabastan contre eux, sans succès. Le mammifère au cuir épais de Dolohov les piétina avant que leurs crochets ne parviennent à percer sa peau. Constatant que les pouvoirs magiques de leurs adversaires s’épuisaient, Lucius jugea qu’il serait intelligent de les achever avant qu’eux-mêmes ne commencent à faiblir. Il sonna la charge finale en lançant son varan contre les trois sorciers. Le cobra s’élança aussitôt derrière lui, imité par l’hippopotame. Avec le reflet rougeoyant de l’incendie sur leur visage et leurs yeux écarquillés, les Aurors avaient l’air de petits garçons terrorisés plongés en plein cauchemar. Le varan bondit sur l’un des Aurors. Il le fit tomber, attrapa sa tête entre ses mâchoires et la fit sauter comme un bouchon de Pur-Feu. De sa position, Lucius vit un ruisseau rubicond se répandre sur le sol, chatoyant dans le reflet des flammes. L’hippopotame pulvérisa le deuxième Auror. La vision sembla procurer un électrochoc à son collègue qui leva sa baguette et hurla :

– Phoenix inviare !

Un oiseau brillant de l’envergure d’un aigle fondit sur le cobra qui évita de justesse le coup de bec que la créature chercha à lui infliger en le survolant. La gueule du serpent s’ouvrit sur un sifflement de courroux alors qu’il s’immobilisait pour suivre son vol de ses petits yeux noirs meurtriers.

– Il a peur, s’étonna Rabastan à voix haute.

Pas assez fort pour que d’autres personnes que Dolohov ou Lucius puissent entendre, mais son air ne trompa pas l’Auror qui avait lancé le phénix.

– Oui, Lestrange, dit Lucius en suivant lui aussi le vol de l’oiseau. Tout ce qui rampe craint ce qui vole. Celui condamné à glisser dans l’humus et les ténèbres craint celui qui, avec ses ailes, peut s’élever au-dessus de la condition terrestre et s’approcher au plus près du soleil, là où il est invulnérable.

Comme ceux du serpent, les yeux de Rabastan brillèrent de rage. Il serra plus fortement sa baguette entre ses doigts. Les cris stridents du somptueux rapace semblaient provoquer le cobra qui lui répondaient par des chuintements colériques. Dès que le premier faisait un peu trop mine de s’approcher, le second jetait sa tête vers l’avant, crochets sortis, cherchant à mordre, mais ne rencontrait que le vide. Son adversaire ailé était bien trop agile pour se laisser attraper. Il tournoyait autour de lui puis remontait dans le ciel à une telle vitesse que le cobra peinait à suivre ses déplacements. Subitement l’oiseau descendit comme une flèche, les pattes en avant. Il évita habilement une nouvelle attaque du serpent qu’il saisit derrière la tête entre ses serres, le clouant implacablement contre le sol. Le cobra immobilisé ne put que siffler de douleur lorsque le bec aiguisé lui vrilla le crâne. L’hippopotame et le varan chargèrent, mais il était trop tard : le cobra s’évapora. Rabastan ne se fatigua pas à le recycler en un autre animal. Il brandit sa baguette en direction de l’Auror qui l’avait détruit tandis qu’Antonin et Lucius profitaient que l’oiseau soit toujours au sol pour ordonner à leurs propres créatures de fondre dessus. Elles le réduisirent en charpie alors qu’une nouvelle sorte de duel s’engageait entre Rabastan et leur adversaire.

– Ignis ventum ! lança Rabastan.

Un grand tourbillon de flammes fut projeté de sa baguette.

– Manas photos ! répliqua l’Auror en se reculant d’un pas.

Une main de lumière géante apparut devant lui et mimant les mouvements de sa vraie main, détourna le torrent de feu qui alla se fracasser contre une façade déjà en partie démolie. Les ruines que les élémentaux venaient enfin d’éteindre après de longues minutes d’efforts soutenus se rallumèrent comme de la paille.

– Oh ! Bien joué, Byrd, roucoula Rabastan, sardonique.

Lucius et Dolohov laissèrent disparaître leurs projections astrales. Les conserver alors qu’il n’y en avait plus à affronter aurait demandé un déploiement de magie trop conséquent et inutile ; mieux valait utiliser des sortilèges moins complexes et moins énergivores à présent.

Dolohov rejoignit Wilkes pour venir à bout d’un Auror particulièrement tenace. Lucius, lui, ne put résister au plaisir de lancer un doloris à l’homme fracassé par son hippopotame. Il agonisait par terre, les os en miettes, mais essayait encore malgré tout d’attraper la baguette magique miraculeusement intacte qui gisait à deux centimètres de sa main droite. Lucius s’avança et, s’arrêtant pile sur la main du type, se baissa pour attraper la baguette en lui piétinant les doigts. Il brisa l’instrument en bois en deux morceaux presque égaux qu’il laissa tomber sous le nez de l’homme. C’était mesquin – mais ô combien délectable. Le regard de l’Auror déjà au comble du désespoir se voila de larmes de terreur amères. Lucius lui adressa un sourire cruel avant que la voix de Rabastan ne détourne son attention.

– Quelle excuse allez-vous pouvoir servir aux moldus cette fois ? disait Rabastan en englobant d’un mouvement de bras le décor apocalyptique qui les entourait. Une explosion de gaz, c’est ça ? Vous vous fatiguez pour rien, chéri. Le Seigneur des Ténèbres ne les épargnera pas. Et vous non plus, si vous persistez à les défendre.

Mais son adversaire ne daignait prêter l’oreille à son petit discours.

– Lamaes ! hurla l’Auror, et une lumière en forme d’épée jaillit de sa baguette magique.

Le bois dont elle était faite incarnait la garde de l’arme. Rabastan éclata de rire alors qu’il parait l’assaut de l’épée lumineuse en invoquant un dôme d’ossements que la lame ne put briser.

– On joue au chevalier sans peur ? persifla-t-il à travers sa palissade glauque.

La barrière d’os s’effondra à ses pieds dans un bruit chantant. L’instant suivant, un puissant éclair fondait sur Byrd qui eut le réflexe salvateur d’ériger devant lui un bouclier argenté, déviant de justesse le sortilège de foudre.

– Remarquable pour un défenseur des moldus. Pugnus demonii !

L’Auror invoqua une seconde fois la main de lumière pour bloquer le poing rouge monstrueux que le Mangemort essayait d’abattre sur lui. Dans les airs au-dessus d’eux, un véritable bras de fer s’engagea entre les deux mains géantes. Petit à petit, celle du Mangemort prit l’avantage. Broyant les doigts de l’autre, elle cherchait à la faire s’effondrer sur elle-même à l’endroit où se tenait Byrd.

– Confringo ! hurla une troisième voix.

La main de lumière rouge se fissura et tomba en miettes. L’instant suivant, une force invisible soulevait Rabastan dans les airs et le projetait à travers l’ouverture béante d’une boutique ravagée par les flammes. Un second Auror venait de prendre part au combat. Son collègue lui adressa un petit signe de gratitude.  Lucius serra les dents, hésitant à se précipiter dans le feu pour se porter au secours de son camarade qu’il était visiblement le seul à avoir vu disparaître dans les décombres, ou à attaquer les deux hommes tant qu’ils ne l’avaient pas encore remarqué. Normalement, réchapper à un incendie ne posait pas de difficulté particulière à un sorcier, mais vu la force avec laquelle Rabastan avait été projeté, Lucius n’était pas certain qu’il soit encore conscient. Si Rodolphus Lestrange apprenait que son petit frère avait brûlé vif dans les vestiges d’une boutique moldue et que Lucius n’avait rien fait pour lui, les Mangemorts n’avaient pas fini d’en entendre parler. Lucius devrait tuer l’aîné aussi pour avoir la paix avant que ce ne soit lui qui ne le tue par vengeance.

Les deux Aurors le soulagèrent de son dilemme en venant l’affronter. Galvanisés par la victoire qu’ils venaient de remporter, ils entamèrent le combat par de puissants sortilèges que Lucius eut du mal à contrer sous l’effet de surprise. Ils échangèrent plusieurs salves d’éclairs jusqu’à ce que les Aurors tentent une attaque coordonnée :

– Andromes ! s’écrièrent en chœur les deux sorciers.

Lucius vit deux filets de lumière fondre sur lui. Une fraction de seconde lui suffit pour comprendre qu’il n’aurait pas le temps de contrer les deux. Il choisit de neutraliser celui de Byrd qui avait l’air d’être le plus puissant, donc celui dont il aurait le plus de mal à se dépêtrer s’il lui tombait dessus. Un jet de lumière pourpre jaillit de l’extrémité de sa baguette et les rets d’un jaune luminescent s’embrasèrent. Des cendres pailletées voletèrent à terre. Lucius pivota pour tenter de faire subir le même sort au second filet avant qu’il ne soit trop tard, mais quelqu’un s’en était chargé à sa place. Deux silhouettes vêtues de grandes capes noires surgirent à ses côtés et l’encadrèrent. Lucius adressa un sourire amical à Antonin et à Wilkes puis reporta son regard gris sur les deux Aurors. Une volonté de destruction brûlait dans les yeux des Mangemorts. Le combat reprit, encore plus féroce, et alors qu’ils envoyaient au tapis l’un de leurs deux adversaires, Lucius vit quelque chose remuer dans l’immeuble devant lui. La silhouette familière de Rabastan émergea de la boutique avec sur le visage la férocité impérieuse du Diable franchissant les portes de l’Enfer. Il ne portait plus de masque et des flammes dansaient sur ses vêtements sans le brûler. Un rictus revenchard déforma ses traits tandis qu’il levait sa baguette vers Byrd, l’Auror qui l’avait projeté dans les flammes. Aussitôt, celui-ci s’écroula sur le béton brûlant et se mit à pousser des hurlements si sonores qu’ils perçaient le grondement de l’incendie, la chute des immeubles qui s’écroulaient sur eux-mêmes comme des châteaux de cartes et les chuintements des sortilèges échangés par les deux camps. Lucius regarda avec un intérêt scientifique le corps torturé de l’Auror au sol. Jamais il n’aurait cru qu’un homme puisse posséder une telle réserve d’oxygène dans ses poumons ni une telle puissance dans les cordes vocales. Mais Rabastan était réputé pour l’exceptionnelle puissance de ses Doloris. Dolohov disait souvent qu’ils auraient doté un épouvantail d’un système nerveux.

Pendant que le cadet Lestrange déchaînait un déluge d’endoloris sur Byrd, le craquement caractéristique du transplanage résonna quelque part sur la droite de Lucius qui ne s’en inquiéta pas, accaparé par la vision jouissive de l’Auror qui beuglait comme si on le coupait en deux. La voix rude de Macnair résonna près de lui.

– C’est bon, nous nous sommes suffisamment amusés. Rentrons avant d’avoir tout le Ministère sur le dos.

À part l’homme que Rabastan torturait et trois autres en train d’agoniser, atteints par les sortilèges vénéneux de Wilkes et Macnair, tous les mages blancs étaient morts alors que les Mangemorts n’accusaient que des blessures sans gravité. Pour Lucius, les raisons d’un tel résultat étaient on ne peut plus limpides : les Aurors avaient été désavantagés par la présence en trop grand nombre de moldus. Pour épargner leurs vies, les employés du Ministère avaient dû se priver d’utiliser leurs meilleures armes alors que leurs adversaires n’avaient pas eu ce scrupule.

– On emporte quelques Moldus ? proposa Macnair.

– Pourquoi pas. Mais qu’est-ce qu’on fait de celui-là ? Fit Rosier en jetant un regard à Byrd qui sanglotait et suppliait Rabastan de l’achever. On l’embarque ? Il a peut-être des informations intéressantes à nous livrer.

– Non, ce n’est qu’un sous-fifre sans intérêt pour nous, intervint Lucius en jetant à l’Auror sanglotant par terre un regard méprisant. Et puis il faut bien que nous laissions au moins un survivant pour que cette attaque passe à la postérité.

Il y avait sur le visage de Rabastan quelque chose de la déception du chien que son maître force à lâcher sa proie alors qu’il délaissait l’Auror à regret.

Les Mangemorts s’éloignèrent en quête de moldus encore en état de marcher. Lucius, lui, demeura auprès de Dolohov auquel il revenait, à lui le plus âgé d’entre eux tous et l’homme le plus proche du Seigneur des Ténèbres, l’honneur et le plaisir d’apposer leur signature sur le massacre perpétré.

– Morsmordre ! Hurla Dolohov en pointant sa baguette vers la voûte céleste chatoyante de la lumière des flammes.

Dans le vacarme de l’enfer déchaîné, dans celui des sirènes de pompiers qui faisaient route à tombeau ouvert pour venir maîtriser l’incendie, un jet de lumière verte fusa vers le ciel envahi de fumée de matières en combustion et de corps brûlés et explosa en myriades de petites étoiles et de lignes épaisses qui dessinèrent la célèbre marque des fidèles de Lord Voldemort. Une clameur d’épouvante monta de toute la ville. Le crâne ouvrit ses mâchoires et un serpent de la même couleur émeraude en sortit et ondoya dans le ciel. Le cœur de Lucius se gonfla d’une joie sinistre devant l’emblème de leur Maître, étendard glauque qui signalait l’emplacement du carnage et avertissait ceux qui s’acharnaient à se dresser en travers de leur route de leur détermination meurtrière à défendre leur idée d’un monde meilleur.

Chapitre 8.jpg
Lucius Malefoy (Harry Potter), fanart. Crédit : inconnu.

Cette fanfiction compte déjà 7 chapitres et vous êtes toujours là ? Merci ! Merci beaucoup ! Si vous voulez m’aider à la faire connaître, partagez-là sur vos réseaux ♥

Et si vous voulez m’encourager pour l’écriture de la suite, un petit commentaire fait toujours chaud au cœur 😉

Rendez-vous dans le courant de l’été pour la suite !

Potterement vôtre,

Chris

PS : Si vous êtes fan d’Harry Potter et de musique, laissez-moi vous offrir  ma version métal préférée du thème d’Harry Potter à l’écoute de laquelle une bonne partie de la scène de combat que vous venez de lire a été écrite.

2 commentaires

  1. Chris Bellabas

    Merci beaucoup pour ton intérêt pour la fanfic et pour avoir pris le temps de me faire un retour. Cela me fait extrêmement plaisir ♥

    Je suis heureux aussi de croiser une autre fan des Malefoy 😀 Ces personnages sont trop souvent sous-estimés. Ils détiennent un tel potentiel narratif dans la situation mitigée (et critique) dans laquelle ils se trouvent depuis l’échec de la mission au Ministère, déchirés et piégés entre leur allégeance à Voldemort et leur envie de survivre.
    C’est vrai que les points de vue de Narcissa et de Drago seraient intéressants à voir aussi. Je m’y pencherai peut-être. Sans faire aussi long que Le Procès Malefoy, mais peut-être des focus sur des passages bien précis de ce récit (par exemple le point de vue de Narcissa le jour du procès de Drago, ou son point de vue sur les terreurs nocturnes de Lucius…).

    Ce que j’adorerais écrire aussi, c’est une histoire qui se passerait dix à quinze ans après celle-ci avec Drago comme protagoniste principal. On verrait son évolution au sein de la société sorcière, comment il s’est adapté (ou pas) au Nouvel Ordre sorcier… Mais je dois terminer mon propre roman avant 😀 (et cette fanfic ci !)

    Merci pour tes encouragements, j’espère que la suite te plaira 😉

    Amitiés potteriennes,

    Chris

    J'aime

  2. Charlotte

    Bravo pour ce chapitre écrit de main de maitre. On ressent que le chapitre a été écrit avec beaucoup de soin comme les précédent pour ainsi dire. Ce chapitre est sombre. Même pour les Mangemorts!Enfin j’aime Lucius,Narcissa,Drago qui sont mes personnages préférée. Même les enfants ne sont pas épargnés .Si lucius s’en sort a son procès j’ aimerai avoir une suite. Même du point de vue de Drago ou Narcissa.J’ai hâte de lire la suite!Bonne continuation !

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s