Jurassic Park : comparaison entre le roman de M. Crichton et son adaptation par S. Spielberg, jour 3 : Un goût de paradis

Retrouvez les commentaires des précédents jours / chapitres ici :

Jour 1
Jour 2

⚠️ Attention, les articles contiennent tous des spoilers sur des éléments du livre non portés à l’écran.

Par ailleurs, toutes les données scientifiques que je peux présenter en parallèle de la comparaison des deux œuvres reflètent l’état actuel de la science. Les années à venir et la découverte de nouveaux spécimens de dinosaures conduiront peut-être les paléontologues à revoir certaines de leurs idées et positions. (Vous verrez dans d’autres chapitres que la paléontologie, la science des êtres disparus, a beaucoup progressé depuis l’écriture de Jurassic Park).

Troisième jour de notre balade à Jurassic Park, troisième chapitre et… oh ! Un dinosaure pointerait-il déjà son charmant petit museau plein de crocs ?

La découverte du décor et des protagonistes constitue déjà une surprise en elle-même : en effet, dans Un goût de paradis, nous suivons cette fois les Bowman, une famille de Dallas venue passer quelques jours de vacances au Costa Rica. Après une longue route, père, mère et fille décident de faire halte sur une plage pour un petit pique-nique. En jouant dans le périmètre, la petite fille découvre un singulier lézard vert possédant trois doigts comme les oiseaux, haut de trente centimètres…

Cette situation ne vous rappelle rien ?

Installez-vous confortablement, après la mise en bouche constituée de l’introduction et du prologue, il semble que nous amorcions le vrai voyage en terres dinosauriennes.

1511-cabo-blanco-plage
Une plage de la réserve de Cabo Blanco où se situe l’action de ce troisième chapitre, ainsi que l’action de la scène d’exposition de Jurassic Park : The Lost World (le deuxième film pour celleux qui n’auraient pas suivi).

Un goût de paradis

Oui, le présent chapitre a bien inspiré à Spielberg la scène d’exposition du deuxième volet cinématographique de Jurassick Park. Toutefois le réalisateur a pris quelques libertés dans la scène d’ouverture de Jurassic Park : The Lost World (en français « Le Monde Perdu »).

Dans le roman de Michaël Crichton, la famille est une famille aisée de Dallas qui parcourt les routes du Costa Rica en voiture. Nous apprenons que le père est un promoteur immobilier et que la petite fille, Tina, liste scrupuleusement toutes les espèces animales rencontrées pendant leur voyage pour pouvoir en parler devant sa classe à la rentrée.

Steven Spielberg a respecté la classe sociale de la famille, mais est allé encore plus loin dans la démonstration de son aisance financière puisque la scène d’ouverture de Jurassic Park : The Lost World montre ce qu’on imagine être un yacht ancré au large. Puis un groom apparaît et nous découvrons les trois membres de la famille entourés de leurs employés préparant un pique-nique (haut de gamme, avec champagne) sur la plage.

Spielberg a d’ailleurs littéralement repris un dialogue du livre puisque lorsque la petite fille manifeste le désir de s’éloigner pour aller jouer, la mère s’inquiète et, comme dans le roman, lance à son mari :

« Et les serpents ? »

Ce à quoi monsieur répond :

– Je t’en prie […], il n’y a pas de serpents sur une plage.»

Dans le film comme dans le roman, la petite fille – Tina dans le roman, Cathy dans le film – s’éloigne donc de ses parents pour aller s’amuser. Tina est toutefois plus studieuse que son homologue de cinéma, car elle cherche de nouveaux animaux à ajouter à la liste qu’elle tient pour l’école. C’est alors qu’elle entend gazouiller dans les buissons (comme Cathy). Elle s’approche, pensant avoir affaire à un oiseau, et alors…

« Elle découvrit la source du gazouillement. A quelques mètres d’elle, un grand lézard sortit de la mangrove et la regarda avec curiosité. »

Nous y sommes. Le fameux face à face dinosaure / être humain. Enfin, avec un dinosaure gros comme un « grand lézard », il ne peut rien se passer de fâcheux, n’est-ce pas ?

« Le lézard se dressa sur ses pattes arrière, sa queue épaisse lui servant de balancier, et continua de la regarder fixement. Dans cette position, il était haut de près de trente centimètres, avec un corps vert foncé au dos rayé de brun.  Ses petits membres antérieurs se terminaient par de minuscules doigts de lézard avec lesquels il battait l’air.»

Sans surprise, Tina et Cathy le trouvent mignon. Jusqu’à ce qu’il se jette sur elles pour les pincer et tenter de les becter avec ses petites dents. Et la situation est encore pire dans le cas de Cathy qui fait face non pas à un, mais à tout un groupe de ces animaux (sans doute pour rendre la scène plus menaçante et plus impressionnante pour le cinéma).

Tandis que le chapitre se ferme sur les parents qui entendent leur fille pousser des hurlements, les parents du film, entendant également les hurlements de leur fille, se précipitent avec l’équipage du yacht pour lui porter secours et la scène se ferme cette fois sur le visage frappé d’épouvante de la mère tandis qu’elle hurle à s’en arracher les poumons, laissant supposer la mort de leur enfant hors champ. Dans le film, John Hammond mentionne cet incident (un de plus) à Ian Malcolm et nous apprenons que Cathy a survécu. Quant à Tina… mais nous n’en sommes pas encore arrivés à ce chapitre là 😉

En revanche, je peux déjà vous révéler le nom du meurtrier préhistorique, d’autant plus que malgré les apparences, il ne s’agit pas du même animal dans le livre et dans le film, même s’ils se ressemblent beaucoup.

Dans le livre, le dinosaure qui attaque l’enfant est un procompsognathus. Je trouve qu’il est symbolique et à mon avis pas du tout hasardeux que ce dinosaure soit le premier spécimen vivant à être dévoilé aux lecteurs•trices dans le roman. En effet, procompsognathus est l’un des plus anciens dinosaures connus : il vécut à la période appelée Trias, soit au début du règne des dinosaures, à l’époque où tous les continents n’en formaient qu’un seul : la Pangée. Ainsi, Procompsognathus fait figure de prélude aux créatures de plus en plus impressionnantes, merveilleuses ou cauchemardesques, qui le suivront dans le roman comme dans l’histoire de l’évolution.

Dans le film Jurassic Park : The Lost World en revanche, les dinosaures qui attaquent l’enfant, s’ils ressemblent beaucoup à procompsognathus au point que certains paléontologues pensent qu’il s’agit de la même espèce, sont des compsognathus. Ce nom signifie « mâchoire élégante » quand celui de procompsognathus veut dire « avant la mâchoire élégante », témoignant de son statut d’ancêtre supposé de compsognathus. Cette théorie n’a cependant jamais pu être prouvée et semble peu probable, car procompsognathus vécut au Trias supérieur et compsognathus au jurassique supérieur. Autrement dit, les deux dinosaures sont séparés par près de 105 millions d’années (une bagatelle) et il est difficile de concevoir que procompsognathus ait stagné tout ce temps avant de devenir compsognathus.

Devant cette divergence entre le livre et le film, nous ne pouvons que nous demander s’il s’agit d’une nouvelle erreur volontaire de Spielberg qui aurait estimé le nom de compsognathus plus facile à retenir pour le public que celui de procompsognathus (hummm, il faut le dire vite, littéralement – essayez un peu d’enchaîner compsognathus procompsognathus plusieurs fois très vite à voix haute). Après tout, il nous a déjà fait ce coup là pour les raptors qui sont bien trop grands pour être d’authentiques vélociraptors (ceux-ci arrivant en réalité à peine au genou d’un être humain). Néanmoins Spielberg a jugé que vélociraptor constituait un nom plus facile à retenir qu’utahraptor, « voleurs de l’Utah », ou deinonychus, « griffe terrible », deux espèces qui correspondent pourtant davantage aux dimensions de ses monstres de cinéma.

Il pourrait aussi s’agir, de façon plus courageuse, d’un parti pris de Spielberg en faveur de la théorie scientifique selon laquelle procompsognathus et compsognathus seraient en fait un seul et même animal. D’ailleurs, plus loin dans le film, le paléontologue Robert Burke identifie ce dinosaure comme un « compsognathus triassicus». Ou peut-être Spielberg avait-il une autre bonne raison de préférer compsognathus à procompsognathus, en tout cas contrairement au cas des raptors, les dimensions de l’animal représenté dans le film correspondent bien à celles de compsognathus dont seulement deux fossiles ont été exhumés. Le fossile de dinosaure le plus complet retrouvé en France est d’ailleurs celui d’un compsognathus si bien fossilisé que les restes de son dernier repas, composé de petits lézards, sont également visibles entre ses côtes.

Le parallèle entre le chapitre de Crichton et la scène d’exposition de Spielberg m’interroge également sur un autre point : dans ce chapitre, il n’est nulle part fait mention d’Isla Sorna, cette fameuse deuxième île au large d’Isla Nublar où InGen ferait naître les dinosaures avant de les transporter dans le parc et sur laquelle se déroule l’attaque de Cathy par les compsognathus. Il me semble d’ailleurs avoir lu qu’à la base, Crichton n’avait pas prévu qu’InGen disposait de plusieurs îles (chose que je vérifierai pendant cette lecture) et qu’il ne s’agit là que d’un rajout destiné à faire tenir debout l’intrigue du deuxième film. Le roman de Crichton en tout cas indique que cette scène se déroule dans la réserve biologique de Cabo Blanco, un endroit accessible par voie terrestre par tous. Comment diable des dinosaures, même aussi petits que procompsognathus, ont pu s’échapper de l’île et se retrouver dans une réserve biologique du Costa Rica ? Il semble que les mesures de sécurité du parc n’aient pas besoin de l’intervention d’un informaticien cupide pour s’avérer défaillantes.

Compsognathus
Compsognathus dans la scène d’exposition de Jurassic Park : The Lost World. Adorable petite bestiole, non ? (Ceci n’est pas de l’ironie, c’est la Tina/Cathy qui parle en moi).

Merci pour votre fidélité au blog qui me fait chaud au cœur ! (surtout quand je parle de sujets aussi importants pour moi que mes chers dinos).

Au passage, j’en profite pour vous signaler que l’excellente web-émission d’ARTE, Tu mourras moins bête, a produit cette semaine un épisode sur la probabilité de cloner des dinosaures. Je le pose là pour celleux qu’il intéresserait. Il semble qu’il nous faudra nous contenter des chickenosaures (et c’est sans doute mieux comme ça).

@ demain pour la suite de notre aventure,

Chris

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