Jurassic Park : comparaison entre le roman de M. Crichton et son adaptation par S. Spielberg, jour 5 : La plage

Retrouvez les commentaires des précédents jours / chapitres ici :

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Jour 2
Jour 3
Jour 4

⚠️ Attention, les articles contiennent tous des spoilers sur des éléments du livre non portés à l’écran.

Bien le bonjour, mes raptors ! En ce début de semaine, après un week-end où j’ai pu me détendre et me reposer correctement, je reviens en forme pour poursuivre notre comparaison du travail de Michaël Crichton et de Steven Spielberg sur Jurassic Park.

Dans ce chapitre qui ne figure pas dans l’adaptation cinématographique, l’un des protagonistes des chapitres précédents revient sur la plage où Tina a été attaquée et… se fait dévorer.

Je plaisante. Les dinosaures s’enverront bien assez d’humains par la suite (notamment parce qu’ils auront compris que nous constituons une espèce facile à chasser), alors n’allons pas trop vite en besogne.

Non, pour une fois, c’est un dinosaure qui se fait bouloter.

cabo blanco
Quand je regarde cette forêt en bord de plage de Cabo Blanco, je n’ai aucun mal à me représenter un dinosaure en sortir. Source.

La plage

Le témoignage de Tina a perturbé le docteur Guitierrez et nous le retrouvons sur la plage où elle a été mordue, à la recherche de l’animal responsable de l’incident, car il doute de plus en plus qu’il s’agisse réellement d’un basilic. D’autant que ce type d’attaques tend à se multiplier sur la côte, particulièrement à l’encontre des nourrissons, attaqués dans leur sommeil par des lézards semblables à celui qui s’en est pris à Tina. Le chercheur se demande si ces animaux n’appartiendraient pas en réalité à une espèce non encore répertoriée.

Alors qu’il s’apprête à repartir bredouille après plusieurs heures de recherches, Guitierrez aperçoit un singe hurleur en train de dévorer un lézard correspondant à la description de Tina. Bingo. Il parvient à récupérer la dépouille et décide de l’envoyer pour identification à Edward H. Simpson, professeur honoraire de zoologie à l’université de Columbia, à New York.

Ce chapitre est court, néanmoins l’importance du message écologique porté par Jurassic Park, fondu dans le canevas de toute l’œuvre, commence à s’y dessiner nettement. Il est triste de constater que les phénomènes dénoncés par l’auteur, comme la déforestation, n’ont pas ralenti aujourd’hui, au contraire, et certains passages trouvent même un écho particulier en 2020. Je vous laisse en juger par vous-mêmes avec cet extrait :

« On découvrait sans cesse de nouvelles espèces et, pour une raison navrante, ce phénomène prenait de l’ampleur depuis quelques années. La déforestation gagnait tout le pays et, à mesure que leur habitat était détruit, les espèces vivant dans la forêt changeaient de milieu et parfois aussi de comportement.

Il était donc tout à fait plausible qu’il s’agisse d’une espèce inconnue. Mais, en même temps que l’excitation provoquée par cette idée, il y avait l’éventualité inquiétante de nouvelles maladies. Les lézards étaient porteurs de maladies virales dont certaines pouvaient être transmises à l’homme. […] Il était donc important de  découvrir ce nouveau lézard,  ne fût-ce que pour déterminer s’il était porteur d’un virus. »

Ces deux paragraphes vous évoquent forcément quelque chose. Outre la destruction de la nature à laquelle nous assistons (et participons parfois par nos choix de consommation) depuis plusieurs décennies, l’ombre encore vivace de la crise sanitaire que nous venons de traverser se profile juste derrière les mots de Crichton, pourtant écrits il y a vingt ans. Je ne lancerai aucun débat sur l’origine du Covid-19, car je ne possède aucune source sûre à ce propos et que je n’aime pas m’étendre sur des sujets qui m’échappent. Néanmoins, je ne serai pas étonné que l’hypothèse première de la proximité trop grande entre l’humain et les espèces sauvages, du fait de la déforestation et de l’extension corolaire des zones urbaines, se vérifie concernant l’apparition du coronavirus (comme pour d’autres virus auparavant et sans doute d’autres après lui).

Vingt années plus tard, le message écologique de Jurassic Park reste toujours d’une désespérante et cruelle actualité. Bien sûr les consciences s’éveillent. Nos alimentations se végétalisent, de plus en plus de personnes se soucient de la préservation des espèces et de leurs biotopes, mais les changements sont longs à s’opérer, et nous sommes engagés dans une course contre la montre (et contre la honte).

Bien sûr, l’intervention humaine est étrangère à la disparition des dinosaures, mais tandis que les géants de la préhistoire se sont éteints d’eux-mêmes après des millions d’années de règne, l’humain, par son comportement de pilleur, ne laisse même plus le temps aux espèces de disparaître d’elles-mêmes et encore moins d’évoluer. De nombreux animaux, tels que les dodos, ont ainsi rejoint les dinosaures au rang de symboles des espèces éteintes et des mondes disparus, mais par la faute de l’être humain cette fois.

Jurassic Park nous met non seulement en garde contre la tendance humaine à s’arroger spontanément le pouvoir de vie ou de mort sur tout ce qui l’entoure (nous verrons dans quelques chapitres que le personnage de John Hammond, le richissime créateur de Jurassic Park, verse pleinement dans cette mentalité mégalomane au mépris des vies animales et humaines sous sa responsabilité), mais l’œuvre nous alerte aussi sur les conséquences tragiques que toute action humaine non réfléchie peut générer sur la chaîne du vivant. Un personnage en particulier porte ce rôle de donneur d’alerte dans l’œuvre de Crichton : le mathématicien Ian Malcolm, un adepte de la théorie du chaos selon laquelle tout système complexe (ce qu’est nécessairement la Vie) peut basculer du calme plat à l’instabilité la plus implacable en quelques instants.

Il semble que notre monde ait testé et vérifié la théorie du chaos à grande échelle lors de l’extinction des dinosaures. En effet, ceux-ci ne se trouvaient pas du tout en déclin au moment de leur disparition, et les paléontologues ont mis au jour des preuves témoignant que de nouvelles espèces continuaient à apparaître jusqu’à l’impact de la météorite qui aurait mis un terme à leur règne à la fin du crétacé, formant le cratère de Chicxulub. Ainsi, sans cet incident, les dinosaures auraient pu continuer à régner encore longtemps sur la planète. Au lieu de quoi ces malheureux animaux sont devenus les symboles des titans vaincus, incapables malgré leur taille et leur puissance de se défendre contre les forces déchaînées de la Nature, mais aussi les symboles de mondes disparus qui ne vivront plus jamais que dans l’esprit et les rêves humains.

Le symbolisme inhérent aux dinosaures fait incontestablement parti des raisons qui ont fondé ma fascination pour ces animaux. Indépendamment des nombreux livres et films qui portent ce nom, le qualificatif de Monde Perdu sous lequel nous désignons souvent leur époque m’a toujours laissé aussi rêveur que méditatif.

Ces créatures d’un autre âge incarnent bien un monde perdu, à jamais révolu, un monde qui apparaît si prodigieux même aux yeux de nos sociétés habituées au spectaculaire et à l’expression de l’imaginaire qu’il existe aujourd’hui des gens (certes sans doute très peu informés ou intéressés par la science, mais je parle bien de Français du 21eme siècle) qui remettent en cause l’existence des dinosaures et les considèrent uniquement comme des monstres de cinéma.

Si l’idée m’a d’abord sidéré, peut-on vraiment en vouloir aux incrédules ? Moi aussi, la vision de ces squelettes extraordinaires dans les musées me laissent toujours profondément songeur, et aussi immensément triste et en proie à un sentiment qui s’apparente étrangement à de la nostalgie.  Les dinosaures ont été si puissants et si incroyablement adaptatifs (ils ont tout de même régné sur Terre pendant 160 millions d’années, 160 MILLIONS d’années bon sang ! alors qu’homo sapiens n’est apparu qu’il y a 300 000 ans), comment imaginer que l’évolution ait pu les balayer comme un enfant capricieux balancerait par dessus bord les figurines de son plateau de jeu d’un revers de bras ? Comment imaginer que ces formidables créatures exposées dans les musées aient pu un jour être vivantes, s’animer, marcher, manger, se battre ou prendre soin de leurs petits ?

Les dinosaures représentent pour moi le symbole suprême et absolu de la puissance de la Nature et de l’irrémédiabilité de l’extinction du Vivant, et Michaël Crichton n’aurait pas pu choisir meilleurs animaux pour endosser le message profondément écologique de Jurassic Park, dimension que Spielberg a d’ailleurs parfaitement su faire ressortir dans les deux premiers films (dans Jurassic Park : The Lost World, le film prend ouvertement position contre la chasse et l’exploitation des animaux pour le divertissement).

Face à l’exemple de ces titans disparus, emportés par des forces encore plus redoutables qu’eux, nous les humains aurions peut-être intérêt à faire preuve d’un peu plus d’humilité.

Les dinosaures n’ont pas disparu du jour au lendemain après l’impact de la météorite, dans une série d’explosions et de catastrophes naturelles concentrées sur 24 heures comme dans les scénarios de films apocalyptiques. Elle résulte plutôt d’une combinaison de facteurs qui ne leur a laissé aucune chance. Le monde a changé trop rapidement pour leur laisser une chance de s’adapter une nouvelle fois, comme ils avaient su si brillamment le faire jusqu’à présent. Il n’était tout simplement plus fait pour eux.

Et si nous, les êtres humains, nous étions déjà des dinosaures sans en avoir conscience ? Et si la Terre avait déjà commencé à amorcer son prochain grand changement et que nous n’y étions tout simplement pas préparés, car nous sommes incapables de saisir les signaux d’alerte que nous envoie notre environnement, accaparés que nous sommes à sauver nos économies et nos modèles de sociétés ?

L’ironie serait que nous disparaissions de notre propre faute. Mais ce scénario digne des films « catastrophe » les plus dramatiques semble le plus probable aux yeux des spécialistes.

Les dinosaures ont subi leur disparition, mais peut-être que nous serons à l’origine de la nôtre et cette perspective me désole.

Enfin, je ne voudrais pas vous déprimer donc je vais m’arrêter là pour cet article et vous souhaiter pour demain 14 juillet une jolie journée de fête nationale et une excellente journée de la non binarité !

Merci de m’avoir lu,

Chris

Jurassic Park Procompsognathus
Fanart d’un procompsognathus. Source.

 

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16 commentaires sur “Jurassic Park : comparaison entre le roman de M. Crichton et son adaptation par S. Spielberg, jour 5 : La plage

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  1. Le plaidoyer dans cet article m’a beaucoup touché. Et je ne pense pas qu’un parallèle avec la crise covid soit malvenu u_u Ton analyse depuis le jour 1 est très intéressante à lire, j’ai mon exemplaire quelque part, il faut que je te rejoigne dans cette lecture !! 🙂

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    1. Désolé pour le délai de réponse, le travail prend tout mon temps de cerveau disponible (et c’est pire à l’approche des congés puisqu’il faut tout boucler avant de partir).

      Merci pour ta lecture assidue de cette analyse et pour ton intérêt ! Tu es bienvenu quand tu veux pour m’accompagner dans cette #BaladeAJurassicPark 😀 Certes, je ne suis pas Alan Grant, mais je m’y connais assez en dinosaures pour te dire quand courir 😀

      Aimé par 1 personne

  2. Je n’ai pas retrouvé mon exemplaire pour le moment, tant pis^^

    Je ne me rappelais plus trop cette dimension dans le livre. Et après on dira que les littératures de l’imaginaire, c’est n’importe quoi (n’empêche que si on avait prêté plus d’attention à ses messages… bref…)

    Parenthèse covid (je ne me rappelle plus où j’avais vu ça, mais il me semble que c’est l’une des théories de l’OMS : le territoire des animaux se réduisant de plus en plus, nous nous retrouvons en contact avec des animaux, des virus et des bactéries avec lesquelles nous n’avions jamais interagi auparavant. Et on voit ce que ça a donné, je pense notamment aux virus occidentaux qui ont décimé les Amérindiens, et je pense qu’on doit pouvoir trouver d’autres exemples. La Terre se remettra très bien de nos conneries, nous en revanche… Bref bis).

    J’ai toujours été fasciné par les dragons et les « monstres » en général, donc je comprends complètement ta fascination pour les dino (et je me demande dans quelle mesure le mythe du dragon ne vient pas des découvertes d’os et de crânes gigantesques).

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    1. Oh non, c’est triste ! J’aurais beaucoup apprécié avoir de la compagnie pour cette balade ^^ ne renonce pas \o/

      Je me suis souvent fait la même réflexion que toi à propos des réalités retranscrites par les littératures de l’Imaginaire. Ce propos mériterait qu’on y consacre un article entier, mais les univers fantasy / fantastique / SF peuvent en dire autant sur notre monde que la littérature blanche. Ils exprimeront simplement les réalités autrement, mais leur message sera tout aussi fort. Mais encore faut-il accepter de passer par-dessus ses préjugés et d’ouvrir l’un de ces livres « de l’Imaginaire » (mais la littérature blanche aussi raconte des récits imaginaires) pour s’en rendre compte.

      Pour le Covid, effectivement j’avais lu ça également dans une communication de l’OMS et des chercheurs avaient approuvé l’hypothèse. Quant à ton affirmation sur le fait que « la Terre se remettra très bien de nos conneries, nous en revanche… », elle m’a fait sourire car tu tombes en plein dans le message de Jurassic Park. C’est encore une fois le personnage de Ian Malcolm qui exprime cette idée : « Nous n’existons sur Terre que depuis une fraction de seconde et, si, demain, nous devons disparaitre, notre absence passera inaperçue. » (serais-tu la nouvelle Mrs Malcolm ? 😀 )

      Les dragons m’ont toujours fasciné également, et il est prouvé que de nombreux restes de dinosaures sont à l’origine de mythes mettant en scène des dragons ou des géants de par le monde. Au point que les paléontologues ont pris l’habitude de tendre l’oreille à ces histoires, car elles les ont déjà conduits vers de jolis filons d’os par le passé 😉

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      1. Promis, je te rejoins dès que possible \o/

        J’avoue que j’ai une préférence pour les littératures de l’imaginaire, parce qu’on trouve tout dedans ^^

        Ou alors mon inconscient a fait ressortir cette citation grâce à la lecture de tes articles 😉 et pour les dragons/dinosaures, apparemment je ne suis pas si à côté alors ^^

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    2. Le mythe des dragons vient totalement de la découverte d’ossements « géants » ! Celui du griffon aussi viendrait des crânes de je-ne-sais-plus-lesquels dont les mâchoires ressemblent à un bec (les tricératops par exemple). L’idée de créatures géantes, humanoïdes ou autres, vient de ces os qu’on découvrait mais qu’on était incapable d’analyser. Tout au plus l’état des os pouvait faire dire qu’ils étaient vieux, et que ces créatures n’étant jamais rencontrées, on supposait qu’elles avaient disparu.
      Je vous redonnerai le lien de l’article qui en parlait, c’est super intéressant ! ^^

      Aimé par 2 personnes

        1. En fait, je parlais de la série de numéros des Cahiers de S&V… x’) Mais tes articles sont aussi très intéressants à lire, comme je te l’ai déjà dit !! 😀

          Aimé par 1 personne

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