Le Procès Malefoy, chapitre 10 : Les Enfants des Ténèbres [fanfiction Harry Potter]

Rappel des liens des chapitres précédents

Chapitre 1 : La Déchéance des Malefoy
Chapitre 2 : Le Nouvel Ordre
Chapitre 3 : Le Besoin d’un père
Chapitre 4 : Quelques Mots de réconfort
Chapitre 5 : La Morsure des Ténèbres
Chapitre 6 : Le Procès de Drago
Chapitre 7 : L’Apogée de la Terreur
Chapitre 8 : Psychomage et thérapie ?
Chapitre 9 : Hantise et strangulation

Temps de lecture estimé : 19 minutes

– Chapitre 10 –

Les Enfants des Ténèbres

🐍

« Te revoilà, fit Abraxas Malefoy dans un rictus grinçant. Je savais bien que tu reviendrais.

Lucius goûta peu son sarcasme. Évidemment, il ne pouvait échapper éternellement au sommeil et il arrivait tôt ou tard toujours un moment ou il lui fallait poursuivre l’affrontement avec son père.

Il chercha des yeux les ombres, terrifié à l’idée qu’elles tentent de l’étouffer à nouveau, mais leurs silhouettes effrayantes demeuraient invisibles, peut-être embusquées dans les sous-bois. Ou alors se tapissaient-elles réellement à l’intérieur de lui-même désormais…

« J’ai réfléchi, reprit Abraxas qui l’étudiait. J’accepte de te laisser une dernière chance. »

Lucius persista dans son silence, trop occupé à guetter le moindre mouvement autour de lui, mais ses ennemies mortelles restaient hors de vue.

Ce calme l’angoissait. Comment imaginer qu’il n’était pas trompeur ? Son père lui préparait forcément un autre mauvais coup.

Comme pour confirmer ses craintes, Abraxas dit :

« Te rappelles-tu vos réunions de Mangemorts dans les bois derrière cette demeure, Lucius ? Tu étais jeune, sans doute le plus jeune lieutenant du Seigneur des Ténèbres, et pourtant il t’avait choisi parmi tes aînés pour repérer et enrôler les jeunes talents à Poudlard, puis plus tard pour le seconder dans le commandement de ses partisans.

La perspective que ces propos lui ouvrait détacha momentanément Lucius de sa peur pour lui insuffler un regain d’énergie rageur.

– Ah non, vous n’allez pas remettre ça. Vous pouvez exhumer tous les plus brillants souvenirs de ma mémoire si cela vous fait plaisir, mais je peux vous garantir qu’aucune vision ne me fera revenir sur ma décision.

– Tu étais jeune, mais quel charisme tu possédais déjà, poursuivit Abraxas comme s’il ne l’entendait pas. Tu les envoûtais, ces jeunes recrues… J’étais si fier de toi alors… Tu brillais à l’époque, au point de même fasciner le cadet des frères Lestrange malgré leur animosité naturelle envers toi. Tous te considéraient comme un modèle et tu peux me croire, tous t’enviaient. Toi l’héritier d’une longue lignée de sorciers au Sang-Pur engagée dans la construction de ce monde meilleur qui les faisait tous fantasmer ; toi qui en plus jouissais de la pleine confiance du Seigneur des Ténèbres, le plus grand sorcier de son temps… Tu as été une figure de ton époque, Lucius.

– Oui, j’ai été. Cette réalité appartient à un passé déjà lointain. La roue tourne, père, même pour les Malefoy. Après la lumière éclatante de la gloire, les abysses de la déchéance et le sceau de l’infamie. Que pouvons-nous y faire ? Notre survie ne dépend plus que d’une seule chose, notre faculté à nous adapter aux valeurs de la nouvelle ère qui se profile.

– Dois-je comprendre que tu comptes marier ton fils à une moldue ?

– Je n’irai pas jusque là, et jamais ne les défendrai, répondit Lucius avec mépris. Drago se mariera à une Sang-Pur, mais il n’est plus question pour les Malefoy de suivre quiconque dans une croisade contre les Moldus pour au moins dix générations.

Lucius se tendit en voyant Abraxas marcher vers lui.

– Tu te laisses aveugler par ta peur, dit son père en approchant. Laisse-moi te montrer de quoi tu es fais, puisque tu sembles l’avoir oublié. Laisse-moi te rappeler combien tu étais puissant et tout ce que l’homme que tu es aujourd’hui doit au jeune homme qu’il était alors… Comme ce serait mal l’honorer que de courber l’échine devant des adversaires qui se régaleront de ta soumission. »

Son père s’arrêta si près de lui qu’il aurait pu le toucher juste en tendant la main. Lucius hésita à reculer. Il détestait l’aura qui se dégageait d’Abraxas. Une essence de brutalité et de malfaisance qui le faisait frémir à quarante quatre ans exactement comme lorsqu’il en avait dix. Cependant, le premier adversaire qu’il estimait avoir et devant lequel il lui importait de ne pas céder, c’était bien son père. Aussi s’efforça-t-il de conserver calme et position, mais mal lui en prit. Avant qu’il n’ait eu le temps de réagir, Abraxas l’attrapa par les épaules.

Les yeux de Lucius s’étrécirent en le fusillant. Dommage qu’ils n’eussent été ceux d’un basilic pour frapper mortellement son père.

« Que faites-vous ? Dit-il, serrant les dents de rage.

Il s’en voulait de n’avoir pas anticipé ce geste. Les doigts d’Abraxas le serraient si fort qu’ils l’auraient transpercé s’ils avaient été griffes. Cette poigne et la rosserie qu’il lisait sur le visage face à lui le paralysaient.

– Regarde… »

La figure d’Abraxas se brouilla comme un tableau à peine achevé sur lequel quelqu’un aurait renversé de l’eau. Les silhouettes des arbres perdirent en consistance et s’évaporèrent comme des formes de fumée alors que le reste du jardin se fondait en une traînée de couleurs bleues, noires et vertes tourbillonnantes dans laquelle son père fut aspiré.

Le décor qui se stabilisa autour de Lucius quelques instants plus tard n’avait plus rien en commun avec le parc savamment entretenu dans le voisinage proche du manoir. Il se trouvait maintenant en pleine forêt.

Ni Abraxas ni les ombres ne surgirent durant les longues minutes où il resta immobile, désorienté et apeuré, mais il ne commettrait pas l’erreur de baisser sa vigilance deux fois de suite.

Sur le qui-vive, les yeux fouillant les alentours avec une appréhension grandissante, Lucius se concentra sur les sensations que son corps captait. La douceur de la température, qui avait gagné plusieurs degrés, et le feuillage dense des arbres lui permirent de déduire que le fantôme venait de le transporter dans une nuit estivale. Quel souvenir qui s’était déroulé par une nuit d’été dans la forêt du domaine Abraxas comptait-il lui faire revivre ? Tant d’événements s’étaient déroulés en ces lieux…

« Vous perdez votre temps, rien de ce que vous me montrerez ne me fera changer d’avis ! » Hurla-t-il à la nuit.

Personne ne lui répondit.

En balayant le paysage d’un regard circulaire, écarquillant les yeux sous l’effet de la peur en sondant les profondeurs de l’obscurité, Lucius remarqua deux initiales dorées gravées dans le tronc d’un orme. Un L et un N entrelacés brillaient délicatement sous l’éclat d’une lune gibbeuse.

Ses lèvres frémirent puis fléchirent pour former un sourire. Lucius s’attendait si peu à revoir cette preuve de l’affection qui le reliait à Narcissa en pareil moment ! Il ne put résister à l’envie de passer sa main sur l’écorce. Les deux lettres flamboyèrent à son contact, devenant soudainement aussi lumineuses que les yeux d’un chat dans la nuit, puis leur luminescence décrut progressivement et elles retrouvèrent leur éclat d’origine. Lucius se rappelait du jour où sa baguette désormais perdue, car elle s’était brisée entre les mains de Voldemort quand celui-ci avait tenté de tuer Harry Potter lors de son transfert hors de chez les Moldus qui l’avaient élevé, avait gravé ces initiales dans le bois.

Lucius et Narcissa, âgés de 17 et 16 ans et se sachant depuis longtemps promis l’un à l’autre par leurs familles respectives, avaient passé tout un après-midi à se promener dans le parc du domaine Malefoy en échangeant tantôt des banalités, tantôt des conversations plus philosophiques sur leur vision de la vie et du monde. Bien sûr, comme l’exigeait la bienséance de leurs familles aristocratiques, les deux futurs époux ne déambulaient pas seuls. Leur promenade se faisait en compagnie de leur chaperon, en l’occurrence Abraxas, et Lucius, pour plaire à sa fiancée, et parce que sa pudeur et la virilité prônée par son père lui interdisaient d’exprimer les sentiments naissants qu’il éprouvait pour elle, avait eu l’idée de se déclarer de cette discrète façon.

Devant leurs deux initiales entrelacées, Narcissa avait d’abord jeté un regard craintif en direction d’Abraxas, mais l’attention du patriarche Malefoy était accaparée par le jeune Dobby qui avait malencontreusement marché sur un parterre de choux mordeurs de Chine. Rassurée, Narcissa s’était tournée à nouveau vers le tronc de l’orme puis vers Lucius, et celui-ci avait vu l’émotion monter dans ses jolis yeux d’un bleu de glace et les faire pétiller.

Lucius avait souri en peinant à contenir son bonheur devant ce témoignage manifeste de la réciprocité des sentiments.

La benjamine des Black avait toujours exercé sur lui un attrait semblable à celui de l’abeille pour la rose la plus odorante d’un jardin. C’est vers l’âge de sept ans, alors que les Black et d’autres nobles familles de sorciers s’étaient rendues au manoir Malefoy pour une réception estivale, que Lucius avait été envoûté par Narcissa. Sa bouche pâle, son nez grec, sa voix claire, son air réservé, sa peau blanche comme les lys et l’or de ses cheveux, d’un blond plus soutenu que les siens, le fascinaient. Tout en elle avait fait battre le cœur du garçonnet qui ne savait sur quel compte mettre son émoi. Tout comme lui, Narcissa portait déjà la gravité d’une adulte et Lucius aimait par dessus tout la voir sourire, car alors elle resplendissait comme un bijoux enchanté.

À onze ans, quand Abraxas Malefoy lui avait appris que Narcissa lui était promise depuis près de dix ans déjà, Lucius s’en était d’abord inquiété. Narcissa serait-elle heureuse en découvrant l’identité de son futur époux ? Lui en tout cas s’en réjouit en la revoyant quelques semaines après cette annonce. Lucius était ravi que cette jolie poupée à la taille gracile, au teint pâle comme à la mode ancienne et aux bonnes manières lui fut destinée.

Le temps passant avait confirmé l’élan du cœur que Lucius éprouvait pour elle : tout en Narcissa lui semblait d’une élégance rare, d’un raffinement à la fois simple et recherché, si bien que son bonheur d’avoir hérité de la benjamine Black augmentait au fil des années quand Bellatrix Black, l’aînée au tempérament vigoureux, était revenue au premier-né des frères Lestrange. Rodolphus. Lucius appréciait la personnalité vive et incisive de Bellatrix, mais il lui préférait de loin la douceur et la grâce de sa jeune sœur. Abraxas partageait d’ailleurs cet avis.

« Je suis heureux d’avoir pu t’obtenir la main de Narcissa, avait-il déclaré à Lucius dans sa dix-neuvième année, quelques jours avant le mariage. Bellatrix est beaucoup trop impétueuse, tu aurais dû passer ton temps à la corriger. Quant à Andromeda, elle me semble beaucoup trop indolente. La possession d’un elfe de maison ne doit pas encourager une épouse à lambiner. Il n’existe pas de pire fléau qu’une femme paresseuse. Ce qu’il te faut, c’est une femme douce, assez intelligente pour que tu ne t’ennuies pas auprès d’elle, et qui ait néanmoins la poigne nécessaire à la bonne tenue d’une maison. Narcissa constituait le meilleur choix pour tout ça. Rodolphus arrivera peut-être à tirer quelque chose de Bella, mais je lui souhaite bon courage avec le fichu caractère qu’elle a !

– Rodolphus s’en tirera parfaitement avec elle, dit Lucius qui avait eu vent des exploits de son rival avec les femmes, et de sa façon parfois mufle de les traiter. J’en déduis qu’Andromeda doit revenir à son frère, Rabastan ?

Abraxas eut un éclat de rire méprisant.

– Rabastan ? Si son père arrive à le caser, celui-ci, je veux bien manger ma baguette. »

Avec le recul, Lucius ne pouvait que saluer la clairvoyance de son père à ce propos. Rabastan ne s’était effectivement jamais marié. Une cérémonie avait pourtant été planifiée à un moment, puis avait été annulée sans aucune explication un mois avant sa tenue. Lucius et le reste des invités n’avaient pu qu’en supputer les raisons… Rabastan était d’une moralité plus que douteuse. On murmurait qu’il entretenait des amours contre-nature, de celles peu enclines à la reproduction, et qu’il risquait de transmettre plus d’une maladie vénérienne et de faire pousser plus d’une paire de cornes à la malheureuse qui l’épouserait. Dans ces conditions, Alexander Lestrange avait peu de chances de trouver pléthore de candidates. De toute façon, Rabastan lui-même les décourageait en multipliant ses frasques sitôt qu’on lui parlait de mariage, avec la bénédiction de son frère qui couvrait toutes ses incartades. Le puissant lien d’affection qui les unissait avait toujours semblé trouble à Lucius.

Un bruit dans les arbres l’extirpa de ses souvenirs. Aussitôt sur le qui-vive, il scruta la pénombre qui l’entourait. Huit personnes en robes de sorciers marchaient en procession à quelques mètres de lui. Son cœur doubla ses battements quand il les reconnut. En tête, Bellatrix Lestrange – mariée à Rodolphus depuis déjà sept ans – ouvrait la marche avec l’assurance de lionne que chacun lui connaissait. Ses épais cheveux bruns ondulés formaient une tignasse volumineuse sur sa tête et conféraient à sa silhouette une hauteur inquiétante dans l’obscurité. Juste derrière elle marchait Rabastan, son jeune beau-frère insolent et néanmoins Mangemort prometteur, puis venaient Evan Rosier, Mulciber, Avery, Wilkes, Walden Macnair et enfin Severus Rogue. Même avec vingt années de moins, son teint cireux, ses cheveux graisseux et son nez crochu restaient extrêmement reconnaissables.

Lucius les regarda passer à quelques mètres de lui, le souffle coupé. Ils étaient si jeunes alors…

Qui restait-il de cette sinistre troupe qui convergeait vers le cœur de la forêt ? Bellatrix et Severus étaient morts à Poudlard le soir de la bataille ; les disparitions de Wilkes et de Rosier remontaient à plus longtemps encore, à la Première Guerre des Sorciers ; quant à Avery, Mulciber, Walden et Rabastan, condamnés au Baiser du Détraqueur, leur sort ne serait guère plus enviable.

Lucius regarda le groupe s’enfoncer de plus en plus loin sous la frondaison luxuriante sans esquisser le moindre mouvement pour le suivre. Il n’en éprouvait nulle envie. Revoir l’une des petites réunions de Mangemorts qu’ils tenaient au cœur des bois du domaine ne lui apporterait rien, ni joie ni remords. La seule chose à laquelle il aspirait, c’était dormir. Dormir vraiment, sans devoir supporter une conversation avec un spectre lunatique et des voyages temporels répétés pendant son sommeil.

« Suis-les, fit la voix de son père tout près de lui.

Lucius sursauta en tournant vivement la tête, mais il ne décela la présence d’Abraxas nulle part.

– Pourquoi faire ? Lança-t-il aux ténèbres d’une voix que la peur rendait coléreuse. Je n’en ai pas envie.

– Suis-les, répéta la voix impérieuse de son père.

– Non. »

Et puis quoi encore ? Si le vieux tyran croyait qu’il était toujours le petit garçon dont il pouvait se faire obéir servilement, il se fourrait la baguette dans l’œil. Lucius était bien décidé à ne pas bouger de sa place.

« Je ne te laisserai pas repartir d’ici tant que tu n’auras pas obtempéré, le menaça Abraxas, toujours invisible.

– Très bien, faites donc, répliqua Lucius, la voix pleine d’un tranquille sarcasme. Je m’en fiche, j’ai tout mon temps. Je finirai bien par me réveiller. »

Il avisa une grosse souche coupée et la débarrassa des particules de bois qui la couvraient, puis s’y installa et attendit, croisant les jambes avec élégance comme l’hôte d’un salon mondain.

Quelques secondes passèrent dans un silence surnaturel. Aucune forêt n’était jamais aussi mutique. Même la nuit, des centaines de vies s’y croisaient et évoluaient. Le malaise commença à poindre, mais Lucius s’efforça de n’en rien laisser paraître.

« Le temps te semblerait-il long, tout à coup ? Fit la voix moqueuse de son père. Puisque cela te dérange tant d’être là, essaye donc de te réveiller pour voir.

Lucius jeta à l’obscurité autour de lui un regard de fureur méfiante.

– Vous comptez appeler les ombres…

– Non.

Lucius ignorait s’il était sincère. Il le soupçonnait d’être prêt à lâcher ses monstruosités sur lui s’il faisait le moindre effort pour s’éveiller, c’est pourquoi il avait pris le parti d’attendre simplement que son corps, allongé dans sa chambre, se réveille de lui-même.

– Je ne pense pas que…, commença-t-il, désemparé.

– Gna gna. Essaye donc, tête de veracrasse, plutôt que de t’avouer vaincu à la première difficulté. Je t’ai connu plus virulent, mon cher Lucius. »

Piqué au vif, Lucius décida de tenter l’expérience. Après tout, s’il avait conscience qu’il était dans un rêve qui lui faisait revivre un souvenir, il pouvait parfaitement décider d’en sortir, non ?

Comme se pincer lui semblait ridicule, et que Lucius Malefoy, malgré toutes les déconvenues essuyées ces derniers temps, exécrait par dessus tout le ridicule, il opta plutôt pour se dire , comme une incantation :

Je suis en train de rêver.

Ce n’est qu’un rêve.

Je rêve.

Je peux donc me réveiller.

Je vais me réveiller.

1, 2, 3, j’ouvre les yeux dans le monde physique.

Rien ne se passa. Lucius cligna des yeux, mais il se trouvait toujours dans la forêt.

« Quelle volonté, fit la voix goguenarde de son père quelque part dans l’obscurité. Tu m’impressionnes.

– Laissez-moi me concentrer », répliqua Lucius avec une colère froide.

Tout cela n’est qu’un rêve. Si ce n’en était pas un, le décor autour de moi bruisserait de vie. Aucune forêt n’est jamais si totalement silencieuse. Ou alors c’était réellement comme ça que ça s’est passé ? Pourquoi n’y aurait-il eu aucun bruit dans cette forêt ce soir là ?

La mémoire revint à Lucius sous la forme d’un violent frisson. Un froid mordant pénétra sa chair dans une sensation si brutale et désagréable qu’il se leva d’un bond pour lui échapper. En vain, car le froid provenait de l’intérieur de son corps. La brume qui se levait n’était pas naturelle non plus. Elle semblait sortir du sol et s’étendait en longs filaments fantomatiques entre les troncs des arbres.

Lucius blêmit. Il comprenait à présent dans quel souvenir son père l’avait ramené. Ce froid rampant et mortel qu’il ressentait, c’était celui qui trahissait l’approche d’une entité de l’autre monde. L’un de ces esprits du bas astral que les religions avaient surnommé « démons ». Mais la sensation lui paraissait plus désagréable qu’à l’époque. Il savait pertinemment ce qui l’attendait s’il s’attardait dans les parages et ce n’était pas ce dont il avait besoin dans son état d’épuisement physique et émotionnel. En outre, il craignait les conséquences qu’un face à face avec l’entité produirait sur lui, car si les ombres provenaient bien du bas astral elles aussi comme il le pensait, alors la chose qui se matérialisait en ce moment même au cœur de la forêt pourrait s’en prendre à lui exactement comme elles.

Lucius reprit ses tentatives pour se réveiller alors que la panique montait dans ses veines en affolant son rythme cardiaque.

La dureté de la souche sur laquelle il se tenait laissa brusquement place à une sensation tiède et moelleuse. La brume blanche et les arbres disparurent et Lucius constata avec soulagement qu’il se trouvait à nouveau dans l’atmosphère fraîche et apaisante de la chambre conjugale.

Sauvé.

Il ouvrit la bouche pour prendre une profonde inspiration et recouvrer ses esprits. Du moins, il essaya. Car ses lèvres demeuraient hermétiquement closes, et la seule chose que parvenaient à aspirer ses poumons était le trop mince filet d’oxygène que lui autorisaient ses narines.

Quand Lucius, malgré tous ses efforts, s’aperçut qu’il était incapable de desserrer les dents, que ses lèvres demeuraient scellées entre elles comme par une force supérieure qu’il ne pouvait vaincre, la panique s’empara à nouveau de son cerveau, mais il mobilisa tout l’aplomb qu’il possédait pour s’astreindre au calme et procéder à une analyse froide de la situation. Il essaya d’ouvrir les yeux, et s’aperçut qu’il ne savait dire s’ils étaient ouverts ou fermés alors même qu’il voyait le décor de la chambre autour de lui, mais il avait le sentiment que ses paupières étaient encore closes. Dans l’hypersensibilité de la demi-conscience – ou de la pleine conscience ? Il ne savait plus – il sentait l’extrémité de ses cils chatouiller ses pommettes. Il tenta une nouvelle fois de bouger, sans succès. Ni ses mains, ni ses pieds, ni ses jambes ne répondaient. Sa tête demeurait vissée à l’oreiller, comme prise dans des liens immatériels qui la maintenaient en place. Il essaya de parler pour alerter Narcissa dont il sentait la présence endormie à côté de lui, mais aucun son ne sortit de sa gorge. C’était comme si son propre corps refusait de lui obéir. Il était conscient, mais rien ne se passait. Quel était encore ce mauvais tour ?

La voix d’Abraxas s’éleva dans sa tête :

« Je t’avais prévenu : tu ne te réveilleras pas tant que tu n’auras pas obtempéré. Reviens dans ton rêve, fais plaisir à ton vieux père, Lucius. »

Lucius se débattit de toutes ses forces à l’intérieur de son corps sans parvenir à faire remuer ne serait-ce qu’un doigt ou un orteil, comme s’il avait été pétrifié par le regard d’une Méduse.

Après de longue minutes de vaine bataille, il lui fallut se rendre à l’évidence : il ne pouvait réellement rien faire pour se tirer de cette situation. La peur au ventre, il consentit donc à retourner dans son rêve. Ironiquement, le voyage dans ce sens-là fut beaucoup plus facile à mettre en œuvre. Il venait à peine de décider de se réveiller de l’autre côté que les bois du domaine Malefoy étaient à nouveau autour de lui un soir de lune gibbeuse.

Son père était là aussi.

« Tu sais ce qu’il te reste à faire », ricana Abraxas, ses yeux gris vrillant les siens avec une satisfaction perverse.

Lucius le fusilla du regard et, sans un mot et d’un pas digne, s’enfonça dans les bois. Il savait où aller. Ce terrain domanial était dans la famille depuis plus de dix siècles. Lui-même avait eu le loisir d’y gambader à qui mieux mieux enfant et il le connaissait comme sa poche.

Il venait d’entamer sa marche quand il eut la surprise de voir ses camarades surgir des bois dans son dos comme s’ils n’étaient jamais passés devant lui tout à l’heure. À présent qu’il y prêtait attention, il remarqua que la brume avait également disparu.

« Je t’ai fait revenir un peu avant le moment où tu t’es absenté pour que tu ne loupes pas une miette, dit Abraxas avec un rictus cruel qui crispa un peu plus les nerfs de son héritier. Profite bien du spectacle, Lucius. Je ne crois pas que tu auras à nouveau l’occasion de revivre un tel moment de gloire. Pas tant que tu auras décidé de laisser ton panache de Malefoy au placard avec ton courage. »

L’apparition s’évanouit, laissant Lucius ruminer en s’élançant seul derrière ses camarades. En cheminant derrière les huit Mangemorts qui semblaient glisser dans les sous-bois comme des détraqueurs, Lucius songea avec angoisse à ce qui l’attendait un peu plus loin.

Même s’il savait ce qu’il trouverait lorsque le groupe déboucha dans la clairière où s’étaient déroulés les événements de cette nuit de juillet 1977, Lucius reçut tout de même un choc en se retrouvant face à lui-même avec vingt années de moins. La suffisance dans le port de tête de ce Lucius de vingt-trois ans lui sauta aux yeux. Cette jeune version de lui-même puait l’orgueil à plein nez. Si le jeune homme qu’il était alors avait pu voir son double de 1998 si misérable et vaincu, nul doute qu’il aurait été horrifié et l’aurait agoni d’insultes, tout comme son père…

« Bienvenue, chers Enfants des Ténèbres, dit le jeune Lucius à l’adresse de ses camarades, figés au bord de la clairière. Approchez-vous, je vous prie… Ne soyez pas timides. »

Sa voix veloutée, son assurance et ses bonnes manières inspiraient confiance et faisaient oublier sa froideur. Son sourire achevait de le rendre fascinant.

Depuis sa place de chef d’orchestre, il salua tour à tour toutes les personnes présentes tandis qu’elles se dispersaient dans la clairière, formant un cercle dans lequel il était inclus. Seul Severus Rogue, l’air vulnérable et désemparé dans son corps malingre d’adolescent, demeura immobile.

Les yeux de Lucius, gris et froids malgré l’amitié de son sourire, traversèrent les yeux noirs de Rogue.

« Bienvenue, Severus. Mets-toi là, juste en face, que je puisse bien te voir, puisque c’est quand même ton arrivée parmi nous que nous fêtons. »

Rogue inclina la tête et Lucius continua à l’observer tandis qu’il prenait place dans le cercle. À dix-sept ans, Severus Rogue était toujours aussi malingre qu’à douze, voire davantage car il avait grandi et continuait à flotter dans ses capes. Il ne serait cependant jamais venu à l’esprit d’aucun des membres de l’ancienne bande de serpentards devenus des Mangemorts de se moquer de son style vestimentaire dépassé ou de ses cheveux gras. Depuis six ans qu’ils le fréquentaient, tous avaient pu remarquer l’appétence du jeune Rogue pour la magie noire et le formidable potentiel de ses pouvoirs magiques. C’était le genre de chose qui n’échappait pas à Lucius qui avait su déceler les capacités de ce gamin au-delà de son apparence faible et taciturne.

Lucius, qui avait pris la relève de Rodolphus et Bellatrix, anciens chefs de leur bande de serpentards, quand ceux-ci avaient terminé leurs études, avait pris le petit Rogue sous son aile et l’avait fait adopter par les autres. Il se souvenait encore de la conversation durant laquelle il lui avait proposé de rejoindre la bande. Rogue se montrait alors si renfermé et si peu sûr de lui qu’il avait d’abord refusé en se pensant la cible d’une mauvaise plaisanterie. Il fallait dire que Lucius, Préfet-en-chef de sa maison et élève brillant héritier d’une éminente famille de Sang-Pur, lui avait fait forte impression.

Que de chemin parcouru depuis ce jour…

Rogue portait désormais la Marque des Ténèbres. Il venait de la recevoir de la main du Maître la veille. Lucius l’avait su avant tous les autres car Lord Voldemort l’appréciait suffisamment pour lui confier certains de ses projets avant de les exécuter. Bien sûr, il n’était pas le seul à être apprécié, Bellatrix et Rodolphus se trouvaient eux aussi dans les petits souliers du Maître qui leur confiait des missions importantes – Rodolphus ne manquait jamais une occasion de s’en vanter d’ailleurs – mais le Lord noir lui avait dit apprécier son intelligence froide et analytique. Contrairement aux Lestrange qui étaient plus du genre à foncer dans le tas et à réfléchir ensuite, Lucius ne passait jamais à l’action sans s’assurer de connaître tous les enjeux et risques de la situation, et construisait son plan en conséquence. Ce caractère lui valait la confiance de Lord Voldemort qui lui déléguait la réalisation de certains de ses desseins ainsi que le commandement de ses troupes.

Lucius ne regrettait qu’une chose : que Narcissa ne souhaite pas devenir Mangemort, car cela lui interdisait de participer à leurs réunions et empêchait Lucius de s’entretenir avec elle de sujets sur lesquels il aurait aimé recueillir son avis.

Le secret qui régnait autour des activités de Mangemorts de Lucius inquiétait bien souvent la jeune femme. Et si son époux ne revenait pas ? Lucius aurait aimé pouvoir la rassurer en lui expliquant où il se rendait et pourquoi chaque fois que le Maître l’appelait en le forçant à s’arracher à la douceur du foyer que les deux jeunes époux se construisaient depuis leur mariage en 1973, mais susciter l’angoisse chez elle lui plaisait aussi parfois. Cela lui donnait une image héroïque, et sans doute s’imaginait-elle des dangers encore pires que ceux auxquels il était réellement confronté. Lucius n’avait jamais refusé de passer pour ce qu’il n’était pas quand la situation lui permettait de briller aux yeux des autres. L’aura des héros lui allait bien, même si ce n’était qu’une image en trompe-l’œil.

Lucius savait qu’il jouissait de la même aura héroïque auprès de Severus et lui parla de son timbre aristocratique le plus majestueux :

« Même s’il ne s’agit pas de la première fois que tu nous rends visite, je te le redis encore une fois : bienvenue, Severus, car ce soir, ce n’est pas pareil. Rien ne sera plus jamais comme avant. Ce soir et pour toujours, tu es des nôtres… »

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Severus Snape. Crédit : Monday.

Salut, les Potterheads !

J’espère que vous et vos proches vous portez au mieux en cette période de confinement. J’ose espérer également que Le Procès Malefoy vous offre un moment de divertissement apprécié dans nos vies plus ou moins figées.

Je vous remercie une nouvelle fois pour votre intérêt. Le personnage de Lucius étant généralement peu apprécié, je ne pensais pas que vous seriez si nombreuxes à suivre cette fanfiction, cela me fait chaud au cœur. Évidemment j’en vois tous les défauts scénaristiques et stylistiques (mes narrations sont toujours bavardes et mon amour pour la philosophie y prend peut-être un peu trop de place), mais je me suis promis d’arriver au bout du premier jet de la version publiée sur ce blog avant d’en commencer les corrections. J’en ferai quelques exemplaires papier pour mes ami-e-s, mais si certain-e-s parmi vous sont intéressé-e-s, faites signe et j’en produirai un peu plus que je ferai gagner par un jeu concours gratuit.

Vous savez qu’à force d’écrire sur l’univers d’Harry Potter, j’ai chopé une furieuse envie de relire tous les tomes ! Hélas, ma bibliothèque ne m’a pas encore suivi sur mon nouveau lieu de vie. Elle devait arriver en avril, mais la situation actuelle reporte les retrouvailles avec mes chers bouquins à une date inconnue…

D’ici là, je ne suis pas contre découvrir quelques bonnes fanfictions Harry Potter (si possible fidèles au canon). Si vous avez de bons titres, n’hésitez pas à les partager en commentaires ou à m’écrire dans la rubrique contact.

Rendez-vous à la fin du mois de juin pour la suite des aventures de Lucius !

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🖋 Lire mes billets autour de réflexions que j’ai pu me faire sur l’écriture.

Prenez soin de vous pour que nous puissions bientôt nous (re)voir quelque part,

Chris

2 commentaires sur “Le Procès Malefoy, chapitre 10 : Les Enfants des Ténèbres [fanfiction Harry Potter]

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  1. Snapinouuuuuu! aheum, pardon. Je disais donc: une écriture toujours aussi soignée et pointue. Tu dis que ta narration est « bavarde » mais je ne trouve pas: chaque phrase est nécessaire, autant pour planter le décor que pour donner une information, rien n’est redondant. Intéressant de voir comment tu envisages la personnalité de tes persos. Un Severus peu sûr de lui, je n’y aurais jamais songé: pour moi il est justement déchiré entre le fait d’être conscient de sa valeur en tant que sorcier puissant et compétent et celui de se voir tourné en ridicule et maltraité. Un entre-deux où un pan prend le pas sur l’autre en fonction des situations. De la même manière, je n’avais jamais pensé à un Lucius Malefoy développant autant d’amour romantique envers sa femme. C’est rafraîchissant d’envisager la saga sous un nouveau jour 🙂

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    1. Ahah, je pense tellement à toi chaque fois que j’écris un chapitre avec « Snapinouuuuu » 😀

      Je comprends ce que tu veux dire pour sa personnalité. Je le vois également comme tu le décris, mais pas avec les Mangemorts au tout début. Justement, vu qu’il a toujours été rejeté et sujet de moqueries, je l’imagine assez sceptique / intimidé quand il voit des sorciers aussi respectés que les Malefoy, les Lestrange ou Dolohov s’intéresser à lui. Quand il comprend que leur intérêt est sincère, et que ce n’est pas un nouveau piège pour se jouer de lui, il est excité à l’idée que sa valeur soit enfin reconnue – qui plus est par de telles icônes du monde magique – mais la peur de les décevoir et d’être rejeté par le seul groupe qui l’accepte pour ce qu’il est, le seul également qu’il ait réellement envie de rejoindre, le rend craintif (mais néanmoins courageux, puisqu’il affronte toutes les épreuves que ses camarades Mangemorts lui présentent).

      Avec le temps, Rogue finit par reprendre son assurance naturelle et par dépasser beaucoup de ses camarades en magie.

      Pour l’amour romantique de Lucius pour sa femme, ce n’est effectivement pas l’image classique du personnage. Tout comme son asexualité (les groupies l’imaginent plutôt en bête de sexe – comme ça, il y en a pour tout le monde :D).

      Merci pour ta lecture et ton retour !

      @ bientôt quelque part,

      Chris

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