Le Procès Malefoy, chapitre 2 : Le Nouvel Ordre [fanfiction Harry Potter]

Joyeuses fêtes de fin d’année, les Potterheads ! Voici mon cadeau pour ce Noël : le chapitre 2 de ma fanfiction Harry Potter : Le Procès Malefoy. J’espère qu’il vous plaira. (◍•ᴗ•◍)

Bonne lecture  ! (temps de lecture estimé : 30 minutes)

Rappel du lien du chapitre 1 : La Déchéance des Malefoy

– Chapitre 2 –

Le Nouvel Ordre

🐍

La date du procès de Drago, que les trois Malefoy attendaient avec une impatience teintée d’angoisse, tomba une matinée d’août. Ce serait le 12 septembre. Il restait donc à Edmund Jack, le jurismagis en charge de la défense de la famille, un peu moins d’un mois pour peaufiner son plaidoyer. Pendant qu’il en exposait les grandes lignes à un Drago muet d’angoisse et une Narcissa tout ouïe, leur père et mari gambergeait aux réminiscences que le décor autour d’eux inspirait à son esprit. Comme toutes les autres pièces du manoir, la salle de réception avait été vidée de ses tableaux pour éviter à Lucius de se faire agonir d’injures par leurs sujets, mais excepté ce détail, elle restait exactement semblable à ce qu’elle était à l’époque où le Seigneur des Ténèbres l’utilisait comme point de ralliement pour ses partisans. Lucius sentait encore la présence maléfique de Lord Voldemort dans l’atmosphère séculaire baignant les meubles en acajou vernis, et s’il fermait les yeux, les rampements de Nagini remontaient du fond de sa mémoire où ils résonnaient aussi réels qu’autrefois. Lucius exécrait la terreur abjecte dont ce souvenir raidissait ses membres. Il avait craint si longtemps de servir de repas au reptile alors qu’il était prisonnier de son propre manoir… Comme aujourd’hui. Lord Voldemort ou l’Ordre du Phénix, finalement, quelle différence cela faisait-il pour lui ?

– Lucius, j’ai l’impression que vous êtes bien loin de nous en cet instant.

La voix de Jack éclata la bulle d’absence de Lucius dont les yeux gris se posèrent avec distraction sur le monde qui l’entourait. Drago et Narcissa, assis face à lui, le dévisageaient l’air effrayé. Quant au jurismagis, installé à l’extrémité de la table à l’exacte place de Lord Voldemort, présidant la séance, il le toisait avec une acuité déplaisante. L’ancien homme de pouvoir qu’était Lucius supportait mal la sévérité qu’exprimait le visage du sexagénaire, homme grand et sec tiré à quatre épingles dans son complet noir et violet.

– Continuez, Jack, ne vous occupez pas de moi.

– Nous parlons de la défense de votre fils.

– Je sais, j’écoute, répliqua Lucius agacé.

Ce n’était pas vrai. Il ne parvenait pas à rester focalisé sur ce qui se disait. Ce n’était pourtant pas faute d’essayer, mais le manque de sommeil détériorait ses capacités de concentration. Jamais son esprit ne lui avait paru aussi lourd. Il sentait presque la masse compacte de ses pensées s’agiter dans son crâne comme une houle aux élans désordonnés qui ne laissait aucune place à la discussion en cours. Outre les souvenirs des réunions entre Mangemorts qui s’étaient tenues entre ces murs, des relents de ses mésaventures nocturnes lancinaient sa conscience en le plongeant dans des songeries amères. Abraxas Malefoy continuait à s’inviter dans ses rêves et à l’accabler de sa colère, parfois avec une telle rage que Lucius, en se réveillant, s’étonnait presque de ne pas trouver sur sa peau les traces des coups reçus pendant la nuit. Presque, car la nature de l’apparition ne le questionnait pas. Lucius possédait la certitude qu’il ne s’agissait pas d’un vrai fantôme, seulement de la projection de sa mauvaise conscience quant aux idéaux familiaux que sa défection bafouait.

– Non, vous n’écoutez pas. D’ailleurs, remarquez : votre regard est déjà retourné au vide dont nous venons à peine de vous tirer.

Les yeux gris s’arrachèrent au néant qu’ils contemplaient pour torpiller le jurismagis. Jack avait beau être un vieil ami de la famille, le Mangemort sentait d’anciens instincts lui remonter dans la gorge : l’envie de punir celui qui osait lui tenir tête, et tant pis s’il était censé être de son côté. Lucius ne disposait plus d’aucune réserve de patience. Il était furieux et épuisé, il aspirait à ce qu’on lui fiche la paix. Que tout le monde lui fiche la paix. Le foutu fantôme de son père (qu’il appelait ainsi à défaut de trouver un mot plus approprié à la réalité), les Aurors qui le surveillaient comme du polynectar sur le feu au détriment de l’intimité familiale, Edmund Jack qui le sommait de conserver une attitude digne et responsable alors qu’il était à deux doigts de s’écrouler, et surtout et enfin, Narcissa et Drago dont l’inquiétude et la sollicitude permanentes l’horripilaient chaque jour davantage. Avait-on idée de demander à un condamné à mort comment il allait ? Bien sûr qu’il allait mal. Lucius ne voyait pas comment il aurait pu en aller autrement quand demain, le Magenmagot le condamnerait peut-être à un sort pire que la mort : le Baiser du Détraqueur, qui arracherait son âme de son corps. L’ignorance du devenir de cette âme aspirée hors de son enveloppe de chair, c’était précisément ce qui terrifiait le Mangemort. Que devenaient celles que les Détraqueurs dévoraient ? Pouvaient-elles comme les autres décider de poursuivre leur voyage ou de revenir sous forme de fantôme, ou étaient-elles prisonnières des plans inférieurs de l’Au-Delà, condamnées à une éternité d’errance ? De souffrance ?

Et si elles disparaissaient purement et simplement ?

Comment Lucius aurait-il pu encore trouver l’indulgence d’apaiser l’angoisse de sa femme et de son fils alors qu’il se tourmentait pour le salut de son âme ? Ni Narcissa ni Drago ne pouvaient comprendre que les enjeux de son procès dépassaient de très loin les simples questions terrestres. Leur conscience de l’Au-delà s’arrêtait à la certitude de la mort et à la capacité des sorciers à revenir comme fantômes. Ils ignoraient tout des embûches qui guettaient les âmes passées de l’autre côté, et leur inquiétude se limitait à la peur matérielle du vide : aujourd’hui, Lucius était là, assis à table avec eux, mais demain, il n’y serait peut-être plus. Leur inquiétude l’agaçait d’autant plus qu’elle l’empêchait de se laisser aller à sa détresse. Il s’efforçait de conserver l’image de solidité dans la tempête, alors que les vagues qui s’écrasaient contre son flanc étaient si puissantes qu’elles avaient déjà fendu en deux sa base et que son être se disloquait lentement dans la médiocrité de la nouvelle ère sorcière qui s’ouvrait.

De ta médiocrité, Lucius. La tienne, pas celle du monde. Tu es le seul responsable du désastre de cette famille.

Les reproches d’Abraxas le poursuivaient même éveillé désormais.

– J’ai peur qu’il ne faille vous contenter de mon semblant de présence, Jack, car je ne vois aucun intérêt à vous écouter pérorer sur vos connaissances juridiques. C’est à vous qu’il appartient de défendre Drago, pas à moi, dit Lucius avec un rictus qui donnait à son visage tiré et émacié une expression d’une lugubre insolence.

Narcissa intervint :

– Pardonnez-le, Edmund, nous sommes tous éprouvés par ce que nous traversons.

Le jurismagis soutint un instant le regard de Lucius, puis détourna les yeux d’une façon qui indiquait non pas la victoire du Mangemort, mais sa volonté de désamorcer les tensions. Il reprit à l’adresse de Drago :

– Les menaces que le Seigneur des Ténèbres faisait peser sur votre famille devraient suffire à vous disculper des chefs d’accusation qui pèsent contre vous. Shacklebolt refusera de faire condamner un gamin. De toute façon, chacun sait que vous avez réellement agi sous la contrainte.

– C’est faux. Drago agissait par conviction.

C’était moins le volume que la férocité de la voix de Lucius qui surprit chaque personne assise autour de la table.

– Pardon ? dit Jack.

– Mon fils est fier de ses origines, fier de la pureté de son sang et des allégeances de sa famille. S’il a accepté de suivre le Seigneur des Ténèbres, c’est avant tout par désir de servir une cause qui lui semblait juste, dit Lucius, glacial d’orgueil, ses yeux gris fusillant le jurismagis.

– Lucius…, dit Narcissa, atterrée.

– Ce n’est pas avec un tel discours que vous vous attirerez la clémence de vos juges, Mr Malefoy, rétorqua son vis-à-vis, haussant les sourcils dans une expression digne de son client – le temps passé en compagnie des Malefoy depuis les décennies qu’il les fréquentait le faisait agir par mimétisme.

– Que peut bien me faire l’avis de tous ces imbéciles ? C’est à cause d’eux que la condition de sorcier se dégrade. Je me fiche d’être bien vu de ceux qui condamnent la race sorcière à disparaître à moyen terme.

Narcissa jeta un regard désemparé au jurismagis qui affichait de plus en plus son scepticisme.

– Je ne suis pas sûr de vous suivre… Vous voulez être acquitté ou non ?

Le silence qui lui répondit fit monter l’anxiété d’un cran dans la pièce. Narcissa posa sur le bras de son mari une main cajoleuse porteuse d’une tendresse angoissée.

– Lucius, mon chéri… Tu ne sais plus vraiment où tu en es… C’est normal.

– Au contraire, répondit-il, jetant à son épouse un regard durci d’une âpre conviction. Aujourd’hui, la défaite du Seigneur des Ténèbres réjouit tous ces idiots. Ils prônent la tolérance et l’amour des Moldus au nom de leur sacro-sainte Bienveillance, parce que cela leur semble louable, parce que cela fait du bien à leur égo de petits êtres bien pensants qui se voient en héroïques protecteurs des opprimés. Mais demain, quand les Moldus seront si avancés dans la maîtrise de leurs technologies que plus rien ne leur résistera, qu’ils auront détruit la planète et créé des armes si terribles que même la magie ne pourra rien pour les contrer, alors tous les épouvantails qui siègent dans nos cours de justice se remémoreront avec regret le combat du Seigneur des Ténèbres.

– Mr Malefoy, reprit calmement le jurismagis, nous pouvons tolérer de tels propos ici, entre vos quatre murs – et encore, vous savez que nous ne sommes pas seuls –, mais si c’est là le message que vous comptez prôner devant la cour, il va falloir que je revoie toute ma ligne de défense. Je ne peux pas plaider les remords et une sincère envie de faire table rase du passé pour vous entendre proférer de telles paroles juste après.

Les yeux gris de Lucius affrontèrent quelques instants ceux, inébranlables, de l’homme de loi, puis il tourna la tête dans une autre direction afin de ne pas envenimer la situation. Même si l’élan auquel il venait de se laisser aller paraissait complètement incohérent aux yeux de sa femme, de son fils et de leur avocat, même s’il l’était effectivement à l’aune de la ligne de défense que Lucius disait vouloir adopter, son orgueil familial n’avait pas supporté d’entendre dire que Drago avait agi par couardise. Il ne supportait pas d’entendre dire que les Malefoy avaient déserté par lâcheté. Certes, il ne voulait pas voir sa qualité d’homme absorbée par l’essence mortifère d’un Détraqueur, mais un futur de traître repenti ne l’enchantait guère plus. Il savait bien comment fonctionnait l’âme humaine. Même s’il faisait sincèrement acte de contrition, même si ses juges l’acquittaient, il resterait un judas aux yeux de tous. La communauté sorcière continuerait à le voir comme un être abject, un criminel qui ne méritait aucun pardon. Quant à ses anciens camarades, il n’en resterait probablement plus un pour le blâmer de son revirement, mais Lucius savait que des sympathisants au Seigneur des Ténèbres demeuraient cachés dans l’ombre. Et pour ceux-là, il serait le pusillanime traître Malefoy. Le renégat, celui qui n’était pas resté fidèle, celui qui avait préféré abjurer plutôt que de mourir pour la Cause.

Pleutre !

Veule !

Sorcier sans panache !

Indigne qui fait mentir le sang de son père !

Les insultes des sujets des tableaux s’étaient gravées dans sa mémoire, et Lucius s’agaçait de penser que beaucoup de personnes en partageaient les idées sans rien savoir de sa vie passé et présente, de qui il était vraiment. Elles ignoraient tout de la déferlante qui noyait son cœur en silence depuis un an, depuis que le Seigneur des Ténèbres l’avait sorti d’Azkaban pour le tourmenter. Elles ignoraient tout de son long supplice, des angoisses qui le tenaillaient. Mais même dans l’hypothèse où elles en sauraient tout, Lucius savait qu’il ne se trouverait personne pour s’apitoyer sur la souffrance d’un criminel.

Il jeta un regard soucieux à Drago qui écoutait, la mine contrite mais concentrée, le jurismagis poursuivre l’exposition de sa stratégie judiciaire le concernant. Comment faire pour que les actes du père ne rejaillisse pas sur le fils ? Que Lucius soit acquitté ou condamné, il vivait la peur chevillée au cœur que Drago paye toute sa vie pour ses erreurs. Qui ferait jamais confiance au fils de Lucius Malefoy maintenant ?

Les yeux du Mangemort s’humidifièrent légèrement, mais plus personne ne lui prêtait attention. Femme, enfant et avocat avaient compris qu’il faudrait compter sans lui temps qu’il serait perdu dans les affres de ses nuits trop courtes, mais tous espéraient encore qu’il se ressaisirait avant l’ouverture de son procès. Lucius, lui, n’était plus sûr de rien. La sauvegarde de sa famille lui commandait de plaider les remords – ce serait bien pire pour Drago et Narcissa s’il continuait à clamer son attachement aux valeurs du Seigneur des Ténèbres –, mais il lui paraissait de plus en plus difficile de s’y résoudre, et les visites nocturnes de son père jouaient pour beaucoup dans son malaise. Outre les invectives et les insultes, elles le questionnaient sur le bien fondé de sa démarche et remettaient tout en cause. Avait-il raison de trahir l’idéologie familiale pour préserver ses proches ? Les idées n’étaient-elles pas toujours plus grandes que les individus qui les portaient ?

Depuis les abysses de pensées dans lesquels Lucius s’abîmait, les voix de Narcissa et Jack lui parvenaient étouffées.

– N’y a-t-il aucune chance que l’ouverture du procès de Drago soit retardée ? Demandait Narcissa. J’aimerais que nous disposions de plus de temps.

Lucius se força à réintégrer le moment présent et regarda le jurismagis avec un intérêt nouveau.

– Non, répondit Jack en contemplant le visage décomposé de Drago. En vérité, ils ont déjà dû la repousser pour pouvoir juger Rookwood en référé, mais ils ne le referont pas une seconde fois. La foule qui se déplace pour chaque procès de Mangemort est si grande que le Ministère a dû délocaliser la cour à Poudlard. Et encore plus de monde est attendu pour les vôtres.

– Rookwood a déjà été jugé ? Intervint Lucius, surprenant tout le monde.

– Oui, il a agressé les Aurors qui l’emmenaient à Azkaban, alors ils ont décidé d’avancer son procès pour le « confier » plus vite aux Détraqueurs. Sa condamnation est exécutée aujourd’hui.

Lucius sentit une corolle de feu éclore dans son ventre et consumer ses organes. Rookwood était l’un des camarades dont il avait été le plus proche. La culture et les connaissances occultes de l’ancien Langue-de-Plomb en faisaient une compagnie intéressante pour Lucius avec qui il aimait s’entretenir des mystères de l’Autre-Monde.

– Donc on peut considérer que Drago sera bien jugé à la fin de la semaine prochaine ? Reprit Narcissa sans tenir compte de son intervention.

Évidemment, elle ne s’intéressait qu’au sort de leur fils. Celui de leurs camarades de lutte l’indifférait. Contrairement à son mari, elle était toujours restée en marge de la communauté des Mangemorts. Bien sûr, elle adhérait aux valeurs prônées par le Seigneur des Ténèbres, mais en simple qualité de sympathisante, pas militante. Elle n’avait pris part à leurs dernières actions que parce qu’elle espérait retrouver Drago avant que les choses ne dégénèrent pour lui.

– Ne vous en faites pas, Narcissa, répondit Edmund Jack d’un ton rassurant. Je sais combien le procès de votre fils vous inquiète, mais il a toutes les chances d’en sortir la tête haute. Des sorciers bien plus puissants et bien plus âgés que lui ont cédé aux menaces du Seigneur des Ténèbres. Vous, par exemple, Lucius…

Le sourire entendu de l’avocat fit comprendre au Mangemort le sarcasme derrière le propos. Il y répondit par un rictus jaune.

– Bien sûr, bien sûr. J’espère néanmoins que vous avez d’autres cartes dans votre manche, car j’ai peur que si l’argument de la peur et de la vulnérabilité fonctionne parfaitement pour Drago, ce ne soit un peu léger pour moi…

Il ne possédait plus l’innocente jeunesse de Drago, et contrairement à ce dernier, il avait du sang sur les mains… Sans parler des affaires de trafic d’influence et de corruption d’agents du gouvernement qui s’étaient ajoutées à son dossier depuis que quelques vermines, sentant le vent tourner, s’étaient mises à table pour le dénoncer.

– J’ai prévu un tas de bons arguments, Mr Malefoy, mais nous en reparlerons quand l’heure sera venue. Pour l’instant, concentrons-nous sur Drago.

– J’aimerais tellement pouvoir venir te soutenir, mon chéri, dit Narcissa en enveloppant de ses mains celles du jeune homme. Ne pouvez-vous vraiment rien pour cela, Edmund ? Ne pouvez-vous m’obtenir une autorisation exceptionnelle de sortie ? Je serai sous escorte policière, il n’y a donc aucun risque que je puisse m’enfuir. De toute façon, je n’abandonnerai jamais Drago et Lucius.

En son for intérieur, Lucius loua le courage de sa femme. Assister au procès de Drago impliquait de s’exposer aux invectives de la foule hostile. Lui savait qu’il ne pourrait jamais réunir la force nécessaire pour affronter la colère de la communauté sorcière, même pour Drago, et ne le ferait que contraint et forcé pour son propre procès. La violence de la foule de son rêve demeurait trop brûlante à sa mémoire.

– Je regrette, ma chère, mais c’est impossible. La Charte des Droits de l’accusé du Magenmagot ne le prévoit pas. De plus, étant donné que vous êtes vous-même une accusée en suspens, les juges ne vous accorderaient jamais la permission de sortir, et je pense que cela vaut mieux pour tout le monde.

Lucius surprit le regard du jurismagis sur lui. Sentir sa faiblesse percée à jour le vexa, rendant quelques couleurs à ses joues livides, mais il garda un silence prudent. Il n’avait non seulement aucune envie d’avancer son face à face avec la foule haineuse, mais la perspective de toute une journée à déambuler seul dans le manoir, dans l’infernale attente de la fin du procès de Drago, ne l’enthousiasmait pas davantage. Drago serait avec Jack, il pouvait bien lui laisser sa mère pour surmonter cette épreuve avec lui.

– Ne vous en faites pas, Narcissa, répéta Jack alors qu’un silence de plomb écrasait la petite assemblée. Et vous non plus, Drago. Vous serez avec moi. Tout se passera bien.

Il posa une main protectrice sur l’épaule du jeune homme, qui lui jeta un regard mi-effrayé mi-reconnaissant. Lucius monta dans sa vexation avant de se raisonner. Dans ces instants où son père était absent pour le rassurer, étant lui-même davantage en demande de soutien qu’en capacité d’en donner, il était normal que Drago apprécie qu’un vieil ami de la famille comme Edmund Jack lui témoigne de la sollicitude et prenne le temps de le rassurer.

– Tu m’entends, Drago ? Reprit le jurismagis. Si tu fais tout ce dont nous avons convenu – me laisser parler pour toi, ne jamais répondre directement à une question qui t’es adressée, sauf si je t’y autorise, emprunter un air contrit de sincère repentance – tout se passera bien. Tu n’as rien fait.

Un nouveau rictus déforma le visage de Lucius. Drago n’aurait pas à se forcer pour l’air contrit, c’était devenu son expression normale depuis le début de leur assignation à résidence. Devenu plus triste qu’un Botruc dont on aurait coupé et brûlé l’arbre, il promenait son air funèbre dans le manoir comme un spectre dans un château Écossais. Quant à ce qui était de n’avoir rien fait… Lucius n’était pas persuadé que l’accusation partagerait cet avis : Drago était tout de même à l’origine de la mort d’Albus Dumbledore puisque c’était lui qui avait permis aux Mangemorts de s’introduire dans Poudlard. Mais Lucius devinait qu’il s’agissait d’une stratégie de l’avocat pour persuader Drago de son innocence et de l’issue heureuse qui ne pourrait qu’en découler pour lui.

– Et si le Magengamot me condamne quand même ? Je devrais aller à Azkaban ? Demanda Drago anxieusement.

– Je te le répète, mon garçon : tu n’as rien fait. Tu as même refusé de tuer Dumbledore au sommet de la tour. Severus Rogue l’a fait pour toi pour éviter des ennuis à tes parents, mais tu n’es pas allé au bout des ordres du Seigneur des Ténèbres parce que tu n’es pas un tueur. Tu as obéi jusqu’à un certain point par obligation, parce qu’il menaçait ta famille, mais jamais par conviction à l’instant où tu t’es rendu compte du monstre qu’il était. Tout ce que tu as fait, tu l’as fait dans le but de sauver ta vie et de préserver celles de tes parents. Il n’aurait pas hésité à les tuer.

– Oui, reconnut Drago en jetant à son père un regard craintif.

– Bien, maintenant que les choses sont fixées, je vais prendre congés. À bientôt, mon garçon. Mes hommages, Narcissa. Lucius, pouvons-nous nous entretenir seul à seul un instant ?

La demande prit Lucius de cours et il en oublia sa mauvaise humeur en suivant l’homme dans la pièce voisine : une immense salle à manger assombrie par sa disposition plein Nord. Un mobilier tout en ébène aggravait cette impression d’obscurité. Sur les murs tapissés de vert, des rectangles plus foncés indiquaient les anciens emplacements des tableaux décrochés par les Aurors.

Edmund Jack se tourna vers Lucius, la mine grave.

– Je vous vois depuis le début de votre assignation à résidence, et je pars chaque fois un peu plus inquiet pour vous que je ne suis venu. Vous maigrissez à vue d’œil, Lucius, et vous êtes si livide qu’un vampire qui paraîtrait à vos côtés semblerait bronzé. Je comprends que les évènements à venir vous tracassent, m…

– Vous êtes un ancien ami de mon père, Edmund, coupa Lucius, optant à son tour pour la familiarité du prénom. Vous avez fait vos classes ensemble à Poudlard, chacun de vous a été le témoin de mariage de l’autre, vous ne vous êtes jamais perdus de vue jusqu’à sa disparition. N’avez-vous jamais rêvé de le revoir ?

– Vous me demandez s’il m’arrive de rêver de votre père ? Eh bien, cela a déjà dû m’arriver oui, mais je ne pense pas qu’il se soit jamais rien produit de notable pendant ces séquences. Pourquoi ? Quel rapport entre votre procès et Abraxas ?

– Vous avez raison, Jack, je ne dors plus. Et vous savez pourquoi ? Parce que le souvenir de mon père me visite toutes les nuits. Toutes les nuits, il vient m’asséner coups et injures en me répétant combien je suis la honte de notre lignée, comme j’ai tout gâché… Je sais que ce n’est qu’un souvenir, qu’il ne s’agit que de la forme que ma mauvaise conscience vis-à-vis de mes ancêtres a choisi de revêtir pour me tarabuster, mais ces cauchemars me perturbent. Ils sont si réels qu’au début, même si je n’y croyais pas vraiment, je me suis demandé si je n’avais pas réellement affaire au fantôme de mon père revenu pour me faire payer ma défaite.

– Votre père était un homme rude, c’est vrai, mais de là à ce que son fantôme revienne vous torturer… Je pense qu’il s’agit plutôt d’une manifestation de votre entrée en dépression, Lucius.

Lucius s’attendait à cette réaction censée de la part du raisonnable Edmund Jack, et c’était précisément pour s’entendre dire cela qu’il lui avait fait cette confidence. Entendre quelqu’un comme Jack abonder dans son sens possédait quelque chose de rassurant. Lucius avait tant joué avec l’Obscur, il s’était livré à tant d’expériences cabalistiques qui lui avaient prouvé que même si les disparus choisissaient de ne pas revenir sous forme de fantômes, leur âme continuait à subsister quelque part, sur un autre plan vibratoire que le monde humain, que l’hypothèse d’un retour de l’esprit de son père méritait réflexion. Il l’avait cependant vite écartée pour la bonne raison que pour qu’Abraxas puisse l’atteindre, il aurait fallu que Lucius ouvre un canal de communication entre les deux plans. Or, les Aurors n’étaient pas fous : ils avaient vidé le manoir de tous ses artefacts de magie noire bien avant le début de l’assignation à résidence, et Lucius n’avait pu se livrer à aucun rituel qui aurait pu lui permettre de parler à l’âme de son défunt père, ni à aucun autre qui aurait pu avoir pour conséquence d’ouvrir une porte au spectre furieux.

– L’un de vos gardiens m’a rapporté que vous aviez fait un malaise hier, reprit Jack. D’après Narcissa, vous vous êtes effondré d’un coup.

Lucius voyait que l’avocat évaluait son état, et cela ne lui plaisait pas. Il détestait l’atmosphère de prison dans laquelle il était confiné, la surveillance permanente dont il faisait l’objet, ainsi que le sentiment d’extrême vulnérabilité qui en découlait et virait parfois à la paranoïa. Durant ses angoisses nocturnes, quand il tâchait de rester en éveil pour échapper au harcèlement de son père, Lucius imaginait que les Aurors présents dans le domaine n’attendaient que le bon moment pour le mettre à mort, que personne ne voulait réellement le voir bénéficier d’un procès, que tous les sorciers de Grande-Bretagne souhaitaient simplement sa disparition.

– C’est exact, reconnut Lucius de mauvaise grâce. Mais rien de grave, voyez : je me tiens debout devant vous sans peine. Et je n’ai même plus de canne.

Lucius faisait évidemment allusion à la canne serpent qui avait contenu sa baguette magique, confisquée elle aussi. Un sourire retroussa les lèvres de Jack à ce trait d’humour.

– Je vais tout de même en parler à Williamson. Il fera la commission au niveau du Bureau des Aurors. Vous devez voir un médicomage. Vous ne pouvez pas rester dans cet état, même un détraqueur a meilleure mine que vous.

Un rictus de dépit-dérision tira les lèvres de Lucius, mais il ne répondit rien, hélas trop conscient de la réalité de cette dernière affirmation. S’il se regardait encore dans les miroirs du manoir, c’était uniquement par goût morbide d’observer la progression de sa propre décrépitude.

– Vous êtes à un carrefour dangereux de votre existence, Lucius. Vous ne pouvez pas vous permettre de faiblesse, il vous faut mobiliser toutes vos ressources pour vous tirer de la nasse dans laquelle vos ennemis vous ont pris au piège et qu’ils aimeraient voir couler avec vous.

Les yeux gris regardaient à nouveau dans le vague.

– Lucius ?

– Vous avez raison. Je ne suis qu’à un nouveau carrefour, mais cette fois, les démons seront bien au rendez-vous.

– Pardon ?

Les lèvres du Mangemort se retroussèrent en un sourire lugubre.

– Votre image du carrefour fait ressurgir à ma mémoire quelques souvenirs de jeunesse. Vous savez le genre de rituel auquel il m’arrivait de me livrer… Malheureusement sans succès.

Les petits yeux perçants de Jack dévièrent brièvement vers les deux portes de la pièce.

– Vous voulez parler de l’invocation de démons ?

– Mon père vous a parlé de mes expériences, n’est-ce pas ? Avant de rencontrer le Seigneur des Ténèbres, j’ai à maintes reprises tenté d’invoquer des entités de l’Autre-Monde. Pas forcément des démons. Esprits, fantômes, veilleurs, j’étais prêt à accueillir n’importe quoi qui m’aurait permis de comprendre que j’avais réussi à établir un canal de communication entre notre plan de conscience : le monde humain, et celui des Esprits : l’Astral. C’est ainsi que j’ai commencé à perpétrer mes premiers meurtres de Moldus, car ce type de rituel exigeait un sacrifice et j’avais lu que le sang humain en augmentait la puissance. J’étais obsédé par l’idée de découvrir ce qui se cachait derrière le voile. Curiosité intellectuelle morbide, mais il y avait une autre raison à la source de mon acharnement.

– Eleonore, votre mère, dit l’avocat d’une voix douce, surprit par l’émotion qu’il voyait briller pour la première fois dans les yeux gris de l’unique rejeton d’Abraxas.

– Vous savez qu’elle est morte alors que je n’avais que huit ans, emportée par un mal inconnu. En se livrant à ces expériences occultes, le jeune sorcier que j’étais alors espérait secrètement pouvoir communiquer avec elle, et peut-être la faire revenir dans notre monde. Ce que l’on peut être naïf lorsqu’on a dix-sept ans… Je n’ai évidemment jamais réussi à établir cette connexion avec l’Au-Delà. Il m’a fallu attendre de recevoir les enseignements du Seigneur des Ténèbres pour y parvenir.

– Lord Voldemort vous a appris à convoquer les démons ?

Lucius tira une petite satisfaction de l’ébahissement qui perçait la voix du jurismagis.

– Tout dépend de ce que vous mettez derrière ce terme. Si vous appelez démons toutes les créatures qui peuplent l’Astral, sans faire de distinction entre les anciens incarnés et les purs esprits, alors oui. Mais en réalité, les démons constituent une espèce mythique. Leur invocation répond à des conditions si multiples et si complexes, et elle est réputée si hasardeuse et si dangereuse, que personne n’a vraiment envie de s’y frotter. Je ne crois pas que même le Seigneur des Ténèbres se soit jamais risqué à invoquer une telle entité. Il s’agit d’une frontière qu’on se refuse à franchir même chez les pratiquants de la magie noire. Simple instinct de survie…

– Et l’esprit de votre mère ? demanda Jack que l’émotion gagnait à son tour. L’aide du Seigneur des Ténèbres vous a-t-elle permis de le retrouver ? J’aimais beaucoup Eleonore.

– Hélas, quoique je puisse me targuer d’avoir accompli bien des choses dans le domaine de l’occultisme, je n’ai jamais retrouvé l’esprit de ma mère. Mais je m’en réjouis presque à présent ; l’expérience m’a appris que rien de ce qui vient de l’Autre-Monde ne peut être heureux ici-bas ; les morts sont destinés à le rester. Mêmes les fantômes ne sont plus que des ersatz de ce qu’ils étaient de leur vivant.

Lucius plongea dans un silence méditatif proche du recueillement. Le jurismagis l’y laissa quelques instants avant de recentrer leur échange sur le sujet qui le préoccupait.

– Lucius, j’ai besoin que nous soyons tous les deux au clair sur vos intentions. Je n’ai pas bien compris votre façon de réagir tout à l’heure, et si vous comptez affirmer votre allégeance à vos idéaux devant vos juges, j’ai besoin de le savoir. J’espère néanmoins que votre réaction n’était qu’une réaction hypodermique, dictée par votre colère et par votre souffrance, et non par votre raison. Je pense pouvoir vous tirer d’affaire, mais pour que je puisse vous aider, il faut d’abord que vous vous aidiez vous-même.

– Je ne remets pas en cause vos compétences, Jack, rétorqua Lucius d’un ton neutre, retrouvant sa manie d’interpeller son vis-à-vis par son nom de famille en même temps que sa froideur distante. Vous êtes l’un des meilleurs jurismagis que nous ayons vu depuis des centaines d’années au Ministère, mais vous savez, j’ai tout mon temps pour penser, enfermé ici, et je crains que l’oisiveté ne me réussisse pas. Il y a des réflexions qui ne me quittent plus depuis que ma conscience les a laissées affleurer à sa surface. Elles infusent en moi comme un poison qui devient plus toxique à chaque visite nocturne de mon père. Je peux plaider coupable pour mes actes en tempérant mon engagement par les menaces et la violence dont j’ai été moi-même victime, votre talent pourrait bien me faire acquitter, mais rien ne sera plus jamais pareil pour moi et cette famille. Nous parlions des authentiques démons à l’instant : parfois, la tentation est grande de penser que le Seigneur des Ténèbres ait pu être l’un d’entre eux. Oh, je sais bien qu’il n’était rien d’autre qu’un homme hélas, mais c’est bien en démon qu’il se comportait. Il s’est présenté à moi durant ma jeunesse dans un monde que j’exécrais, où les nobles familles comme la mienne, même si elles étaient toujours respectées, n’avaient plus l’aura qu’elles possédaient d’antan. Dans ce monde que je voyais condamné à la médiocrité et la déchéance à cause des adorateurs des Moldus qui prônaient le brassage des sangs, le Seigneur des Ténèbres représentait pour moi une chance de rétablir l’équilibre, de remettre les choses à leur place. Le jeune homme que j’étais raisonnait ainsi : « cet homme-là a compris le caractère sacré de la magie, il a compris l’importance de ne pas souiller notre sang en le mêlant au sang corrompu des Moldus dénués de tous pouvoirs. Il a compris que de toutes les races d’Hommes, seule la race des sorciers est apte à régner et faite pour cela. » Son charisme, et évidemment la puissance de ses pouvoirs magiques, m’ont convaincu qu’il était l’homme qu’il nous fallait, qu’il saurait reprendre le contrôle de la situation.

Lucius marqua une pause pour laisser Jack assimiler ses propos et réfléchir à la façon d’amener la suite. La bêtise de son lui adolescent le fit sourire de dépit. Il hésita un instant, persuadé que son vis-à-vis allait le trouver grotesque, puis se lança, déterminé à aller au bout de ses confidences parce qu’il sentait que c’était ce que Jack attendait, et parce que parler lui faisait du bien :

– Quand je vous disais qu’on est vraiment stupide à dix-sept ans, je crois que c’était d’autant plus vrai dans mon cas. Comme beaucoup de mes camarades de Serpentard à l’époque, j’ai connu une période mystique poussée, pendant laquelle je croyais dur comme fer en l’existence des démons. Pas ceux de l’imagerie Moldu, mais bien ceux de nos légendes sorcières : des entités invisibles capables de bouleverser la destinée des Hommes par leurs enchantements. Et puisque je croyais aux démons, je croyais aussi en Satan selon la tradition des sorciers Walpurgs : un ancien ange qui fut déchu pour refuser de se soumettre à l’ordre établi par Gaïa, nom donnée à l’entité cosmique ayant présidé à la création de l’univers. Quand j’ai vu le Seigneur des Ténèbres pour la première fois, quand je l’ai entendu parler, lui qui s’avérait être un descendant de l’illustre Salazar Serpentard, j’ai aussitôt vu en lui la figure de l’entité que les légendes walpurgs désignent aussi comme l’Antique Serpent. Cela doit vous paraître fou, pourtant, il a été d’autant plus facile pour moi de m’en convaincre que dans mes délires d’adolescent mystique, j’étais persuadé de compter moi-même parmi les élus appelés à purifier le monde sorcier. Pour celui que j’étais alors, tout était un signe : la famille dans laquelle j’étais né ; le décès prématuré de ma mère – tous les contes initiatiques font de la souffrance une étape obligatoire dans le cheminement d’un être élu – et la relation ambiguë à mon père, qui disait m’aimer en me poussant sans cesse à me sacrifier pour l’idéologie familiale, quitte à risquer de me faire tuer ; et jusqu’à mon prénom. Lucius, variante de Lucifer, possède la même signification : porteur de lumière. Le vert, couleur emblème de ma famille par affiliation aux idées de Salazar Serpentard, se retrouve aussi dans les légendes mettant en scène le personnage de Lucifer qu’elles décrivent portant une émeraude au milieu du front, comme un troisième œil. Je pensais être né sous le sceau du Diable des Walpurgs, figure contestatrice de l’autorité. Pour mon moi adolescent, il était évident que ma lignée, l’une des plus anciennes de sangs-purs de Grande-Bretagne, était destinée à rétablir la suprématie des sorciers. Et moi, son héritier, j’étais forcément voué à un destin grandiose.

La voix de Lucius, portée par l’émotion des souvenirs, vibrait d’une énergie nouvelle qui éclipsait sa fatigue et lui rendait l’allure impériale de ses jours d’or.

– J’étais prêt à mettre tout ce que je possédais au service du Seigneur des Ténèbres : mon influence et mon argent, même ma vie. Puis Drago est arrivé… Et je dois dire que cela a quelque peu modéré mon zèle partisan, mais là n’est pas la question. J’ai signé un pacte avec Lord Voldemort (prononcer ce nom arracha à Lucius une grimace de douleur), matérialisé par la Marque des Ténèbres gravée dans ma chair. En échange de mon engagement, je recevais reconnaissance et pouvoir, jusqu’à devenir son bras droit, habilité à prendre le commandement des opérations lorsqu’il n’était pas avec nous. Puis il y a eu mon échec au Département des Mystères. Vous savez comment il a réagi alors, un véritable démon ne se serait pas comporté différemment. Je l’ai profondément déçu et il me l’a fait regretter au-delà de toute mesure.

Sa phrase se termina sur une note de regret amer.

Ses petits yeux perçants fixés sur lui, Edmund Jack l’écoutait discourir avec une attention aiguë, son fin intellect analysant chaque mot et chaque tessiture de sa voix, mais le Mangemort n’y attachait aucune attention, emporté par le courant de ses pensées.

– Le souci avec ce démon-là, poursuivit Lucius, c’est que même vaincu et renvoyé dans les limbes, son emprise continue à se faire ressentir sur ma personne. La Marque s’estompe, je l’observe pâlir de jour en jour. (Il releva la manche de son avant-bras gauche juste le temps nécessaire aux yeux du jurismagis pour apercevoir le tatouage, effectivement terne sur sa peau). Comme toutes les blessures infligées par la magie noire, elle laissera une cicatrice, mais de cela, je m’en moque. Ce qui m’inquiète davantage, c’est que même libéré du joug du Seigneur des Ténèbres, ma chair et mon âme exhaleront à jamais le parfum du démon pour le commun des mortels. Comprenez-vous, Jack ? Pour moi, il n’y aura jamais de véritable pardon. Que vous perdiez ou gagniez mon procès, je suis un homme fini. Je ne vois pas comment je pourrais jamais reparaître en société : vous me voyez aller faire tranquillement mes emplettes après avoir été reconnu comme Mangemort, même acquitté ? Dans ces conditions, il me paraît donc normal que je m’interroge sur la pertinence de renier ce qui m’a porté toute ma vie…

– Mais, Drago et Narcissa…

– Vous mettez le doigt sur mon problème. C’est parce qu’ils sont là que je ne me jette pas à corps perdu dans cette entreprise suicidaire, qui équivaudrait à un suicide social pour eux. Plus les jours passent, plus j’ai du mal à me projeter continuer à vivre après tout ça ; mais si je pars la tête haute, fidèle aux valeurs de ma famille, je gâcherais le reste des jours des membres qui resteraient sur Terre.

– Que vous importe l’avis des morts ? Demanda Jack abruptement. Sauf tout le respect que je lui dois – les Veilleurs aient pitié de son âme – Abraxas n’est plus ici. Ce que vous déciderez de faire dans ce monde ne regarde que vous. Il y a un temps pour tout, et il me semble que l’urgence aujourd’hui, ainsi que votre devoir, est de soigner les blessures infligées à votre famille, et non d’en rajouter une nouvelle. Acceptez la défaite, Lucius : vous ne pouvez rien y changer. Par ailleurs, je pense que le sort dont vous hériterez sous ce nouveau régime sera toujours préférable à celui que vous aurait réservé votre Maître.

– Jamais je ne pourrais l’accepter, rétorqua-t-il sans animosité, mais beaucoup d’amertume.

– Alors apprenez au moins à vivre avec. Nous sommes à un tournant de notre histoire, c’est une nouvelle ère qui se met en place pour notre monde. Le bruit court que Kingsley Shacklebolt pourrait être le prochain Ministre de la Magie. On dit aussi que toutes les dispositions de l’acte de Protection des Moldus d’Arthur Weasley seraient en passe d’être renforcées et leur violation passible de lourdes peines. L’Allée des Embrumes va être « nettoyée » et fermée. Barjow a déjà des ennuis avec les Aurors : il est accusé d’avoir soutenu la préparation d’actes criminels, notamment pour tous les artefacts de magie noire qu’il vous a vendus pendant des années. Je respecte vos idées, Lucius, et vous savez que j’ai été l’ami de votre père parce que je les partage entièrement, mais dans ce nouveau monde, il est impensable de continuer à les défendre ouvertement. Je vous demande de vous montrer raisonnable pour votre fils et pour votre épouse, qui ont besoin de vous. J’entends votre détresse, je la sens, je la vois par votre apparence physique qui la reflète plus fidèlement qu’aucun mot ne le pourra jamais, mais ne sombrez pas dans le fanatisme stupide en sacrifiant ce à quoi vous devez d’être toujours en vie.

Ses paroles touchèrent Lucius comme seule peut le faire une vérité assénée âprement, mais il n’y trouva rien à répondre. Il aurait aimé pouvoir se ranger de l’avis du jurismagis, oublier le monde qu’il avait rêvé et assister à la naissance du nouveau avec lucidité et distance, mais pour l’instant, il en était incapable.

– Réfléchissez bien, Lucius. Si vous êtes un homme fini à vos yeux, Narcissa et Drago ne pensent pas comme vous, et vos actes passés, présents et futurs pèsent sur leur avenir. Puis-je compter sur vous au moins pour y réfléchir ?

– Je n’arrête pas, répliqua-t-il dans un rictus grinçant.

– Parfait. Nous nous reverrons pour le procès de Drago. En attendant, prenez soin de vous, et rappelez-vous que les êtres qui vivent avec vous ont besoin de vous. Je sais que cela vous paraît inconcevable dans votre éducation, mais parlez-leur de vos doutes et de vos peurs. Même si cela peut sembler paradoxal, je pense que cela les rassurerait de savoir que vous en ressentez. À bientôt.

– Jack, attendez. À quelle heure est programmée l’exécution de Rookwood ?

– Elle devait avoir lieu à onze heures. Il est un peu plus de treize heures. Notre ami nous a donc quitté il y a déjà deux heures. Que les Veilleurs aient son âme.

Jack salua puis sortit, laissant Lucius encore plus désemparé qu’il ne l’avait jamais été. Le cœur au supplice, cloué dans sa poitrine par un mélange de chagrin, d’angoisse et de solitude, il se força à prononcer les paroles d’usage :

– Que les Veilleurs aient son âme.

Les mots s’élevèrent tristes et macabres dans la pièce vide.

Si seulement il avait les moyens de savoir ce qu’elle devenait, cette âme.

Famille Malefoy.jpg
La Famille Malefoy dans le septième film, partie 1. Crédit : Harry Potter et les Reliques de la Mort.

Merci d’avoir pris le temps de me lire. Je vous assure que le geste est apprécié ♥

La  réécriture du chapitre 3 est quasiment terminée. Quel bonheur de me replonger dans cet univers ! Et pas seulement parce que cette fanfiction me permet de consacrer toute une histoire au personnage de Lucius (a) J’ai l’impression que je ne pourrais jamais totalement faire le tour de toutes les questions posées par le personnage, toutes les pistes que les lacunes dans l’œuvre de Rowling esquissent. Cette débauche d’idées me rend survolté !

Et vous, quel est votre personnage préféré de l’univers Harry Potter ?

@ bientôt pour la suite des (mes)aventures judiciaires des Malefoy !

Chris

PS : j’ai créé une playlist pour Le Procès Malefoy. Il s’agit des chansons qui m’inspirent pendant l’écriture de cette histoire par les ambiances qu’elles évoquent.

Par ici => Playlist Le Procès Malefoy

 

⌁☍  Envie de découvrir d’autres récits issus de ma plume ? Retrouvez ici des textes originaux complets inédits, et mes projets d’écriture et autres extraits de mes travaux en cours. ⌁☍

6 commentaires sur “Le Procès Malefoy, chapitre 2 : Le Nouvel Ordre [fanfiction Harry Potter]

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  1. J’attendais le bon moment, le moment psychologique où je me sentais prête à replonger dans l’univers magique de Harry Potter, le moment où je pouvais me permettre de me poser, prête à savourer ton écriture. C’est ce matin. Je ne regrette rien et l’attente me rend cette lecture encore meilleure. Comme d’habitude, je ne peux que saluer ta construction du récit, les dialogues riches, la prose fluide, le vocabulaire recherché. A nous deux, chapitre 3! (et « jurismagis » est si bien trouvé!)

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ta lecture et pour cet adorable commentaire !

      Le chapitre était un peu (hum) long, et j’avais peur que mes histoires d’Au-Delà et de démons sonnent bizarrement dans l’univers HP même si cela m’apparaît à moi comme relevant du pur esprit Rowlingien. J’ai hâte de développer tout ça 😀

      Aimé par 1 personne

  2. Merci pour ce chapitre 2 de la fanfiction ! Tu gères tellement bien l’univers de Rowling qu’on croirait que c’est elle qui a écrit, on est tellement dans l’histoire ! J’avais eu un grand plaisir à lire le premier chapitre car je venais de terminer ma relecture du tome 7 et le plaisir est toujours aussi intense !
    J’adore surtout la façon dont tu développes l’histoire et la personnalité de Lucius Malefoy ! C’est vrai que finalement, dans la saga, on ne sait que peu de choses sur lui, on ne le connait pas de façon très intime et tu t’appropries cette intimité avec une telle force qu’on croirait que c’est toi qui a créé le personnage. Et on croirait aussi que le personnage était « fait » pour le passé que tu lui donnes, alors que finalement tu n’as choisis qu’un champ des possibles parmi tant d’autres, mais tu le fais si bien que c’est naturel de lire Lucius ainsi. Ton Lucius est unique, je ne pense même pas que Rowling aurait su l’inventer comme il est, mais il s’intègre si bien dans son univers à elle qu’on dirait une véritable collaboration entre deux auteurs !
    En plus, tu redonnes un peu de sa gloire et de sa dignité à un personnage qui avait fini par être un peu humilié au vu des aventures qui lui arrivaient.
    Merci encore pour cette fanfiction ! Je m’attaque très vite au chapitre 3 qui me promet de bons moments *_*

    J'aime

    1. Merci beaucoup pour ta lecture et ton retour ! Le personnage de Lucius m’a toujours fasciné – et pas à cause de son acteur comme beaucoup de monde le pense au premier abord, mais bien pour le potentiel scénaristique qu’il renferme. Lucius possède à lui seul tellement de traits typiquement humains : orgueil, racisme, égoïsme, lâcheté, désir de protéger ses proches alors qu’il les entraîne dans des situations apparemment inextricables… Un type comme ça pour un•e auteur•e, c’est du pain béni ! Et le contexte et les lacunes de son histoire augmentent encore son intérêt : comme l’aristocratie sorcière a été peu explorée par Rowling dans la saga originale, cela laisse une vaste friche dans laquelle notre imagination peut s’amuser.

      J’espère que la suite saura te donner autant de plaisir !

      @ bientôt quelque part,

      Chris

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