Le Procès Malefoy, chapitre 3 : Le besoin d’un père [fanfiction Harry Potter]

 

Temps de lecture estimé : 10 minutes

Rappel des liens des chapitres précédents

 Chapitre 1   ☜(⌒▽⌒)☞   Chapitre 2

– Chapitre 3 –

Le besoin d’un père

🐍

– Que te voulait Jack ?

La voix de Narcissa s’éleva derrière lui et Lucius se félicita d’être dos à la porte. Ainsi, il put dissimuler les marques d’émotion qui troublaient son visage.

– S’enquérir de ma santé, répondit-il du ton le plus neutre possible.

– Lucius, tu devrais aller parler à Drago.

– Pourquoi ?

Son ton absent agaça son épouse qui contint sa mauvaise humeur uniquement parce qu’elle était la témoin privilégiée de ses tourments nocturnes, et parce qu’elle était encore ébranlée par son malaise de la veille.

– Il a l’impression que tu te moques de ce que nous allons devenir, lui et moi. Que tu n’es préoccupé que par ton propre sort, voire que tu ne l’es même parfois plus du tout. Que dans ta tête, tu nous as déjà abandonnés, que tu te considères perdu et que tu as renoncé à te battre.

Un sincère étonnement s’afficha dans le regard que Lucius tourna vers elle. Ses reproches faisaient curieusement écho à la conversation qu’il venait d’avoir avec Jack. Si l’intervalle entre le départ du jurismagis et l’entrée de son épouse n’avait pas été si court, Lucius aurait pensé qu’ils s’étaient concertés pour qu’elle lui joue cette scène. Peut-être pour le pousser à réagir, le tirer de l’atonie dans laquelle il sombrait doucement. Mais il y avait fort à parier que Jack, fin psychologue, n’avait fait que devancer la vague en lui recommandant de s’ouvrir davantage à ses proches.

– Comment Drago peut-il penser que je ne me soucie pas de vous ?

– Enfin, regarde-toi, Lucius. Tu n’es plus qu’une pâle copie de toi-même. Jamais l’homme que j’ai épousé n’aurait eu l’air si misérable. Tu n’as rien écouté de ce que Jack a dit à chacun de ses passages, je suis certaine que tu ne sais pas ce qu’il a prévu pour la défense de Drago, les arguments qu’il va avancer et ceux qu’il garde en réserve pour contrer l’accusation. Ton corps était avec nous, mais toi, tu n’étais pas là…

– Je suis fatigué, Narcissa, répondit-il avec lassitude.

Il avait l’impression de répéter la même rengaine depuis des siècles.

– Ce n’est pas une excuse, nous le sommes tous. Je pense comme Drago : tu as renoncé à te défendre, mais tu ne sais pas comment nous le dire.

La beauté froide des traits aristocratiques de Narcissa dégageait une telle détresse furieuse que Lucius ne put se résoudre à appliquer le conseil du jurismagis. Par simplicité, parce qu’il ne désirait plus s’attarder sur le sujet alors que l’annonce de la disparition de Rookwood le laissait secoué, et parce qu’il ne désirait pas non plus blesser l’âme qui lui faisait face et qui l’aimait – et qu’il aimait aussi – en plongeant dans son sein le poignard de ses incertitudes, il opta pour le mensonge.

– Mais bien sûr que non, répondit-il d’une voix douce en amorçant un geste pour l’enlacer, mais elle recula et quoiqu’il n’en montra rien, cela lui piqua le cœur. C’est justement parce que je souhaite m’en sortir que tu passes ces semaines avec un fantôme dans ta demeure, et moi avec un fantôme dans mes songes. Ce serait tellement plus simple pour moi d’être résigné au sort qui attend les partisans du Seigneur des Ténèbres, de clamer ma fidélité à mes idées jusqu’au bout. Au lieu de quoi, je réitère le choix que j’ai fait le soir de la bataille en vous choisissant, Drago et toi. Mais ce n’est pas un choix que je puis faire sans douleur. Tu sais comme mon sens de l’honneur familial me torture…

Lucius lutta contre la culpabilité qui montait en se disant que ce n’était jamais qu’un mensonge par omission. Il y avait du vrai dans ce qu’il disait, il exagérait seulement sa certitude de choisir sa famille et taisait l’étendue des tourments qui malmenaient son esprit.

– Ton sens de l’honneur a été moins regardant la première fois.

Le cinglant de sa réplique offensa Lucius et il se retrancha derrière un air de noble courroux.

– J’étais persuadé que le Seigneur des Ténèbres avait été vaincu, et personne ne m’aurait jamais soupçonné d’avoir compté parmi ses partisans. Les prétendus regrets que j’ai formulés à l’époque m’ont permis de sauver la face et de continuer à agir dans l’ombre à la construction d’un monde meilleur pour les sorciers, mais les choses sont bien différentes aujourd’hui. Dans l’hypothèse où j’échappe au Baiser, le Ministère me surveillera avec attention, et le nom de Malefoy ne fera plus que fermer et verrouiller à double tour les portes qu’il ouvrait hier. En reniant devant mes juges les principes séculaires de cette famille, je les renierai pour toujours.

– Et puis-je savoir ce que tu comptes privilégier entre la mémoire de tes ancêtres et la quiétude de ta femme et de ton fils ?

– Drago et toi, évidemment, répliqua Lucius, pris de court par la force de sa propre sincérité.

– Alors applique-toi à le montrer. Drago est terrorisé. Il n’a que 18 ans et il va être jugé par la plus haute juridiction du pays, devant une foule hostile dont les membres les plus virulents réclameront peut-être aussi pour lui le Baiser, et il n’a aucun soutien de son père. Pire : il le voit s’effondrer quand il aurait besoin de le voir fort pour deux. Il est en train de voir son héros s’effondrer. Peux-tu seulement imaginer l’effet que cela peut faire à son âge ?

– Cela fait longtemps que j’ai cessé d’être son héros, objecta Lucius de la même voix neutre inexpressive.

– Pourquoi dis-tu cela ? Protesta Narcissa, l’air aussi courroucée que s’il venait de l’insulter. Tu sais comme Drago t’aime ! Pourtant, on ne peut pas dire que tu lui aies jamais montré beaucoup d’affection en retour.

– Les hommes ne montrent pas leurs sentiments.

– Pitié, ne me sers pas les salades sexistes de ton père. Il a bien fallu que tu m’en montres un peu parfois pour que l’union arrangée par nos parents devienne la belle osmose que nous en avons faite.

– Ce n’est pas pareil. Tu es une femme et mon épouse. Je peux davantage me permettre de me laisser aller avec toi qu’avec lui. Sinon, comment le préparer à ce qui l’attend dehors ? Tu as bien vu le comportement détestable que lui donnait chacun de tes débordements d’affection.

Narcissa avait toujours reproché à Lucius sa froideur et sa sévérité envers leur fils unique, tandis qu’il lui reprochait l’exact inverse. Lui-même avait enduré une éducation autrement plus stricte que celle administrée à Drago. Abraxas avait été un père dur, encore moins démonstratif que Lucius pouvait l’être lui-même. Ce dernier avait assoupli quelques-uns des principes d’éducation de la Maison pour épargner à Drago des souffrances qu’il jugeait peu constructives, mais en avait conservé la plupart en l’état. Lucius avait toujours pensé qu’il était de son devoir de contrebalancer la figure maternelle de Narcissa, excessive dans ses démonstrations d’affection privées ou publiques. Ce n’était pas rendre service à Drago de le couver comme un dragonnet tombé du nid. Lucius avait laissé sa femme gagner quand elle s’était opposée à son inscription à Durmstrang car elle lui aurait reproché ad vitam æternam la distance dressée entre elle et son fils unique, mais cela faisait partie de ses plus grands regrets. Lucius était persuadé qu’en ayant été forcé à s’éloigner d’eux, Drago se serait forgé un caractère bien différent. Plus volontaire.

– Drago a besoin de voir que tu es toujours présent pour lui, que tu le soutiens dans l’épreuve. Tu ne peux pas le laisser dans ce silence intolérable juste pour faire honneur à tes principes éducatifs. Il a besoin de son père. Tu es tout pour lui.

– Drago n’a plus d’estime pour moi depuis que je suis tombé en déchéance auprès du Maître.

– Tu te trompes. Je suis persuadée que c’était surtout à toi qu’il pensait quand il prenait tous ces risques pour satisfaire Jedusor.

Une stupéfaction effrayée se glissa dans les yeux de Lucius. Jamais encore Narcissa n’avait appelé le Seigneur des Ténèbres par son véritable nom.

– Quoi ? s’exclama-t-elle sur la défensive. Il va bien falloir qu’on s’habitue à le nommer ainsi, puisque c’est ce nom que nos adversaires utilisent, et nous ne pouvons pas continuer à craindre un mort toute notre vie. Ne me dis pas qu’un simple nom suffit à te faire tomber dans une crainte superstitieuse de Moldu, Lucius. Tu veux qu’on aille devant le miroir de la salle de bain et qu’on prononce trois fois « Lord Voldemort » pour voir s’il va apparaître ?

– Je vais aller parler à Drago si tu le souhaites, dit-il d’un ton acerbe, goûtant peu la façon dont elle lui parlait. Mais je ne vois pas quoi lui dire et encore moins ce qu’il serait susceptible d’apprécier entendre de ma part. On lui a dit tellement d’horreurs sur moi… Si cet enfant me tient encore dans son estime, c’est qu’il a le cœur trop tendre.

– Si tu fais allusion aux propos que Rodolphus Lestrange a tenu ici devant lui, oublie-les. Drago sait bien que l’animosité qu’il te portait tronquait son jugement.

Le mari de Bellatrix et son frère, Rabastan, n’avaient jamais pardonné à Lucius ses années de liberté pendant qu’ils moisissaient à Azkaban. Lors des retrouvailles entre les évadés et leurs camarades demeurés libres, ils l’auraient démoli – et probablement tué – si Antonin Dolohov ne s’était pas interposé.

Leur condamnation au Baiser aurait pu le réjouir, mais Lucius était si ébranlé par la défaite qu’il était incapable de se réjouir du sort des frères Lestrange – ou sinon uniquement parce que cela les empêcherait de venir le massacrer. Eux, Lucius possédait la certitude qu’ils ne regrettaient pas leur allégeance à Voldemort et qu’ils ne renieraient rien même lorsqu’ils feraient face aux Détraqueurs. L’amour qu’ils se portaient l’un l’autre, Lord Voldemort et leurs convictions, voilà à quoi tenaient leurs vies. Ils n’avaient ni épouse ni enfant pour modérer leur ferveur partisane. Rodolphus et Bellatrix avaient formé un couple stérile, seulement préoccupé par la réalisation de leurs idéaux et par la satisfaction des ordres du Seigneur des Ténèbres. Quant à Rabastan, il ne s’était jamais marié, demeurant dans l’ombre du couple qu’il suivait avec la ténacité d’un enchantement. Lucius s’était parfois demandé jusqu’à quel degré d’intimité le cadet avait pu s’immiscer dans le ménage, mais même si l’envie de poser la question l’avait démangé lorsque Bellatrix lui portait sur les nerfs, la sagesse lui avait toujours recommandé de la garder pour lui. Bella, encore plus fanatique que les deux frères, avait exacerbé leur folie meurtrière et la vie du trio n’avait été qu’une longue spirale de meurtres et de surenchère de violences. Lorsqu’il comparait son existence à la leur, Lucius éprouvait de la reconnaissance pour Drago et Narcissa. Son fils et son épouse l’avaient rendu faible et vulnérable, mais ils constituaient aussi sa force : contrairement à un Rodolphus ou un Rabastan, lui avait quelque chose auquel se raccrocher.

– S’il n’y avait eu que Rodolphus pour dire du mal de moi… Mais il n’était pas le seul à penser que j’étais un couard qui ne méritait pas l’air que je respirais.

– Tu étais en disgrâce, Lucius. Il est normal que chacun ait accordé ses violons pour ne pas risquer de déplaire. Mais je suis sûre que d’autres compatissaient et te restaient fidèles secrètement. Macnair ne s’est jamais joint aux quolibets.

– Peut-être, mais si on me plaçait sur sa route il me tordrait le cou pour ce que je m’apprête à commettre. Un parjure, dit-il d’un ton dégoûté.

– Tu ne parjures rien du tout, tout le monde à droit a l’erreur. Tu t’es fourvoyé avec Jedusor, tu t’es rendu compte que ce n’était pas ta voie, et maintenant, tu le regrettes, répondit Narcissa d’un ton dégagé qui donna à Lucius un rictus sarcastique.

– Tu te mets à manger du même pain que Jack ? Prends garde, ma chère, à trop le fréquenter, tu pourrais finir par devenir mythomane.

– Si nous voulons que tu t’en sortes, nous n’avons pas d’autres choix que de tout miser sur tes prétendus regrets. Tu as bien trompé la communauté sorcière pendant des années la première fois, pourquoi n’y arriverais-tu pas une seconde ?

– Parce que cette fois je suis découvert. Mon masque a été révélé au grand jour et ma parole ne vaut plus rien.

Narcissa lui prit les mains et Lucius tressaillit légèrement. La chaleur de sa peau lui fit prendre conscience de la glace qui emprisonnait la sienne au point de lui raidir les doigts. Mais Narcissa fit mine de ne pas le remarquer, ou elle n’en avait cure, habituée à ce que la froideur distante de son époux se ressente jusque dans son corps.

– S’il te plaît, va parler à Drago. Il en a désespérément besoin.

Lucius laissa filer un instant, pesant le pour et le contre, puis se résigna dans un soupir :

– Très bien. Où est-il ?

Il retira doucement ses mains de celles de Narcissa.

– Dans sa chambre. Je sais l’état de tension et de fatigue dans lequel tu te trouves, Lucius, mais je t’en prie, sois patient avec lui et montre-toi compréhensif. Il est si perdu…

– Sois tranquille, je vais trouver les mots pour l’apaiser.

Il médita les paroles de sa femme en empruntant les grands escaliers du hall et en traversant une suite de corridors silencieux. Compréhensif avec elle et leur fils, Lucius voulait bien l’être ; il s’estimait responsable de leur situation. Mais y aurait-il quelqu’un quelque part pour se montrer compréhensif avec lui ?

Drago Lucius Schisme

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Chris

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9 commentaires sur “Le Procès Malefoy, chapitre 3 : Le besoin d’un père [fanfiction Harry Potter]

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  1. Quel enthousiasme ! Merci beaucoup =)

    Heureusement que j’ai la main plus verte pour les histoires que pour les vraies plantes, car le jardinage IRL, ce n’est pas mon point fort. J’arrive même à tuer des cactus. (Ô désespoir).

    @ bientôt pour la petite discussion Drago / Lucius !

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  2. Merci pour ce chapitre qui nous fait baver d’envie d’en savoir plus ! Je comprends la nécessité de couper les chapitres pour le confort de lecture (surtout quand comme moi, on lit parfois sur son téléphone) mais je me languis de lire la suite !

    Encore une fois je suis content-e de voir ce Lucius un peu plus développé que celui qu’on a pu connaitre dans la saga, et content-e également de te voir un peu plus développer des personnages dont on ne voit apparaître dans les tomes que les noms, sans qu’ils n’aient d’histoire ou de caractère déterminé. Rowling a fourni la terre et le morceau de plante, tu apportes le terreau et les soins nécessaires pour faire vivre et s’épanouir ces personnages *_* Et tu nous prouves que même si on sait que certains personnages sont « méchants », ce n’est pas suffisant pour en faire des personnes : ils ont un tas d’autres traits de caractères qui les rendent uniques et les différencie de leurs autres collègues, même si eux aussi sont « méchants » xD
    Je milite ardemment pour la suite !

    Aimé par 1 personne

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